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Mano Solo le jardinier

In the garden, 9e album


Paris 

28/03/2007 - 

A deux pas du pĂ©riphĂ©rique parisien, il s’amuse Ă  faire pousser carottes et radis. Lui qui n’a pas spĂ©cialement la main verte s’enthousiasme Ă  voir grandir aussi vite ses lĂ©gumes. Dans son jardin, Mano Solo a Ă©galement laissĂ© germer In the Garden, son nouvel album. Terreau intime pour compositions Ă  grande gueule, qui raviront les fans. Bien avant les Saintes Glaces, le Celcius avoisine le zĂ©ro en cette fin mars. L’interview se passera donc dans sa salle de rĂ©pĂ©tition, face au jardin.

  Mano Solo sera l'invitĂ© de l'Ă©mission La Bande Passante le 10 avril 2007 Ă  La FlĂšche d'or Ă  Paris : + d'info




Pourquoi avoir appelĂ© ce nouveau disque In the Garden ?
C’est ici qu’on a redĂ©marrĂ© de rien. La fin de la tournĂ©e des Animals a Ă©tĂ© pĂ©nible pour moi. Mon groupe Ă©tait trop gros, trop difficile Ă  manipuler. Les musiciens ne voulaient pas changer leurs habitudes, mĂȘme la liste des morceaux Ă©tait figĂ©e. Je m’étais rendu compte que j’avais moi-mĂȘme crĂ©er un truc qui ne me plaisait pas. Tellement persuadĂ© d’avoir envie d’un gros groupe pour faire des concerts qui dĂ©mĂ©nage. Et c’est vrai, je les ai rendus ouf les gens, ils bondissaient dans tous les sens mais ils ne m’écoutaient plus. J’étais mĂȘme vexĂ© Ă  certains moments, de voir qu’ils s’éclataient pratiquement sans moi.

Du coup, vous avez choisi une formation un peu particuliÚre : un pianiste, une guitare, un accordéon

C’est une formation tango finalement. Dans la Marmaille nue, mon premier groupe, il n’y avait pas de batteur. AprĂšs, je me suis fait avoir par les moyens qu’on m’a donnĂ©s. Je ne me vois pas faire du punk sans basse/batterie mais pour toutes les autres musiques on s’en passe trĂšs bien. Ça t’oblige Ă  sortir des sentiers battus. LĂ , les trois musiciens se retrouvaient un peu Ă  poil, obligĂ©s de donner autre chose. Dans l’espace sonore, il y avait beaucoup de place, on a du recrĂ©er les autres instruments. J’essaie d’en arriver Ă  sous-entendre les choses, que notre cerveau fasse la suite des arrangements. Je ne te dis pas qu’on est en train de faire un truc gĂ©nial ou super original, mais c’est une musique Ă©quilibrĂ©e qu’on va pouvoir faire vivre partout. On est revenu Ă  quelque chose d’humain et de mĂ©lodieux.

Vous avez produit l’album seul, ça s’est passĂ© comment ?
Je suis allĂ© voir ma banque. Je leur ai dit : "J’ai une belle maison, je vous la laisse en garantie, vous me faites un prĂȘt et moi je produis mon disque." Elle m’a avancĂ© 130000 euros pour la production, la fabrication et la promotion. On retrouvera nos ronds autour de 50000 albums vendus.

Vous aviez lancĂ© une souscription, ça a marchĂ© ?
C’était un test. Je l’ai fait pour montrer aux gens qu’il fallait arrĂȘter les discours sur la supposĂ©e complicitĂ© des artistes avec leur public. Je pense qu’il n’y a pas d’artiste de ma catĂ©gorie avec autant de proximitĂ© avec son public sur Internet. J’y passe ma journĂ©e des fois ! Et pourtant un type comme moi qui vends entre 70000 et 150000 albums Ă  chaque fois, j’ai rĂ©uni 2 600 souscripteurs. Ce qui est que dale. Ça ne m’aurait pas permis de faire mon album. Ce truc, c’est la dĂ©monstration que tous les gens qui n’ont pas la niaque comme moi, ils vont crever direct. Et pourtant moi je suis un sacrĂ© opportuniste !

2600 personnes qui envoient de l’argent, sans savoir ce que ça va devenir, c’est quand mĂȘme dĂ©jĂ  une belle preuve de confiance ?
Ça, c’est vrai. Pour moi ce sont des anges. Je ne sais mĂȘme pas si moi-mĂȘme je l’aurais fait ! Je n’en veux pas aux gens d’ĂȘtre ce qu’ils sont. Qu’ils arrĂȘtent juste de voir les pailles dans ton oeil, alors qu’ils ont les yeux remplis de poutres ! On a beau avoir mille discours idĂ©alistes sur le net, en disant qu’on va avoir un accĂšs formidable Ă  la culture, et patati et patata. En vĂ©ritĂ©, on en est Ă  5 ans de haut dĂ©bit et on a vu qui Ă©merger du net ? Kamini. En mĂȘme temps, plein d’artistes comme Pauline Croze ont Ă©tĂ© signĂ©s par des maisons de disques. La diversitĂ© elle vient de lĂ , pas du net.  En France, il n’y a pas un seul artiste qui vivent de MySpace. ArrĂȘtons de le glorifier. Ça sert juste d’aquarium oĂč les maisons de disques vont piocher. MySpace, c’est le marchĂ© aux esclaves, la manche globale ! Qu’est-ce que tu fais sinon engrosser le propriĂ©taire du site grĂące aux banderoles de pub. Tout ça pour une visibilitĂ© que tu peux avoir partout sur le net.

Tu surfes sur des milliers de vie en trois minutes, si ce n’est pas du mĂ©pris c’est quoi ? Tout ça accompagne le marchand de clĂ©s USB, d’I-Pod. Nous, on est une excuse pour vendre autre chose.

Vous avez apprĂ©hendĂ© cette sortie ?
Je pense qu’il va cartonner cet album, il est super ! Je vois dĂ©jĂ  qu’il plait beaucoup aux fans de base, avec plus de mĂ©lodies et des trucs sombres. Les gens m’aiment quand je suis triste ! Mon but, c’est de retrouver un contrat cohĂ©rent avec une maison de disques. Je ne suis pas sĂ»r de gagner assez d’argent pour pouvoir rembourser mon emprunt, vivre et produire un album dans un ou deux ans. Je me suis donnĂ© des moyens professionnels mais je ne pourrais pas le faire deux fois. Ce n’est pas mon mĂ©tier mĂȘme si ça m’amuse bien.

Vous avez un humour trĂšs provocant, est-ce que les gens s’y sont habituĂ©s maintenant ?
J’adore le conflit ça me fait marrer, mais il y Ă©normĂ©ment de gens que ça ne fait pas rire. Plus je vieillis plus je me dis que c’est Ă  moi de m’adapter. C’est difficile parce que je me marre moins ! Tout le monde pense que c’est parce que je suis une star que je suis comme ça, alors que j’ai toujours Ă©tĂ© d’une insupportable prĂ©tention. C’est certainement grĂące Ă  ça que je suis devenu Mano Solo. Mais grĂące Ă  ce mĂ©tier, je suis tout de mĂȘme moins pire qu’avant !


Ludovic  Basque