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Aznavour, couleur Cuba

Un nouvel album Ă  83 ans


Paris 

01/03/2007 - 

Il ne l'avait pas encore fait. Enregistrer Ă  Cuba dans les fameux studios Irem. Charles Aznavour s'est envolĂ© pour l'Ăźle caribĂ©enne Ă  l'automne dernier et nous propose aujourd'hui un Colore ma vie teintĂ© des rythmes latino chers aux musiciens locaux avec qui il a partagĂ© des moments privilĂ©giĂ©s. AttachĂ© aux mots, il a soignĂ© une fois de plus ses textes qui semblent ĂȘtre le reflet de ses prĂ©occupations d'hier et d'aujourd'hui. Chronique du disque et interview.



"Les ocĂ©ans sont des poubelles/Et les fronts de mer sont souillĂ©s/Des Tchernobyl en ribambelles/Voient naĂźtre des fƓtus mort-nĂ©s/Dans cinquante ans, qu'allons-nous faire/De ces millions de dĂ©tritus ?/ Et ces dĂ©chets du nuclĂ©aire/Dont les pays ne veulent plus" : on n'a pas si souvent entendu Charles Aznavour s'exprimer dans le domaine du politique. La terre meurt et son fort credo Ă©cologiste ouvre son nouvel album, Colore ma vie. Une ouverture chaloupĂ©e et curieusement dansante, puisqu'il a enregistrĂ© une bonne partie de son album Ă  Cuba avec Chucho ValdĂšs et ses musiciens.

Mais si le disque est Ă©clairĂ© des belles couleurs cubaines, on y entend aussi le duduk, le hautbois traditionnel armĂ©nien, dans Tendre ArmĂ©nie, chanson dĂ©diĂ©e Ă  la terre natale de sa famille et - c'est symbolique - composĂ©e par sa sƓur AĂŻda Aznavour-Garvarentz, et aussi des souvenirs de Lisbonne, avec Fado, belle promenade sur les bords du Tage qui rappelle qu'il y a des annĂ©es il a Ă©crit Ay mourir pour toi pour Amalia Rodrigues
 Et il poursuit dans la veine sociale avec Moi, je vis en banlieue, portrait volontairement optimisme d'une banlieue qui n'est pas seulement citĂ©s et discriminations, mais aussi espoir et volontĂ©.

Et, puisque c'est son immortelle marque de fabrique, Charles Aznavour chante évidemment l'amour, notamment avec la belle chanson qui donne son titre à l'album, Colore ma vie ou un hymne attendri à la douce moitié de l'humanité, Il y a des femmes.

  VidĂ©o : Charles Aznavour en studio Ă  Cuba



RFI Musique : Votre nouvel album contient une chanson Ă©tonnante, J’abdiquerai, dans laquelle vous Ă©voquez la fin future de votre carriĂšre.
Charles Aznavour. – Oui, on m’en parle beaucoup.

Vous osez parler ouvertement de ce que vos confrĂšres essaient de cacher, votre ego. Vous assumez ?
J’assume tout. J’assume mĂȘme de gagner de l’argent. Je suis contre la langue de bois, totalement.

Dans J’abdiquerai, vous Ă©voquez aussi votre goĂ»t pour les honneurs. Y ĂȘtes-vous toujours sensible ?
Je les accepte, je les prends. Donnez m’en autant que vous voudrez. Jeune, c’était mon rĂȘve.

Vous avez Ă©tĂ© comblĂ© d’honneurs. Est-ce que cette reconnaissance vous semble suffisante ?
Je voulais ĂȘtre honorĂ© en tant qu’auteur, c’est la seule chose qui m’intĂ©ressait. Et je ne l’ai pas Ă©tĂ©, sauf Ă  l’étranger. Je suis au Hall of Fame aux Etats-Unis comme auteur, j’ai gagnĂ© le prix de la meilleure chanson country Ă  Nashville mais j’ai toujours l’impression qu’on ne m’a jamais lu. On m’a Ă©coutĂ©. Quand un jeune artiste m’apporte un disque, je dis toujours "apportez-moi aussi les paroles que je les lise" J’ai quand mĂȘme inventĂ© beaucoup de choses dans la chanson, pris des risques Ă©normes, dont on n’a jamais parlĂ©. AprĂšs l’amour, c’était un risque. Tu t’laisses aller, c’était un risque. Comme ils disent, c’était un risque.

On a beaucoup parlĂ© de Comme ils disent, quand mĂȘme !
On parle de la chanson, on parle du chanteur, on ne parle pas de l’auteur. En France, il y a les paroliers, les auteurs-interprĂštes et je voudrais qu’on ait une catĂ©gorie qui soit les Ă©crivains de la chanson. (Il rit) Ah, c’est un ego ! Je n’ai pas peur de le dire : mon ego Ă  moi, c’est de me regarder dans la glace le matin et de me dire : "pour un gars qui est sorti de l’école Ă  dix ans et demi avec le certificat d’étude sans mention, tu as bien rĂ©ussi ton coup, ta langue est belle !" VoilĂ  ce que je cherche de moi.

Plus tĂŽt au mois de fĂ©vrier, vous avez fait au Japon une tournĂ©e intitulĂ©e "Aligato, sayonara (merci, au revoir)". Combien de fois aviez-vous chantĂ© dĂ©jĂ  au Japon ?
C’était ma dixiĂšme tournĂ©e au Japon. Je n’ai pas cherchĂ© Ă  faire une carriĂšre au Japon, j’ai toujours voulu une carriĂšre internationale. J’aurais pu m’installer dĂ©finitivement aux Etats-Unis et je m’y serais battu pour monter Ă  une place importante. En fait, je n’ai pas cherchĂ© Ă  ĂȘtre connu aux Etats-Unis mais Ă  y ĂȘtre reconnu – et j’ai rĂ©ussi mon coup. Etre au Hall of Fame, ça me permet de faire mon mĂ©tier comme j’ai envie de le faire.

L’an dernier, je n’ai pas fait mes adieux aux Etats-Unis, j’ai fait mes adieux Ă  la langue anglaise pour l’AmĂ©rique. Je veux bien y retourner mais pour chanter en français. Je ne veux pas y retourner pour faire ce mĂ©tier d’acrobate de la langue. C’est trĂšs difficile de chanter un jour en espagnol, un jour en anglais, un jour en allemand. Je vais bientĂŽt faire ma tournĂ©e d’adieux Ă  la langue espagnole. AprĂšs, je ferai mes adieux en italien. Je ne ferai pas mes adieux en français. En revanche, j’ai fait mes adieux aux tournĂ©es. Je ne fais plus que des galas, des apparitions ici ou lĂ  tous les trois mois. Ça va me permettre d’écrire. J’ai recommencĂ© Ă  Ă©crire pour les autres. Je viens de faire un texte trĂšs joli, je crois, pour Amel Bent. Il y a des annĂ©es, j’ai Ă©crit pour Johnny, pour Sylvie Vartan, pour Philippe Clay, pour Marcel Amont... Je vais recommencer ce mĂ©tier. C’est amusant de boucler la boucle comme cela, par ce que j’ai fait Ă  mes dĂ©buts.

A vos dĂ©buts, justement, vous Ă©criviez pour Edith Piaf, pour Juliette GrĂ©co, pour Dario Moreno, pour beaucoup de vedettes de l’époque, et notamment en compagnie de Gilbert BĂ©caud.
Oui et, quand nous avons percé, Bécaud et moi, les maisons de disques ont partout cherché des Bécaud et des Aznavour.

On entend dire çà et lĂ  que la chanson française est en train de vivre son Ăąge d’or. Partagez-vous ce point de vue ?
Les textes sont bien meilleurs, il faut bien le dire. Et puis on commence Ă  entendre vraiment chanter les chanteurs. C’est le nouvel Ăąge d’or. Bien sĂ»r, il y en a qui vont s’écrouler, parce qu’il faut avoir le souffle. Surtout, il ne faut rien renier. Pourquoi beaucoup de yĂ©yĂ©s ont disparu ? Parce qu’ils ont reniĂ© le passĂ©, parce qu’ils ont pensĂ© qu’avant eux il n’y avait rien eu de bon. Ceux qui ont tenu, comme Johnny, ce sont ceux qui n’ont jamais pensĂ© comme ça.

Charles Aznavour Colore ma vie (EMI) 2007

 JournĂ©e spĂ©ciale Charles Aznavour sur RFI : + d'info


Bertrand  Dicale