ParisÂ
08/12/2006 -Â

"Je ne veux pas ĂȘtre ramenĂ© au simple fait que jâau une voix rocailleuse ou nasillarde, ou que mes textes sont incomprĂ©hensibles." CharlElie Couture le martĂšle avec conviction : il nâen pouvait plus dâĂȘtre cataloguĂ© Ă©ternellement comme le chanteur de Comme un avion sans aile, comme cet ovni des annĂ©es 80 qui avait donnĂ© Ă la chanson française quelques chansons inclassables. Il a toujours insistĂ© sur la plasticitĂ© de son travail, Ă la fois chanteur, compositeur de musiques de films, Ă©crivain, peintre, graphiste⊠"Je ne suis pas un chanteur populaire. Les choses que jâai Ă lâintĂ©rieur de moi sont des quĂȘtes dâartiste et non des ambitions liĂ©es Ă la notoriĂ©tĂ©. Ce qui mâimporte, câest dâaller le plus loin possible dans cette quĂȘte de lâart que jâai depuis mes douze ans."
Alors il le rĂ©pĂšte volontiers : quâon ne sâarrĂȘte pas aux titres qui lâon rĂ©vĂ©lĂ© il y a bien longtemps : "Comme un avion sans aile est une chanson super mais, si jâai un sens, câest dâĂ©crire aujourdâhui avec les mots dâaujourdâhui. Personne ne sait Ă©crire comme moi. Jâai une maniĂšre qui est la mienne. Si on nâen veut plus, jâarrĂȘte, je fais autre chose. Ce nâest pas grave, jâai le sentiment dâavoir fait ce que jâavais Ă faire. Ce disque est au mieux de ce que jâai toujours cherchĂ© : une cohĂ©sion entre des Ă©crits qui sont Ă la fois littĂ©raires et remplis de sens, et une musique Ă la fois Ă©nergisante et sans compassion."
New Yor-CĆur, son nouvel album, a Ă©tĂ© enregistrĂ© live en studio, lĂ -bas oĂč les guitares sonnent plus drues et les rythmiques plus affirmĂ©es. Disque presque punk par moments, dans lequel CharlElie jette en vrac ses espoirs, ses dĂ©goĂ»ts, des croquis sur le vif et son Ă©norme Ă©nergie de new-yorkais intĂ©grĂ© Ă la vie bruissante de la ville. Il se dit dĂ©sormais loin de la mĂ©canique qui consista un moment Ă "faire des disques par acquit de conscience". En faisant de la peinture son activitĂ© principale, il dit avoir inversĂ© la polaritĂ© de son travail : "Lâartisan rĂ©pond Ă une question, lâartiste pose une question. Quand lâartisan commence, il sait oĂč il va. Quand lâartiste commence, il ne sait pas oĂč il va. JâĂ©tais un peu un artisan sur certains de mes disques, en gardant la maĂźtrise sur ce que je faisais. Quand on est artiste, on accepte lâidĂ©e de se trouver en dĂ©sĂ©quilibre parce câest de ce dĂ©sĂ©quilibre quâon va inventer le geste. A New York, jâai plus des questions dâartiste que des questions liĂ©es Ă lâartisanat. Je nâai pas un regard qui me juge sur la forme mais paradoxalement sur le fond de ce que je fais."
Art contemporain

En mĂȘme temps que lâalbum New Yor-CĆur, il a publiĂ© un nouveau livre, LâAtelier New Yor-CĆur, avec un long entretien, les paroles du nouvel album, des photos, des croquis, des Ćuvres graphiques. Et il a exposĂ© ses Ćuvres dans deux galeries Ă Paris et Lyon, en mĂȘme temps quâĂ New York et, bientĂŽt, Ă Los Angeles et Lausanne. En moins de trois ans, il a commencĂ© Ă sâintĂ©grer au marchĂ© de lâart contemporain. "Les Etats-Unis, câest le pays du poker ; la France, câest le pays de la belote : ce ne sont pas les mĂȘmes mĂ©canismes dans la maniĂšre de jouer. Quand on se fait sa place dans ce rythme, on y est vraiment bien. Il nây a pas du tout la jalousie, lâacrimonie que lâon ressent ici. Quand Ă New York, il tâarrive quelque chose de bien, les gens se rĂ©jouissent pour toi parce quâils savent que câest dur, que rien nâest offert. Ăa oblige aussi Ă se mettre en branle."
Il est vrai que, comme dâautres artistes de sa gĂ©nĂ©ration, CharlElie a eu Ă pĂątir du durcissement du business de la chanson : "Jâai toujours fait des disques en disant que je me fous de la mode. Mais les choses sont ainsi faites que si un disque nâest pas trĂšs connu, il nâest pas distribuĂ©. Au mois de septembre, des amis ont cherchĂ© mes albums : il y en avait deux Ă la Fnac â deux sur vingt-trois. En termes dâargent et dâaisance financiĂšre, câest plus dur quâici mais la relation avec le reste du monde nâest pas du tout la mĂȘme. On a lâimpression que les gens lĂ -bas se font confiance et font confiance aux autres. Je suis parti parce que jâavais lâimpression quâon ne mâaccordait pas le droit dâĂȘtre de ce que je suis dans toutes mes dimensions. Ce disque-lĂ , câest la fin dâun cycle. Vingt-cinq aprĂšs PoĂšmes rock, la boucle est bouclĂ©e. Je me sens en paix au milieu du tumulte. "
Bertrand Dicale
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