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Idir, le coloriste

Un album républicain


Paris 

07/06/2007 - 

Qu’est ce qui peut pousser le cĂ©lĂšbre un chanteur kabyle Ă  enregistrer un album de duos avec la jeune gĂ©nĂ©ration rap et r’n’b française ? On pourrait penser Ă  un coup marketing – les albums de duos sont Ă  la mode depuis quelques annĂ©es dans l’industrie du disque en France, mais quand il s’agit d’Idir, on n’y croit pas.  Au service du concept "la France des couleurs dĂ©fendra les couleurs de la France", Idir a rĂ©ussi Ă  fĂ©dĂ©rer une large palette d’artistes 
 pour un rĂ©sultat aux objectifs nobles, mais somme toute assez inĂ©gal.



Comment cette idée de travailler sur cet album de duos avec des jeunes artistes, La France des Couleurs a mûri ?
C’est un pur hasard. Nous Ă©tions ici justement dans la maison de disques en train de dĂ©jeuner avec ValĂ©rie Michelin. Puis elle me dit que Rim K, un chanteur du 113 m’aime bien, veut me rencontrer
 Elle ajoute que beaucoup de jeunes lui parlent de ma musique. Et c’est comme ça que l’idĂ©e a germĂ©. On a fait une liste de gens, certains que je connaissais d’autres moins, parce que c’était un univers aux antipodes du mien et au fil des contacts, Ă  ma grande surprise je me suis rendu compte que ça leur faisait plaisir de travailler avec moi. Le disque devait s’appeler GĂ©nĂ©rationS au dĂ©part. Par la suite, lors d’un featuring avec RIm K et Sniper, le producteur m’a demandĂ© ce que je comptais dire qans ce titre. J’ai rĂ©pondu que je comptais parler de cette France des couleurs. "La France des couleurs va dĂ©fendre les couleurs de la France" est vite devenu une sorte de leitmotiv, qui allait me guider dans le choix des thĂšmes Ă  aborder.

Par la suite vous avez engagĂ© toute la construction de l’album autour de le thĂšme-lĂ  – assez politique soi dit en passant

Politique, dans la mesure oĂč il affiche la confirmation de la sociĂ©tĂ© française telle qu’elle est actuellement. C’est politique dans la mesure aussi oĂč cela suscite actuellement un certain nombre d’interrogations, de dĂ©bats. Mais attention, ce n’est pas politique dans le sens partisan du terme


La gĂ©nĂ©ration qui prend le micro sur cet album raconte une France trĂšs diffĂ©rente de celle dans laquelle vous ĂȘtes arrivĂ©, non ?
Elle est d’autant plus diffĂ©rente que je ne suis pas français de nationalitĂ©. J’ai eu quelques scrupules initialement, mais comme on le dit dans l’album, on est du pays oĂč l’on est aimĂ©. Ce pays m’a adoptĂ© ; il m’a donnĂ© des choses que j’ai envie de lui rendre. Je ne suis pas obligĂ© d’ĂȘtre français pour aimer la France et ses enfants. J’ai mes deux pays, l’AlgĂ©rie qui m’a donnĂ© une origine, une histoire, et la France qui a donnĂ© un sens Ă  ma vie Ă  sa maniĂšre.

Et dans ce rapport Ă  la France, vous ĂȘtes-vous retrouvĂ© dans les textes des artistes prĂ©sents sur l’album ?
Certains revendiquent des choses qui ne me concernent pas. A certains moments, il fallait mĂȘme les freiner
 Je n’ai pas la rĂ©volte d’un Sinik qui est de pĂšre kabyle et de maman française qui a connu l’exclusion dans son pays. J’étais lĂ  pour accompagner les artistes et donner le petit bout de moi-mĂȘme pour ĂȘtre juste. Quand AkhĂ©naton traite de JĂ©rusalem, cette ville mythique, cela participe de cette vision de la France des couleurs aussi, qu’on soit juif ou musulman. Dans ce projet, la difficultĂ© pour moi Ă©tait d’éviter d’ĂȘtre Ă  l’extĂ©rieur. La meilleure maniĂšre de montrer que j’aimais ce pays Ă©tait de montrer ma sincĂ©ritĂ© dans le partage avec les autres. IndĂ©pendamment des histoires de droite ou de gauche. Ce disque s’adresse Ă  tout le monde.

Vous connaissiez tous les artistes prĂ©sents sur l’album ?
ForcĂ©ment, je connaissais le travail d’un certain nombre d’artistes prĂ©sents sur l’album. Ayant des enfants, on connaĂźt toutes les grosses pointures
Sinik, je connaissais, Oxmo Puccino et son cĂŽtĂ© Ă©motionnel, Ă©videmment AkhĂ©naton. AprĂšs j’en ai dĂ©couvert d’autres
Je connaissais seulement le tube Angela des SaĂŻan Supa Crew, et cela a Ă©tĂ© d’ailleurs les premiers artistes que j’ai rencontrĂ©s
 J’ai pu dĂ©couvrir des intelligences, des sensibilitĂ©s que j’étais loin d’imaginer. Je dois avouer qu’à certains moments, je caricaturais un peu les choses par mĂ©connaissance, par ignorance
Je ne m’attendais pas Ă  une telle crĂ©ativitĂ©.

Y a t'il eu systĂ©matiquement une Ă©laboration commune des morceaux ?
A chaque fois, Ă  deux ou trois exemples prĂšs. C’était marquant car il y a eu rencontre. Grand Corps malade m’a dit qu’il Ă©tait venu me voir Ă  Saint-Denis avec ses copains. Finalement, on s’est mis Ă  parler de la banlieue et du fait qu’on aimerait y voir un peu plus de fleurs
Cela a Ă©voluĂ© vers la religion, et je lui ai demandĂ© d'Ă©crire sur la position d’un papa musulman qui pour une fois, va renvoyer au magasin des accessoires les dogmes, les clichĂ©s religieux et la tradition  afin de pouvoir se mettre Ă  nu et parler Ă  sa fille. Et de lĂ  est nĂ©e cette Lettre Ă  ma fille. C’est un des morceaux les plus importants de l’album, qui souligne que la laĂŻcitĂ© ne se nĂ©gocie pas.

Par contre, Disiz la peste, m’a parlĂ© d’un texte sur les tirailleurs sĂ©nĂ©galais. Un de ses oncles Ă©tait tirailleur, deux frĂšres de mon grand-pĂšre sont morts, l’un dans les Vosges, l’autre Ă  Verdun, donc on Ă©tait en plein dans le sujet. LĂ , j’ai posĂ© ma voix, sans rien faire d’autre, mais le texte faisait quand mĂȘme partie de mon parcours. Enfin, il est important de dire que je me suis mis au service du concept. MĂȘme si Ă  certains moments, on est assez loin de mon univers
 Ce ne sont pas les United Colors of Idir, c’est la France des couleurs, il s’agissait de donner un reflet, sincĂšrement.

C’était plus difficile pour vous ?
Oui, tu as toujours la peur de ne pas assurer, d’ĂȘtre Ă  cĂŽtĂ© de la plaque, de ne pas trouver les mots. Je me rĂ©fugiais souvent dans le thĂšme. On peut dĂ©tester ou aimer certaines chansons, mais le concept reste viable, et mĂȘme au-delĂ  : essentiel.

Idir La France des Couleurs (Sony/BMG) 2007
Idir et les artistes de la France des couleurs seront en concert au ZĂ©nith de Paris le 19 octobre 2007

Eglantine  Chabasseur