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La vie en Red

Axelle Red dévoile son Jardin secret


Paris 

03/10/2006 - 

Axelle Red est une fille old school. Elle prĂ©fĂšre le son des vieux vinyles au rythmes de l’ùre Internet. Ses hĂ©ros sont ceux du R'n'B d’un autre siĂšcle. Elle se dit allergique Ă  la globalisation et chante que "le monde tourne mal"... Rien d’étonnant donc de la voir aujourd’hui sortir Jardin secret, sorte de bulle de soul gravĂ©e avec l’aide du producteur d’Al Green et de pointures amĂ©ricaines. Et qui s’obstine Ă  positiver - les vieux soulmen disaient "sourire pour ne pas pleurer". Façon de voir la vie en Red quand d’autres broient du noir.



RFI Musique : Jardin secret, c’est la "positive attitude" version Axelle Red ?!
Axelle Red : C’est une forme de contrepoids Ă  mon album prĂ©cĂ©dent, qui Ă©tait aussi trĂšs engagĂ©, mais dans lequel j’étais beaucoup plus "fĂąchĂ©e" ! J’ai beaucoup voyagĂ© ces derniers temps et donc Ă©tĂ© confrontĂ©e Ă  la misĂšre, aux choses qui ne vont pas : j’avais envie de dire ce que je voulais de façon positive. C’est un exercice de style et une sorte de thĂ©rapie pour moi. En mĂȘme temps, pour pouvoir continuer Ă  lutter contre les injustices ou tout simplement survivre dans ce monde, on a besoin d’ĂȘtre utopique, naĂŻf.

Exorciser les malheurs avec le sourire
 C’est le trait d’union entre Jardin secret et la soul music?!
C’est drĂŽle parce que cet album, je ne l’ai pas commencĂ© en me disant "je vais faire un album soul". Je me suis d’abord concentrĂ© sur l’écriture des chansons, car je trouve que c’est quelque chose qui devient de plus en plus rare. Il y a plein de titres joliment produits, avec de belles voix, des bons sons, mais j’ai une nostalgie des "belles chansons d’avant".
Je me suis d’abord concentrĂ©e sur les compositions, au piano, Ă  chercher de belles mĂ©lodies. AprĂšs, j’ai travaillĂ© longtemps sur la prĂ©-production avec les musiciens – comme Lester Snell. On a travaillĂ© sur les accords, les structures
 Les chansons paraissent trĂšs simples, mais les accords sont super compliquĂ©s.

Aller enregistrer Ă  Memphis, avec des prises de voix live, c’est aussi votre rĂ©action Ă  un monde qui va trop vite ?
C’est vraiment une sorte de rĂ©volte douce. Si tu commences Ă  rĂ©flĂ©chir Ă  ce que les gens ou les radios veulent aujourd’hui... Tu ne peux que fonctionner en faisant ce que tu aimes, et en faisant passer le message de cette façon. Moi, qu’est-ce qui me fait plaisir ? C’est d’écrire des chansons, mais aussi de passer du temps avec les musiciens. Ça me nourrit. J’ai donc travaillĂ© avec des gens que je connais depuis longtemps, mais cette fois je voulais aller lĂ  oĂč eux travaillent encore souvent, Ă  Memphis. En l’occurrence au studio de Willie Mitchell, qui est une idole de toujours. Le lieu est vraiment pourri ! Il y avait encore le vieux B3 sur lequel a Ă©tĂ© enregistrĂ© I can’t stand the way de Ann Peebles. C’était sale, rien ne fonctionnait, il y avait les vieux vinyles au grenier
 c’était vraiment super ! Et puis j’ai demandĂ© beaucoup de conseils Ă  Willie Mitchell. Il nous a expliquĂ© par exemple comment il enregistrait la batterie –directement sur le bĂ©ton, pas sur un tapis. Quand on a fait les cuivres, il y avait juste un micro au dessus. Pareil quand on a fait les voix, on a testĂ© une demi journĂ©e comment placer les micros


La nostalgie dont vous parlez, c’est celle de l’artisanat

Quand on commence Ă  faire la promo et Ă  voir l’évolution de ma musique, on risque vite d’ĂȘtre déçu. C’est une sorte de fuite de pouvoir me dire "n’oublions pas ce que c’est que la musique". Ce sont ces moments que je prĂ©fĂšre, quand on créé.

Enregistrer dans ces conditions devient rare, presque incongru !
C’est mon luxe. MĂȘme si maintenant aller aux Etats-Unis devient de plus en plus pĂ©nible. Mais bon, ne parlons pas de ça : ne parlons que du positif ! (rire)

Votre positivisme peut-ĂȘtre perçu comme un excĂšs de naĂŻveté 
Je ne pense pas, parce que d’un autre cĂŽtĂ© j’agis. Pour pouvoir continuer, il faut que j’aie cette vision-lĂ . Quand enfin je suis en vacances Ă  Amsterdam avec ma famille, aprĂšs une longue pĂ©riode de travail, et qu’à la premiĂšre heure on m’appelle en me demandant si je veux aller aider les victimes du Tsunami en IndonĂ©sie. Qu’il me faut partir le soir mĂȘme, laisser les enfants chez des amis etc. Tout ça demande une certaine conviction. A un moment donnĂ©, ça me déçoit trop, je vois que les rĂ©sultats sont parfois minimes
 J’avais donc besoin d’y croire, de me dire "mais non, les gens sont bons" ! Et de me dire que je ne suis pas la seule Ă  penser ça. Aujourd’hui on critique tout, on remet tout en question, on vit dans une sociĂ©tĂ© individualiste : c’est chacun pour soi ou pour sa petite famille. Parfois on va verser pour les ONG, ça c’est une bonne chose. Mais le travail commence avec toi-mĂȘme. Comment peux-tu juger une guerre en Afrique, en disant "c’est une bande de sauvages, ils recommencent toujours" ? La seule diffĂ©rence, c’est qu’ici, il n’y a pas de vraie crise Ă©conomique. Mais les gens sont mĂ©fiants, on va juger le musulman en pensant qu’il est peut-ĂȘtre quelque part un peu extrĂ©miste. Il suffit de peu pour qu’on s’entretue nous aussi. La haine, c’est une escalade. Je pensais que la sociĂ©tĂ© avait donc plus besoin d’un retour aux sources, aux vraies valeurs de la vie. Qu’est-ce qui est important ? C’est l’amour, ĂȘtre tolĂ©rant, le respect d’autrui. On peut le dire via de grands discours. Ma façon Ă  moi, c’est ça. C’est ça, le jardin secret. C’est donc aussi le travail qu’on doit faire sur soi.

Le propos de votre album est donc traditionaliste, voire conservateur ?
Non, je le trouve rĂ©volutionnaire ! (rire)

Axelle Red Jardin secret (Virgin) 2006
En tournée en France en janvier 2007 et à la Cigale à Paris du 30 janvier au 10 février 2007

Loïc  BussiÚres