ParisÂ
25/01/2007 -Â
Le groupe nordiste Gomm sort 4, son second opus, deux ans aprĂšs Destroy to perfection, essai rĂ©ussi qui avait Ă©tĂ© autoproduit avant dâĂȘtre distribuĂ© par le label franco-belge Pias. Le nouvel album, rĂ©alisĂ© par lâAllemand Peter Deimel (Sloy, Thugs ou Chokebore) au studio angevin Blackbox, offre dix titres suffocants aux rythmes tendus, punk et accrocheurs.
Le 13 février 2007 Gomm participera à l'enregistrement de l'émission La Bande Passante à La FlÚche d'or à Paris : + d'info

En Angleterre, grĂące au site mondial MySpace, les buzz se succĂšdent. Le groupe de la semaine sâappelle The View. En France, nous avons Gomm. Groupe de rock français qui prĂ©fĂšre, Ă lâurgence de la mode du moment, construire un son, le dessiner au pinceau fin, par petites touches, avec la conviction de pouvoir suivre un aussi joli destin que celui de Dionysos. Sans concession. Pourtant, Gomm ne se place pas sur une Ă©chelle particuliĂšrement franco-française. La formation lilloise adopte lâanglais, le français, voire le franglais pour ses textes. A lâimage des AmĂ©ricains de Sonic Youth ou de The Fall, Gomm ne sâimpose aucune limite. Il possĂšde ce grain de folie et dâirrĂ©vĂ©rence nĂ©cessaire en ces temps dâuniformisation des sons.
Un studio dans une grange
Mais ne nous y trompons pas : Gomm, malgrĂ© sa carapace de groupe rodĂ©, est encore un diamant brut. MĂȘme si ce premier disque sorti par un label (Pias) est le fruit dâun travail de titan, il est forcĂ©ment perfectible. Le groupe est nĂ© dans une rĂ©gion-carrefour dâinfluences anglo-saxonnes, flamandes et françaises. Un Nord-Pas-de-Calais en plein boom crĂ©atif sur le plan de lâart contemporain. "Cette rĂ©gion est trĂšs importante. On est installĂ© dans la campagne lilloise, au calme pour travailler. Nous avons installĂ© notre studio dans une vieille grange", avoue Olivier, lâun des quatre membres de Gomm. Les chansons de ce deuxiĂšme album ont donc Ă©tĂ© composĂ©es, rĂ©pĂ©tĂ©es et travaillĂ©es dans cette ferme amĂ©liorĂ©e, lieu dâinspiration qui permet toutes sortes dâexcĂšs crĂ©atifs.
Et pourtant, Gomm, au contraire de Tue-Loup - groupe sarthois qui a aussi investi une fermette pour travailler - sonne urbain. Why canât I relieve you ? rappelle Blondie et un B52âs sous acide, avec ses nappes de synthĂ© hypnotiques. Gomm puise dans les courants fondateurs du rock : le disco-punk (Donât take a chance), la noise (Crashing Waves) et le krautrock (Good Sides). Sans chercher consciencieusement Ă compiler dans ses chansons des annĂ©es dâĂ©coute religieuse de groupes qui ont fait son Ă©ducation, Gomm ne cache pas son amour du krautrock, ce mouvement nĂ© dans lâAllemagne des annĂ©es 1970 avec Can, Neu!, Faust ou Kraftwerk.
Sur scĂšne, mĂȘme si les longues plages sonores et progressives ont leur place, il semble que le groupe joue en alternant ces deux tableaux stylistiques (le krautrock ou post-punk dâun cĂŽtĂ©, pour la progression des rythmes. Le punk de lâautre, pour la rapiditĂ© de certaines chansons). Câest en concert que Gomm avait frappĂ© un grand coup un soir de dĂ©cembre 2001, Ă lâoccasion dâune Ă©dition mĂ©morable des Transmusicales de Rennes. Le dĂ©but dâune saga live qui nâen finit plus dâĂ©tonner.
Connu Ă Honolulu

Gomm a vĂ©cu des expĂ©riences Ă©tonnantes pour un groupe abonnĂ© aux jauges de salles de moyenne envergure. A Arras, "on a jouĂ© dans un petit festival qui a attirĂ© 17 000 personnes, en premiĂšre partie de Placebo. On a justement un fan de premier choix en la personne de Brian Molko, son chanteur. Il a rĂ©cemment fait Ă©couter un de nos morceaux aux auditeurs dâune radio new-yorkaise. GrĂące Ă cette petite sĂ©quence, une personne dâHonolulu sâest prise de passion pour notre musique", raconte Guillaume, amusĂ© par lâanecdote.
Les quatre Gomm (initiales de Guillaume, Olivier, Marie et Mathieu) ont tous Ă©coutĂ© du punk-rock anglo-saxon, tout en dĂ©veloppant une sensibilitĂ© artistique ouverte sur tous les arts, par le biais des Ă©tudes et des rencontres. "Nous ne sommes pas seulement des amateurs de musique. Olivier, qui a Ă©tudiĂ© les arts appliquĂ©s, sâoccupe du site web du groupe et du artwork. Mais avant tout, ce qui nous unit, câest le punk-rock. Olivier a une passion pour les Buzzcocks, Marie pour X Ray Specs et moi pour des groupes comme Television ou Wire", ajoute Guillaume.
Décharge électrique
"Pour ce nouvel album, on sâest laissĂ© porter par la musique. Les morceaux se sont emboĂźtĂ©s les uns aux autres." Itâs not easy chante Guillaume sur la plage 4, quand To be your friend lui rĂ©pond sur la plage 5 aprĂšs une introduction qui prolonge le morceau prĂ©cĂ©dent. "Câest vrai quâon sâest amusĂ© en enchaĂźnant ces deux titres, ils peuvent se suffire Ă eux-mĂȘmes, avoir chacun une substance trĂšs forte." MĂȘme si To be your friend est instrumental, le morceau est une dĂ©charge Ă©lectrique de 5 minutes 30. Point commun entre ces deux titres et I feel off, No Disappointment et Words : ils sont tous jouĂ©s sur un tempo rapide et dĂ©gagent une sensation dâurgence, une beautĂ© froide.

Ce 4 donne clairement lâimpression que les cordes de guitares vont Ă lâabattoir. Seules les chansons Fiction et Good sides font figure de rĂ©crĂ©ations. Conclusion : on ne se repose pas des masses avec Gomm. Le matĂ©riel sur lequel le groupe sâexprime est en revanche, malgrĂ© son vieil Ăąge, de tout repos pour les musiciens. « On aime jouer avec du matĂ©riel qui a vĂ©cu : une vieille batterie, de vieux claviers et des amplis Ă lampe. »
DĂ©but janvier, au Maroq'roll festival Ă la Maroquinerie, Ă Paris, le groupe s'est rĂ©appropriĂ© le son qui le caractĂ©rise devant un public exigeant, composĂ© de beaucoup de professionnels de la musique. Lesquels furent trĂšs attentifs mais peu expansifs... Un contraste avec ce quâa toujours connu le groupe lillois, notamment chez ses voisins de Belgique, pays oĂč Gomm est un peu prophĂšte : "les Belges ne se posent aucune question. A chacun de nos concerts, ils ont toujours Ă©tĂ© Ă fond".
David Glaser