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Le Flower Power de Trotignon Vignolo Romano

Du jazz goût patchouli


Paris 

20/11/2006 - 

En choisissant de reprendre des thĂšmes du Flower Power, Baptiste Trotignon, RĂ©mi Vignolo et Aldo Romano renouent avec l’esprit originel du jazz, art anthropophage qui se nourrit de ritournelles populaires, chantĂ©es, rechantĂ©es, enchantĂ©es. Les trois artistes revisitent le rĂ©pertoire avec leur son et leur maniĂšre de jouer, animĂ©s par l’évident plaisir de mener ensemble le projet. Rencontre avec Baptiste Trotignon, avant leur concert au New Morning le 20 novembre.



RFI Musique : Quelle est l’origine de l’album Flower Power ?
Baptiste Trotignon : Je situe le point de dĂ©part de l’aventure dans notre envie commune de jouer ensemble avec Aldo Romano et RĂ©mi Vignolo. Je connais Aldo depuis longtemps et j’ai jouĂ© avec RĂ©mi dans diverses formations. L’idĂ©e a germĂ© Ă  la sortie d’un concert au Parc Floral en 2004, oĂč nous jouions aux cĂŽtĂ©s d’Aldo. AprĂšs avoir improvisĂ© sur des chansons, un projet en trio autour de ce thĂšme s’imposait. Une orientation encore trop large : allait-on se limiter Ă  la chanson française ? PrivilĂ©gier la variĂ©tĂ© amĂ©ricaine ? Des discussions enflammĂ©es menĂšrent Ă  des contraintes temporelles : un rĂ©pertoire exclusivement compris entre 1965 et le dĂ©but des annĂ©es 1970. De nous trois, seul Aldo a connu cette pĂ©riode. C’est d’ailleurs lui qui a trouvĂ© le titre de l’album.
Il n’y a au final, rien de rĂ©volutionnaire ni d’original dans le projet. Il nous fallait juste une idĂ©e pour cimenter et donner corps Ă  la formation. C’est bien la joie de jouer ensemble qui a motivĂ© l’album, et non le rĂ©pertoire, prĂ©texte ludique et secondaire.

Comment s’est opĂ©rĂ© le choix des titres et la construction d’un univers cohĂ©rent ?
Chacun de nous a apportĂ© ses envies. Pour ma part, je tenais absolument Ă  jouer Say it ain’t so de Murray Head, The End des Doors, La valse de MĂ©lodie de Gainsbourg ou encore Black Dog de Jimmy Page et Robert Plant. Pour le reste, j’ai relevĂ© plus de trente thĂšmes. Certains de Janis Joplin ou Jimmy Hendrix que nous aimions, ne fonctionnaient pas au sein de notre trio, dans ce contexte-lĂ . Il y avait cette contrainte supplĂ©mentaire, en dehors de la thĂ©matique, de choisir des chansons transposables, dotĂ©es du matĂ©riau nĂ©cessaire Ă  l’improvisation et adaptĂ©es Ă  cette forme connotĂ©e qu’est le trio jazz. Nous avons par ailleurs fait le choix d’éviter les Stones et les Beatles. Notre objectif n’était pas l’exhaustivitĂ©, mais un fil conducteur balisĂ© par nos coups de cƓur.


N’était ce pas un pari risquĂ© de traduire ces chansons baroques, bariolĂ©es, Ă©lectriques, pour une formule intimiste en trio ?
C’est par son risque mĂȘme que l’entreprise Ă©tait intĂ©ressante. À l’inverse de la dĂ©marche d’un artiste comme Lenny Kravitz, par exemple, nous n’avons pas cherchĂ© Ă  reproduire le son de l’époque. Nous avons jouĂ© comme nous en avons l’habitude, avec toutefois un respect profond pour les interprĂštes d’origine. À l’exception de Love me, please love me de Polnareff,  jouĂ©e sur un rythme ternaire propre au jazz, toutes les expositions de thĂšme restent littĂ©rales et dans l’esprit de la version initiale. Seul change le son. Il n’y a pas de rĂ©el travail d’arrangement.  Notre fil conducteur et notre originalitĂ© s’inscrit dans ce passage d’un son Ă  l’autre. En fait, nous sommes trois musiciens en train de s’éclater Ă  faire le bƓuf sur un rĂ©pertoire Ă©loignĂ© du jazz.

Vous qui n’avez pas connu le Flower Power, comment vous reprĂ©sentez-vous cette pĂ©riode ?
Pour moi, et sans ĂȘtre original, le Flower Power, c’est le folklore de Woodstock, la drogue, les mouvement de rĂ©action, l’émancipation fĂ©minine. Mais aussi l’apparition de l’électricitĂ© dans la musique. Le Flower Power, c’est une phase de libĂ©ration crĂ©ative, artistique, sexuelle, une pĂ©riode love, qui transpire l’amour. Les gens n’avaient pas peur, comme aujourd’hui, de tout. Surtout, les seventies Ă©taient hyper prolifiques en matiĂšre musicale. En France, le mouvement a certainement Ă©tĂ© moins prononcĂ© qu’aux Etats-Unis. Mais des artistes tels Gainsbourg, LĂ©o FerrĂ©, ou encore Polnareff, ont participĂ© de ce mouvement anarchique et libertaire.

En tant que jazzmen, quel est votre rapport Ă  la chanson ?
RĂ©mi a jouĂ© avec Nougaro. La chanson est pour lui un univers familier. Quant Ă  Aldo et moi, c’est un truc qui nous parle, qui nous touche. Ce choix nous repose de la complexitĂ© et de la sophistication d’autres musiques que j’adore aussi, par ailleurs. À l’écoute de Murray Head quand j’étais enfant, je dĂ©collais, j’écoutais ça en boucle. La chanson procure d’autres Ă©motions que les musiques compliquĂ©es. Des Ă©motions Ă  base de feeling, suscitĂ©es par des mĂ©lodies simples, mais bien fichues. Il est d’ailleurs trĂšs compliquĂ© de faire simple. Et puis la voix, avec les paroles, demeure l’instrument le plus universel. Vraiment, tous trois, nous sommes adeptes du dĂ©pouillement de belles mĂ©lodies, avec quelques bons accords.

Baptiste Trotignon/Rémi Vignolo/Aldo Romano Flower Power (Naïve) 2006


Anne Laure  Lemancel