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Mano (vraiment) Solo

Il va produire seul son prochain album


Paris 

14/09/2006 - 

Rendez-vous le 18 septembre 2006, Ă  Paris, salle de l’Olympia. Mano Solo y prĂ©sentera In the Garden, son septiĂšme album. Un disque qui ne sera commercialisĂ© que dans six mois. L’artiste a dĂ©cidĂ© de se produire seul en lançant une souscription par Internet avec l’envie de renvoyer dos Ă  dos maisons de disques et adeptes du "tout gratuit".



Ni colĂšre, ni dĂ©ception. Mano Solo n’a pas quittĂ© son label sur un coup de tĂȘte, qui ne l’a pas remerciĂ© pour cause de mĂ©ventes. "Je ne me place pas en ennemi des maisons de disques, prĂ©cise d’emblĂ©e le chanteur. Warner voulait me re-signer. Ils Ă©taient de bonne volontĂ©. J’ai choisi, je ne sais pas pourquoi d’ailleurs. Peut-ĂȘtre parce que j’ai les moyens de le faire." Et aussi par volontĂ© d’en dĂ©coudre, de se confronter Ă  ce qu’il appelle "une mentalitĂ© un peu viciĂ©e". Cette vision manichĂ©enne qui oppose majors "qui s’engraissent" et partisans du tĂ©lĂ©chargement "qui tuent les artistes".

Depuis 6 ans, Mano Solo anime son site Internet, l’un des plus fournis dans le genre : "Sur mon forum, en permanence, il y avait de grands dĂ©bats sur le tĂ©lĂ©chargement. C’est peut ĂȘtre ce qui m’a conduit lĂ  finalement. Cette dĂ©cision, c’est pour montrer que mĂȘme si c’est moi qui produit l’album, il aura le mĂȘme coĂ»t. MĂȘme en se dĂ©barrassant soit disant de l’ennemi honni : les maisons de disques. Et mĂȘme pire, je ne peux pas faire les mĂȘmes remises qu’elles parce que je n’ai pas les mĂȘmes volumes. Je vais expliquer aux gens, que s’ils veulent que Mano Solo existe, on ne peut pas le tĂ©lĂ©charger. Si tu n’achĂštes pas cet album, il n’y aura pas de prochain. Dans le prix d’un disque, il y a  aussi celui de la diversitĂ©."

Le discours le plus raisonnable


Loin d’ĂȘtre un thĂ©oricien, Mano adopte une attitude ambivalente sur le tĂ©lĂ©chargement. Lui-mĂȘme utilisateur, il ne condamne pas, Ă  priori, la pratique. "Quand je tĂ©lĂ©charge un film avec Arnold Schwarzenegger, je n’en ai rien Ă  battre. Je sais que toute façon jamais j’aurais Ă©tĂ© le voir au cinĂ©ma. Je l’ai juste consommĂ© comme s’il Ă©tait passĂ© Ă  la tĂ©lĂ©. Je le jette aprĂšs." En schĂ©matisant, on pourrait rĂ©sumer sa position par : on achĂšte ce qui est bien, le reste on tĂ©lĂ©charge ! Une doctrine pas Ă©vidente Ă  mettre en pratique. Mano l’admet humblement : "Je pense que mon discours ne tient pas vraiment le coup mais c’est le plus raisonnable que j’ai. Celui sur le tĂ©lĂ©chargement Ă  tout va se mord aussi la queue. C’est une position libĂ©rale : puisque je peux le faire, je fais, peu importe les consĂ©quences pour l’autre. Si les gens qui me tĂ©lĂ©chargent me consomment comme [un film de Schwarzie], c’est qu’ils ne m’aiment pas vraiment."

Le filtre d’amour concoctĂ© par Mano se dĂ©cline sous la forme d’une souscription. En payant 17 euros, vous aurez accĂšs Ă  un espace privilĂ©giĂ© sur son site internet. L’artiste promet deux titres par mois Ă  Ă©couter en exclusivitĂ©, des clips, l’accĂšs aux rĂ©pĂ©titions par le biais de sa tĂ©lĂ© interne et "tout ce qu’il sera possible d’imaginer". Les souscripteurs recevront Ă©galement l’album avant sa sortie dans le commerce, prĂ©vue dans le courant du mois de mars 2007. L’argent rĂ©coltĂ© servira essentiellement Ă  la promotion, "le nerf de la guerre", domaine dans lequel les maisons de disques font preuve d’immobilisme selon Mano : "Pour mon prĂ©cĂ©dent album, j’avais exactement le mĂȘme plan de communication que sur le tout premier, sorti il y a treize ans. On fait comme si Internet n’existait pas, comme si ça marchait toujours en fait, comme si draguer une grosse radio allait suffire Ă  te faire connaĂźtre dans la France entiĂšre. Je ne comprends pas que les sites web des maisons de disques soient morts. C’est juste un catalogue. En mĂȘme temps, ils tiennent le grand discours : "Internet nous dĂ©truit". Mais t’as qu’à y aller mon gars !"

L’appel du 18 septembre


"L’intĂ©rĂȘt d’une maison de disques, c’est son service de presse. Sauf que maintenant, ils bossent sur toi pendant trois mois et aprĂšs ils sont obligĂ©s de passer Ă  autre chose.Ça me contrarie. J’ai une carriĂšre. Moi, je veux ĂȘtre prĂ©sent tout le temps. Je suis assez commerçant pour avoir envie de me vendre au jour le jour." Une dĂ©marche qui n’est qu’un retour aux sources pour l’artiste dĂ©jĂ  producteur de ses concerts : "Avant de faire de la musique j’étais avec des peintres de rue. On n'avait qu’une idĂ©e : amener la peinture partout et la vendre en permanence. On s’appelait les book’tins parce qu’on se baladait dans tous Paris avec notre book. Quand tu finis par vendre un tableau, c’est quand mĂȘme une sacrĂ©e reconnaissance. Le cĂŽtĂ© commerçant, la conquĂȘte, ça m’éclate."

La campagne dĂ©bute grandeur nature, le 18 septembre, salle de l’Olympia. Une entame plutĂŽt culottĂ©e : remplir une salle de plusieurs milliers de personnes sans pratiquement aucune promotion. Peut-ĂȘtre dĂ©jĂ  une indication sur la saveur de la suite de l’aventure... Mano Solo affirme devoir vendre entre 30 000 et 40 000 exemplaires d’In the Garden , son septiĂšme album, pour pouvoir financer les suivants.

Mano Solo en concert à l’Olympia (Paris) le 18 septembre 2006.
Souscription sur : www.manosolo.net/

Ludovic  Basque