ParisÂ
14/09/2006 -Â

Ni colĂšre, ni dĂ©ception. Mano Solo nâa pas quittĂ© son label sur un coup de tĂȘte, qui ne lâa pas remerciĂ© pour cause de mĂ©ventes. "Je ne me place pas en ennemi des maisons de disques, prĂ©cise dâemblĂ©e le chanteur. Warner voulait me re-signer. Ils Ă©taient de bonne volontĂ©. Jâai choisi, je ne sais pas pourquoi dâailleurs. Peut-ĂȘtre parce que jâai les moyens de le faire." Et aussi par volontĂ© dâen dĂ©coudre, de se confronter Ă ce quâil appelle "une mentalitĂ© un peu viciĂ©e". Cette vision manichĂ©enne qui oppose majors "qui sâengraissent" et partisans du tĂ©lĂ©chargement "qui tuent les artistes".
Depuis 6 ans, Mano Solo anime son site Internet, lâun des plus fournis dans le genre : "Sur mon forum, en permanence, il y avait de grands dĂ©bats sur le tĂ©lĂ©chargement. Câest peut ĂȘtre ce qui mâa conduit lĂ finalement. Cette dĂ©cision, câest pour montrer que mĂȘme si câest moi qui produit lâalbum, il aura le mĂȘme coĂ»t. MĂȘme en se dĂ©barrassant soit disant de lâennemi honni : les maisons de disques. Et mĂȘme pire, je ne peux pas faire les mĂȘmes remises quâelles parce que je nâai pas les mĂȘmes volumes. Je vais expliquer aux gens, que sâils veulent que Mano Solo existe, on ne peut pas le tĂ©lĂ©charger. Si tu nâachĂštes pas cet album, il nây aura pas de prochain. Dans le prix dâun disque, il y a aussi celui de la diversitĂ©."
Le discours le plus raisonnable

Loin dâĂȘtre un thĂ©oricien, Mano adopte une attitude ambivalente sur le tĂ©lĂ©chargement. Lui-mĂȘme utilisateur, il ne condamne pas, Ă priori, la pratique. "Quand je tĂ©lĂ©charge un film avec Arnold Schwarzenegger, je nâen ai rien Ă battre. Je sais que toute façon jamais jâaurais Ă©tĂ© le voir au cinĂ©ma. Je lâai juste consommĂ© comme sâil Ă©tait passĂ© Ă la tĂ©lĂ©. Je le jette aprĂšs." En schĂ©matisant, on pourrait rĂ©sumer sa position par : on achĂšte ce qui est bien, le reste on tĂ©lĂ©charge ! Une doctrine pas Ă©vidente Ă mettre en pratique. Mano lâadmet humblement : "Je pense que mon discours ne tient pas vraiment le coup mais câest le plus raisonnable que jâai. Celui sur le tĂ©lĂ©chargement Ă tout va se mord aussi la queue. Câest une position libĂ©rale : puisque je peux le faire, je fais, peu importe les consĂ©quences pour lâautre. Si les gens qui me tĂ©lĂ©chargent me consomment comme [un film de Schwarzie], câest quâils ne mâaiment pas vraiment."
Le filtre dâamour concoctĂ© par Mano se dĂ©cline sous la forme dâune souscription. En payant 17 euros, vous aurez accĂšs Ă un espace privilĂ©giĂ© sur son site internet. Lâartiste promet deux titres par mois Ă Ă©couter en exclusivitĂ©, des clips, lâaccĂšs aux rĂ©pĂ©titions par le biais de sa tĂ©lĂ© interne et "tout ce quâil sera possible dâimaginer". Les souscripteurs recevront Ă©galement lâalbum avant sa sortie dans le commerce, prĂ©vue dans le courant du mois de mars 2007. Lâargent rĂ©coltĂ© servira essentiellement Ă la promotion, "le nerf de la guerre", domaine dans lequel les maisons de disques font preuve dâimmobilisme selon Mano : "Pour mon prĂ©cĂ©dent album, jâavais exactement le mĂȘme plan de communication que sur le tout premier, sorti il y a treize ans. On fait comme si Internet nâexistait pas, comme si ça marchait toujours en fait, comme si draguer une grosse radio allait suffire Ă te faire connaĂźtre dans la France entiĂšre. Je ne comprends pas que les sites web des maisons de disques soient morts. Câest juste un catalogue. En mĂȘme temps, ils tiennent le grand discours : "Internet nous dĂ©truit". Mais tâas quâĂ y aller mon gars !"
Lâappel du 18 septembre

La campagne dĂ©bute grandeur nature, le 18 septembre, salle de lâOlympia. Une entame plutĂŽt culottĂ©e : remplir une salle de plusieurs milliers de personnes sans pratiquement aucune promotion. Peut-ĂȘtre dĂ©jĂ une indication sur la saveur de la suite de lâaventure... Mano Solo affirme devoir vendre entre 30 000 et 40 000 exemplaires dâIn the Garden , son septiĂšme album, pour pouvoir financer les suivants.
Ludovic Basque
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