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Le mystère de Bertrand Belin

L'élégance décalée


Paris 

21/03/2007 - 

Deuxième album de Bertrand Belin, La perdue, est à l’image de son titre, une œuvre énigmatique. Cet ovni musical, infiniment mélodieux, nous propulse sur la planète Belin. Un cosmos décalé dans l’horizon de la chanson française.




Bertrand Belin est un barde des temps modernes. Trois ans après un premier opus remarqué, ce passionné des mots, qui cite Arthur Rimbaud, Francis Ponge, ou Philippe Jaccottet, poursuit son ascension poétique. Tel un troubadour, il déclame ses textes avec délectation, mêlant audacieusement les grands genres littéraires : romantisme, surréalisme et naturalisme.  

L’univers qu’il dépeint brouille les frontières du réel et de l’imaginaire. Le chanteur se plaît à cultiver cette ambiguïté, en enveloppant ces textes d’un voile de mystère : "Je pars du principe que nous avons tous une part d’appréciation du monde qui nous entoure ; on a besoin de comprendre  et d’analyser les choses, mais il y a toujours des zones de trouble. Cette  perception  du monde, on ne peut pas forcément la retranscrire par une langue et une syntaxe classique, admise."

Il assume ce penchant pour l’ésotérisme : "Ça me plaît d’écrire une chanson et de penser qu’elle sera un peu longue en bouche. Ce qui est grisant, c’est de découvrir les choses. En enlevant  le mystère, on perd une part de passion." Bertrand Belin va à l’encontre d’un processus narratif linéaire. Se laissant pénétrer par "l’hypnose créative", il égare l’auditeur sur les routes de contrées imaginaires, peuplées de créatures plus intrigantes les unes que les autres. On y croise cette "perdue" (titre-phare), femme recluse dans une maison à l’orée d’un bois, un soldat regrettant un ami passé (La tranchée), Ali et Maria, couple "au cœur flottant des nuées", ou encore cette jolie dame qui a de la "place dans son cou" et un lit qui "va pour deux" (Des os de seiche). En toile de fond, forêts, orchidées, fougères et cyprès… : les personnages fusionnent  avec une nature omniprésente.

Une atmosphère baignée de sensualité


Éternel romantique, Bertrand Belin place son album sous le signe de l’amour. "Mais sans faire de romantisme fleur bleue", insiste-il. "Il s’agit plutôt d’un romantisme de la sublime défaite  avec une bonne dose de violence, symbolisant la combustion des désirs." Un désir charnel qu’il décrit avec pudeur mais intensité.

Les titres Les délices, L’aube posée ou Les orchidées, sont de véritables odes à la sensualité. Les métaphores envoûtent, nous glissant dans l’intimité des amants. Ainsi dans Tes délices : "Je songe avec envie à l’écume de jade/ Aux violentes cascades/ À ta bouche, rose bonté ronde chaude que/ ceints de vents amers, je crois toucher encore". Le duo interprété avec Barbara Carlotti L’aube posée entre au Panthéon des chansons érotiques : "Les heures ont filé à les enfiler/ J’admire ta peau ma beauté/ Dans l’heure avancée/ A l’orée démente/ J’admire ta peau ma beauté". Bertrand Belin raconte son coup de foudre musical pour la chanteuse : "Je ne voulais  pas confier cette chanson à l’érotisme sous-jacent à une jeune femme dont la voix irait dans le sens des paroles. Quand j’ai entendu Barbara Carlotti pour la première fois, j’ai été frappé par sa grâce et la noblesse de son timbre, et j’ai voulu que ce soit elle qui chante un duo avec moi." L’interprétation épurée, extrêmement élégante, donne toute sa substance à ce morceau.

Un style musical à part


Bertrand Belin a également souhaité enrichir la dimension musicale de ce second album :  "J’ai voulu construire une nouvelle architecture musicale, en ôtant du texte afin de laisser plus de place aux instruments." Car le chanteur est avant tout musicien : ancien guitariste des groupes Sons of the desert et Jasmine Bande et accompagnateur de Bénabar.

Il situe son style au confluent d’influences diverses : "Il y a dans mes chansons un apport de musique folk mais également un goût prononcé pour les formes classiques de la vieille Europe. J’espère réinventer des formes harmoniques." Il y parvient aisément ! La perdue, déploie un riche éventail d’instruments : piano, guitares, violons mais aussi banjo, trombone,  flûte à bec. Les mélodies, servies par le timbre évanescent de Belin, sont délicieusement limpides. Sa diction classieuse, entre un Boris Vian et un Gainsbourg à ses débuts, lui confère ce charme d’un autre temps. Il n’y a aucun doute, Bertrand Belin, qui met en avant "le devoir d’audace incombant à l’artiste" a su affirmer sa singularité dans le paysage de la chanson française :  "Je crois ne pas avoir à souffrir de rapprochement, j’ai mon style bien à moi." 

Bertrand Belin La perdue (Sony Bmg) 2007
A Paris le 20 mars 2007, à la Bellevilloise avec la Bande Passante.
En tournée et à Paris le 4 avril au Café de la Danse

Manon  Nouvelle