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Toumast

Moussa Ag Keyna, le son du désert


Paris 

23/10/2006 - 

Moussa Ag Keyna, fondateur et leader du groupe touareg Toumast, sort (enfin !) son premier album. EnregistrĂ© au dĂ©but de l’annĂ©e 2006, Ishumar est Ă  son image : optimiste et rĂ©voltĂ©, le tout agrĂ©mentĂ© d’un brin de nostalgie.



Moussa Ag Keyna est nĂ© vers 1972 dans un campement touareg, quelque part entre le Mali et le Niger. Alors qu’il n’est encore qu’un adolescent, il part rejoindre les camps de la rĂ©bellion au sud de la Libye. "L’identitĂ© touareg est trĂšs prĂ©sente dans l’éducation, explique-t-il. Toute mĂšre apprend Ă  ses enfants ce qu’est un Touareg et lui inculque la fiertĂ© d’ĂȘtre nĂ© de ce peuple." Ses six grands frĂšres ont dĂ©jĂ  fait le voyage vers la Libye et l’encouragent Ă  les rejoindre. Sans prĂ©venir ses parents, il s’embarque donc pour la grande aventure. Il y reçoit une formation militaire durant deux ans. "On devait recevoir une Ă©ducation scolaire, mais elle a vite Ă©tĂ© mise de cĂŽtĂ©", reconnaĂźt-il.

Devenir un ishumar


Moussa profite de ces annĂ©es pour apprendre la guitare Ă  la façon des ishumar. Cette expression est dĂ©rivĂ©e du français "chĂŽmeur" : quand les combattants se rendaient en ville, ils cherchaient le moyen de gagner un peu d’argent pour continuer leur route. De ces annĂ©es difficiles, ils ont conservĂ© ce surnom. Aujourd’hui, le terme dĂ©signe davantage une personne rĂ©voltĂ©e, prĂȘte Ă  donner, Ă  travailler, pour dĂ©fendre une idĂ©ologie. Les chants ishumar sont devenus peu Ă  peu un moyen de transmettre des idĂ©es et de passer des messages. Tous parlent de la rĂ©bellion et de l’identitĂ© touaregs. Fort de ces notions musicales, Moussa fonde avec quelques cousins le groupe Toumast (IdentitĂ© en tamashek).

Au dĂ©but des annĂ©es 1990, les attaques rebelles commencent contre les bases militaires, les gendarmeries
 "Nous n’avions pas vraiment peur. Notre combat Ă©tait tellement ancrĂ© en nous que nous nous battions avec notre Ăąme. À la diffĂ©rence des militaires qui cherchent Ă  gagner leur vie."

Durant ces annĂ©es de guerre, Moussa est gravement blessĂ© Ă  la jambe. AprĂšs l’AlgĂ©rie, la France prend le relais de la mĂ©diation et s’engage Ă  accueillir les blessĂ©s. Moussa se rend alors de l’autre cĂŽtĂ© de la MĂ©diterranĂ©e. Mais nouveau rebondissement : les Touaregs refusent le projet d’accord signĂ© par les autoritĂ©s nigĂ©riennes. Le gouvernement français a dĂ©jĂ  donnĂ© des papiers aux blessĂ©s et ne peut donc les renvoyer au Niger, mais il refuse d’assurer leurs soins.

Le retour impossible


Heureusement, plusieurs associations le prennent en charge et des mĂ©decins acceptent de le soigner gratuitement. Sa premiĂšre opĂ©ration est miraculeuse : il retrouve l’usage de sa jambe et peut enfin marcher ! En France, il continue Ă  jouer de la musique, en dilettante. Il participe Ă  des cĂ©rĂ©monies, des fĂȘtes associatives
 Mais la formation Toumast est laissĂ©e de cĂŽtĂ©.

Moussa est alors persuadĂ© que son sĂ©jour en France sera de courte durĂ©e. Mais un Ă©vĂ©nement tragique vient bousculer ses certitudes. "En 1995, la paix Ă©tait signĂ©e entre la rĂ©bellion et le gouvernement nigĂ©rien. Pourtant, plusieurs de mes proches, en retournant Ă  leur campement, furent assassinĂ©s. J’ai alors compris qu’un retour au Niger ne serait plus possible."

Au fil des rencontres, il fait connaissance avec un certain Pedro Rodrigues. Celui-ci cherche Ă  monter un projet avec plusieurs artistes venus d’horizons diffĂ©rents. Cette initiative se nomme Digital Bled. Moussa Ag Keyna devient l’un des piliers de ce groupe Ă©phĂ©mĂšre, enregistre un CD et prend part Ă  la tournĂ©e. Pourtant, pour Moussa, il n’est pas question d’enregistrer un album solo. "Je n’y pensais mĂȘme pas. Tout ce qui m’intĂ©ressait, c’était jouer, Ă©crire et partager ma musique avec des personnes d’origines diffĂ©rentes. Rien de plus !"

Mais aprĂšs la grande tournĂ©e de Digital Bled en 2003, la force de conviction de Pedro se fait plus forte : il parvient Ă  le dĂ©cider Ă  enregistrer ses compositions et ainsi faire renaĂźtre Toumast. "C’est comme ça qu’est nĂ© cet album, avec presque uniquement des chansons Ă©crites aprĂšs 1995, aprĂšs mon arrivĂ©e en France. Elles racontent mon histoire, mes convictions, mais aussi la beautĂ© du dĂ©sert et ce que je souhaiterais qu’il soit." Un opus en forme de tĂ©moignage et d’encouragement Ă  ses frĂšres restĂ©s au pays.

Toumast Ishumar (Village Vert) 2006
En concert le 17 novembre au Satellit Café à Paris
18 novembre: Le Bourget- Festival des villes de musiques du monde
19 décembre: Paris New Morning

Mélanie  Bosquet