publicite publicite
Rechercher

/ languages

Choisir langue
 
Menu

Sally Nyolo aux manettes

Elle produit un disque collectif


Paris 

19/12/2006 - 

Sally Nyolo a les yeux de ceux qui ont trouvĂ© sur leur chemin un trĂ©sor quand elle Ă©voque chacun des artistes au menu de l'album, Studio Cameroon. Des graines de gĂ©nie, comme elle dit. Pour ces musiciens ou orchestres camerounais, elle a troquĂ© pour la premiĂšre fois sa casquette d’auteur/compositeur/interprĂšte contre celle de productrice. Le rĂ©sultat, une belle bouffĂ©e d’air frais, est Ă  mille lieux des productions peu soignĂ©es qui sortent gĂ©nĂ©ralement sur le marchĂ© camerounais.




Bien sĂ»r, il a fallu du temps pour concevoir ce bijou : huit annĂ©es en tout. C’est en 1998, prĂ©cisĂ©ment, que le projet est nĂ©. Sally Nyolo, qui vit en France depuis plusieurs annĂ©es, est alors en tournĂ©e au Cameroun, son pays natal. Au cours de ce passage, une question revient, posĂ©e notamment par des compatriotes musiciens : "Maintenant, que vas-tu faire pour nous ?", demandent-ils. TouchĂ©e, elle dĂ©cide en rĂ©ponse, de monter un studio d’enregistrement sur les hauteurs du Mont FĂ©bĂ©, une colline qui surplombe YaoundĂ©, la capitale camerounaise. Mais pas pour y enregistrer n’importe quel type de musique. FidĂšle Ă  elle-mĂȘme, elle veut mettre en valeur des musiciens encore inconnus, qui composent autour de rythmes et d’instruments traditionnels. Le hasard des rencontres pendant ses diffĂ©rents sĂ©jours Ă  YaoundĂ©, le fil de la vie, font le reste.

Des histoires et des anecdotes


Aujourd’hui, pour chacun des artistes de Studio Cameroon, elle a une histoire, une anecdote Ă  raconter. "Un soir, le vent de la colline m’a apportĂ© des sons. J’entendais des rythmes frĂ©nĂ©tiques sans comprendre leur origine. Quelqu’un m’a amenĂ©e lĂ  d’oĂč ils venaient, c’est comme ça que j’ai dĂ©couvert les D’embazo Star de Nkometou", raconte-t-elle. D’autres musiciens viennent jusqu’à elle, comme Edmond Fils Nkoa qui chante : "Nous sommes toujours des esclaves / Des esclaves de la modernitĂ© / LibĂ©rĂ©s mais anĂ©antis". Elle enregistre quelques-uns d’entre eux en 1998, les autres en 2004. "Tous ont Ă©tĂ© plus qu’à la hauteur. Je n’ai eu qu’à entrer dans leur univers et Ă  y mettre un peu de sucre ou de sel. Et quand il n’y avait rien d’autre Ă  faire que consommer, j’ai consommĂ© avec plaisir
", commente-t-elle.

De la jeune GisĂšle Mbo Anji, qu’elle a connue par l’intermĂ©diaire d’un journaliste camerounais, elle dit qu’elle a "un talent fou. On dirait que, malgrĂ© son jeune Ăąge, elle a toujours chantĂ©. Elle est touchĂ©e par la grĂące comme si elle avait eu dix vies. Quand je l’ai entendue chanter pour la premiĂšre fois, j’ai eu la chair de poule et les larmes aux yeux", apprĂ©cie-t-elle. A Mama Andela, dĂ©jĂ  prĂ©sente sur son album solo Beti, elle associe le mot "arc-en-ciel". Quant Ă  Roger Ngono Ayissi, dĂ©couvert sur le grand marchĂ© Mokolo de YaoundĂ©, il est, estime-t-elle, l’un des meilleurs joueurs de mvet du pays. Tandis que les BidjoĂŻ Sisters reprĂ©sentent la relĂšve du bikutsi de demain, la musique de son Sud camerounais natal : "Avec elles, j’ai retrouvĂ© le bikutsi traditionnel, celui qu’on chante au village. Elles sont capables de regarder une situation et de la chanter, sans avoir besoin d’écrire quoi que ce soit."

Acoustique


Au final, Studio Cameroon devrait consoler tous ceux qui, comme Sally Nyolo, dĂ©testent les "boĂźtes Ă  rythmes" et regrettent qu’au Cameroun "la musique rurale n’arrive pas plus en ville, qu’on n’ait pas plus envie d’écouter du son acoustique, qu’il n’y ait pas plus de bars oĂč l’on puisse Ă©couter un joueur de mvet ou de balafon, une chanteuse a capela comme au village le soir
. On perd un peu les Ă©pices
 ", souligne-t-elle. DĂ©sormais, elle n’est plus seule pour dĂ©fendre la musique qu’elle aime : "Avec Studio Cameroon, c’est comme si, finalement, nous avions créé un syndicat des choses bien faites, qui dĂ©fend une musique sans mensonges."

Suite logique, l’enregistrement d’albums solo avec quelques-uns de cette douzaine d’artistes est prĂ©vu. Et pour complĂ©ter ce projet qui sort de l’ordinaire, un film sur son histoire est en cours de rĂ©alisation, avec, aux commandes, François Bergeron, dĂ©jĂ  auteur d’un film sur Sally Nyolo. "Maintenant, je n’ai qu’une hĂąte : emmener tous les musiciens de Studio Cameroon dans des festivals et faire Ă©couter au monde le son fait au Cameroun, explique la chanteuse. Si on capte et si on vend le son de nos vies ici, on permet de poser quelques projecteurs sur ce qui se passe chez nous. Et ça donne envie aux autres de venir nous voir. Il ne faut pas que ce soit seulement nous qui sortions pour aller les voir... "

Sally Nyolo and the original Bands of Yaoundé Studio Cameroon (Riverboat records / World Music Network) 2006

Fanny  Pigeaud