Paris
20/10/2006 -

À presque 40 ans, le vétéran du Nique Ta Mère reprend le classique de Moustaki, taille un costume trois pièces à son ex-acolyte et invite Olivier Besancenot ainsi que le maire-adjoint de Bagneux Jean-Claude Tchicaya pour deux interludes citoyens. La Starr n’a pas oublié son Devoir de mémoire*, ni son ton caustique et ses formules-choc. Rencontre avec un haut-parleur qui a toujours le mors et qui malgré le succès vit toujours en état d’urgence.
RFI Musique : Pourquoi une aussi longue attente pour ce premier album solo ?
JoeyStarr : De toute façon, on n’a jamais été dans la logique de faire des solos à la base, c’est la vie qui veut ça. Ça m’a pris 8 ans après la fin de NTM, mais moi je n’ai jamais eu d’urgence à ce niveau-là. J’en préparais déjà un il y a 4-5 ans et il y a eu les problèmes qu’on sait pour ceux qui ont lu mon livre (une saisie du calepin de Joey par les policiers lui a fait perdre les douze textes déjà écrits, ndlr). Gaz-L était un extrait de ce premier essai. La suite, on n’a pas pu la faire, voilà. Et pour moi la fin de NTM n’a pas été facile. Donc, forcément, il faut le temps de retomber sur ses pattes.
Beaucoup de gens du milieu pensaient que tu n’arriverais pas à finir un album solo…
Ben voilà.
Tu étais à Toulouse en train d’enregistrer quand ça a pété dans les quartiers…
Un morceau comme Chaque seconde est né des événements de l’automne dernier**, on était en plein dedans. Des morceaux comme Hot Hot qui disent "tout le monde connaît le pedigree quand Sarko veut nous kärchériser", ça fait aussi partie de ça. J’avais envie de faire un morceau sur mon activisme au sein de Devoir de mémoire. NTM chantait quand même il y a très longtemps "le monde de demain quoi qu’il advienne nous appartient" et "quelle chance d’habiter la France". On pratiquait le militantisme sans savoir ce que c’était réellement. Mais je crois qu’on avait pas mal de choses qui revenaient là-dessus. Et puis tu veux que je te dise franchement ? J’en ai rien à foutre. Je le fais pour moi, en tant que citoyen. Des fois il y a les caméras, c’est bien parce que si demain il y a une grippe aviaire qui retombe, on va passer à autre chose. C’est bien beau de montrer du doigt mais à un moment donné il faut aller sur le ter-ter, le terrain. Ça fait partie du truc, je crois. Outre ça, on essaie de monter des débats itinérants. Appeler les jeunes et les moins jeunes à s’inscrire sur les listes, c’est bien, mais il faut qu’on se conscientise un peu plus pour savoir ce qu’on va faire prochainement, pas juste s’inscrire pour voter. Déjà vous allez voter pour qui, les mecs ? Parmi tous ceux qui se présentent, y’a pas de Gandhi. Il nous en faudrait un. Il faut peut-être réveiller une conscience citoyenne qui dort et qu’on n’a jamais légitimé chez certains. Il y en a qui le prennent bizarrement mais je ne suis pas en promo quand je fais ça. Je le fais parce que je me dis que l’année prochaine on ne saura pas pour qui voter mais peut-être qu’on créera un déclic chez certains et que les plus jeunes nous verront et se diront qu’il faut se bouger. Parce que qui, mieux que ceux qui ont les pieds dans la merde, peuvent en parler et peut-être solutionner, vu qu’on n’attend plus rien d’en haut ?

Le rock est une influence palpable sur l’album…
Oui, il y a du rock dans mon disque parce que ça a toujours été une énergie qui me plaisait, ça fait partie du panel. Et puis avec J’arrive, je voulais marquer le coup. On me dit que je suis le plus rock & roll du hip hop français… Pourquoi ? Le destroy, c’est propre au rock ?
Le goût de l’autodestruction, oui.
Peut-être. C’est toujours dur d’être protagoniste et spectateur à la fois. Je ne me demande pas si c’est rock ou pas, ça me plaisait. Et c’est une prod’ d’un mec pas du tout rock, DJ James. Et à la base, ça devait être un interstice, et on s’est regardé avec Dadoo et James en se disant "ça fonctionne". Donc on a été plus loin, avec Enhancer qui a joué dessus.
Ce que tu dis sur Kool Shen dans le morceau Bad Boy ne va pas faciliter la reformation de NTM…
Je te rassure, NTM plus jamais. C’était pour qu’il sache à qui il s’adresse. Je ne le nomme pas. C’est du rap, tu connais. C’est pas du tout pour clôturer un chapitre. Le chapitre est clôt depuis un moment.
*collectif français de lutte contre les discriminations
**embrasement des banlieues après la mort de deux jeunes à Clichy-sous-Bois en banlieue parisienne.
Olivier Cachin
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