ParisÂ
28/03/2007 -Â
A deux pas du pĂ©riphĂ©rique parisien, il sâamuse Ă faire pousser carottes et radis. Lui qui nâa pas spĂ©cialement la main verte sâenthousiasme Ă voir grandir aussi vite ses lĂ©gumes. Dans son jardin, Mano Solo a Ă©galement laissĂ© germer In the Garden, son nouvel album. Terreau intime pour compositions Ă grande gueule, qui raviront les fans. Bien avant les Saintes Glaces, le Celcius avoisine le zĂ©ro en cette fin mars. Lâinterview se passera donc dans sa salle de rĂ©pĂ©tition, face au jardin.

Pourquoi avoir appelé ce nouveau disque In the Garden ?
Câest ici quâon a redĂ©marrĂ© de rien. La fin de la tournĂ©e des Animals a Ă©tĂ© pĂ©nible pour moi. Mon groupe Ă©tait trop gros, trop difficile Ă manipuler. Les musiciens ne voulaient pas changer leurs habitudes, mĂȘme la liste des morceaux Ă©tait figĂ©e. Je mâĂ©tais rendu compte que jâavais moi-mĂȘme crĂ©er un truc qui ne me plaisait pas. Tellement persuadĂ© dâavoir envie dâun gros groupe pour faire des concerts qui dĂ©mĂ©nage. Et câest vrai, je les ai rendus ouf les gens, ils bondissaient dans tous les sens mais ils ne mâĂ©coutaient plus. JâĂ©tais mĂȘme vexĂ© Ă certains moments, de voir quâils sâĂ©clataient pratiquement sans moi.
Du coup, vous avez choisi une formation un peu particuliĂšre : un pianiste, une guitare, un accordĂ©onâŠ
Câest une formation tango finalement. Dans la Marmaille nue, mon premier groupe, il nây avait pas de batteur. AprĂšs, je me suis fait avoir par les moyens quâon mâa donnĂ©s. Je ne me vois pas faire du punk sans basse/batterie mais pour toutes les autres musiques on sâen passe trĂšs bien. Ăa tâoblige Ă sortir des sentiers battus. LĂ , les trois musiciens se retrouvaient un peu Ă poil, obligĂ©s de donner autre chose. Dans lâespace sonore, il y avait beaucoup de place, on a du recrĂ©er les autres instruments. Jâessaie dâen arriver Ă sous-entendre les choses, que notre cerveau fasse la suite des arrangements. Je ne te dis pas quâon est en train de faire un truc gĂ©nial ou super original, mais câest une musique Ă©quilibrĂ©e quâon va pouvoir faire vivre partout. On est revenu Ă quelque chose dâhumain et de mĂ©lodieux.
Vous avez produit lâalbum seul, ça sâest passĂ© comment ?
Je suis allĂ© voir ma banque. Je leur ai dit : "Jâai une belle maison, je vous la laisse en garantie, vous me faites un prĂȘt et moi je produis mon disque." Elle mâa avancĂ© 130000 euros pour la production, la fabrication et la promotion. On retrouvera nos ronds autour de 50000 albums vendus.

Vous aviez lancé une souscription, ça a marché ?
CâĂ©tait un test. Je lâai fait pour montrer aux gens quâil fallait arrĂȘter les discours sur la supposĂ©e complicitĂ© des artistes avec leur public. Je pense quâil nây a pas dâartiste de ma catĂ©gorie avec autant de proximitĂ© avec son public sur Internet. Jây passe ma journĂ©e des fois ! Et pourtant un type comme moi qui vends entre 70000 et 150000 albums Ă chaque fois, jâai rĂ©uni 2 600 souscripteurs. Ce qui est que dale. Ăa ne mâaurait pas permis de faire mon album. Ce truc, câest la dĂ©monstration que tous les gens qui nâont pas la niaque comme moi, ils vont crever direct. Et pourtant moi je suis un sacrĂ© opportuniste !
2600 personnes qui envoient de lâargent, sans savoir ce que ça va devenir, câest quand mĂȘme dĂ©jĂ une belle preuve de confiance ?
Ăa, câest vrai. Pour moi ce sont des anges. Je ne sais mĂȘme pas si moi-mĂȘme je lâaurais fait ! Je nâen veux pas aux gens dâĂȘtre ce quâils sont. Quâils arrĂȘtent juste de voir les pailles dans ton oeil, alors quâils ont les yeux remplis de poutres ! On a beau avoir mille discours idĂ©alistes sur le net, en disant quâon va avoir un accĂšs formidable Ă la culture, et patati et patata. En vĂ©ritĂ©, on en est Ă 5 ans de haut dĂ©bit et on a vu qui Ă©merger du net ? Kamini. En mĂȘme temps, plein dâartistes comme Pauline Croze ont Ă©tĂ© signĂ©s par des maisons de disques. La diversitĂ© elle vient de lĂ , pas du net. En France, il nây a pas un seul artiste qui vivent de MySpace. ArrĂȘtons de le glorifier. Ăa sert juste dâaquarium oĂč les maisons de disques vont piocher. MySpace, câest le marchĂ© aux esclaves, la manche globale ! Quâest-ce que tu fais sinon engrosser le propriĂ©taire du site grĂące aux banderoles de pub. Tout ça pour une visibilitĂ© que tu peux avoir partout sur le net.
Tu surfes sur des milliers de vie en trois minutes, si ce nâest pas du mĂ©pris câest quoi ? Tout ça accompagne le marchand de clĂ©s USB, dâI-Pod. Nous, on est une excuse pour vendre autre chose.
Vous avez appréhendé cette sortie ?
Je pense quâil va cartonner cet album, il est super ! Je vois dĂ©jĂ quâil plait beaucoup aux fans de base, avec plus de mĂ©lodies et des trucs sombres. Les gens mâaiment quand je suis triste ! Mon but, câest de retrouver un contrat cohĂ©rent avec une maison de disques. Je ne suis pas sĂ»r de gagner assez dâargent pour pouvoir rembourser mon emprunt, vivre et produire un album dans un ou deux ans. Je me suis donnĂ© des moyens professionnels mais je ne pourrais pas le faire deux fois. Ce nâest pas mon mĂ©tier mĂȘme si ça mâamuse bien.

Vous avez un humour trĂšs provocant, est-ce que les gens sây sont habituĂ©s maintenant ?
Jâadore le conflit ça me fait marrer, mais il y Ă©normĂ©ment de gens que ça ne fait pas rire. Plus je vieillis plus je me dis que câest Ă moi de mâadapter. Câest difficile parce que je me marre moins ! Tout le monde pense que câest parce que je suis une star que je suis comme ça, alors que jâai toujours Ă©tĂ© dâune insupportable prĂ©tention. Câest certainement grĂące à ça que je suis devenu Mano Solo. Mais grĂące Ă ce mĂ©tier, je suis tout de mĂȘme moins pire quâavant !
Ludovic Basque
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