Paris
23/04/2007 -

Ah, qu’il est bon de retrouver les Rita Mitsouko ! Leur franc-parler, leur bonne humeur, leurs coups de gueule, leur dynamisme, leur naturel… Pendant l’interview, Catherine Ringer mange une pomme du bout de son couteau-suisse. Frédéric Chichin, lui, se roule une cigarette. Tout deux sourient, décontractés. Enchantés de présenter ce nouvel album, d’en papoter, d’en débattre. Ils l’ont baptisé Variéty et ça lui va bien. Parce qu’il est varié, tout simplement : ici, du vrai rock têtu ou un titre engagé (Terminal Beauty). Là, une balade romantique (Ma vieille ville) ou un morceau bien groovy et dansant (Ding ding dong). Un opus simple, cohérent, efficace.
RFI Musique : Vous n’aviez pas sorti d’album depuis La Femme trombone il y a cinq ans…
Catherine Ringer : Oui, on n’est pas du genre à sortir des albums quand il n’y a rien a sortir. On ne fait pas de best of systématiques ou de live quand il n’y a rien de spécial. On a toujours refusé de faire ça. Entre ces deux albums, on a sorti un live avec l’orchestre Lamoureux et on a continué notre métier de musiciens. Sans que les gens nous voient, vu qu’on ne donne pas spécialement signe de vie !
Qu’est-ce qui vous a donné envie d’enfanter celui-ci ?
Catherine Ringer : Fred a eu deux ans d’hépatite C, ça a été très dur. Après sa convalescence, il a eu comme une renaissance. Une énergie incroyable lui est revenue. Il composait beaucoup et moi, je devais partir en tournée en Italie. Juste avant, notre maison de disques nous a dit : "Faites un single". Alors on a composé des chansons : trois, quatre, huit… Ça venait tout seul ! On a senti qu’il y avait une bonne veine. Du coup, j’ai annulé ma tournée et on s’y est mis.
Qui s’est occupé des paroles ?
Catherine Ringer : Fred a écrit la musique d’abord, puis j’ai écouté chaque mélodie en boucle avant d’écrire comme ça me venait : soit en français, soit en anglais. Presque toutes ont ensuite été traduites pour figurer sur les deux versions de l’album. Marie-Antoinette, on l’a composée pour le film de Sofia Coppola, qui cherchait des artistes à mettre à son générique. C’était super urgent, le film était en fin de montage. Pour me remémorer qui était Marie-Antoinette, j’ai ouvert mon dictionnaire des noms propres et les paroles sont venues. Mais la Coppola n’a pas pris, elle travaille toujours avec les mêmes : Air, Phoenix, etc. Pour Terminal Beauty - la chanson que je chante en duo avec Serj Tankian de System of a Down - j’ai été inspirée par les photos d’un magazine féminin. Le sort des mannequins anorexiques n’était pas encore sous les feux de l’actu. Mais la transformation des canons de la beauté en occident est un sujet auquel je suis sensible. Ces jeunes femmes qui ont l’air presque malades, l’air toujours furieux, anxieux. C’est nul.
Pourquoi avez-vous décidé de faire deux variantes de Variéty, l’une en anglais et l’autre en français ?
Catherine Ringer : On veut communiquer avec l’Europe, avec les gens qui aiment notre musique et ceux qui jouent dans le même registre que nous. Si on reste franco-français, c’est vraiment triste ! Quand on a des histoires intéressantes à raconter, autant les dire en anglais pour que tout le monde comprenne, de la Hongrie à la Suède. Et puis la langue française est quand même là, on ne l’abandonne pas puisque l’album existe aussi en français. Chacun est libre de choisir la version qui lui plaît !
Fred Chichin : En faisant un album uniquement en français, on ne vend qu’en France. On ne peut pas se le permettre, sinon on va disparaître. Les Rita Mitsouko ne marchent pas à la subvention. On est un groupe privé : c’est nous qui avons entièrement payé la production de ce disque ! Avoir un plus grand marché est pour nous une nécessité. Pour nous rembourser et gagner de l’argent. Pas pour acheter des voitures mais pour continuer à exister et pour produire aussi d’autres groupes.

Catherine Ringer : Depuis le début du groupe en 1979, on a toujours travaillé dans ce sens-là. Se baptiser les Rita Mitsouko pour que ça sonne dans toutes les langues, c’était déjà une façon de s’ouvrir vers l’extérieur. On ne s’est jamais vu comme un groupe de "rock français", mais plutôt comme des Français qui font du rock, à l’occidentale.
Vous êtes un des rares groupes français à prendre en main tous les maillons de la chaîne de production d’un disque…
Fred Chichin : Nous aimons notre indépendance. Mais nous travaillons quand même avec d’autres, pour avoir un recul sur ce que nous sommes en train de faire. Cette fois-ci, nous avons partagé la direction artistique avec Mark Plati (ndlr : David Bowie, The Cure, Brazilian Gilrs…). Quand on est arrivés pour travailler avec lui, les morceaux étaient déjà très avancés. Les bases étaient programmées : les basses, les guitares, les synthés, les voix. Lui, nous a aidés à booster les chansons. Il s’est amusé à rajouter un orgue, il a revu quelques points de structure, raccourci un refrain, rallongé une chanson… Et puis il a entièrement pris en main le mixage. On lui a fait confiance sans problème vu son expérience.
Fleur De la Haye
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