Reportage
BarceloneÂ
05/06/2007 -Â

Le festival Primavera sound, plus Ă©clectique que jamais, a rĂ©uni cette annĂ©e dans une ambiance bon enfant une quantitĂ© de cĂ©lĂ©britĂ©s telles que Patti Smith, The White Stripes ou Sonic Youth pour le rock et DJ Hell, David Caretta ou Luke Slater pour les musiques Ă©lectroniques. On pouvait aussi y dĂ©couvrir de nombreux jeunes artistes talentueux tels que les Anglais Hot Chip, les AmĂ©ricains The Battles, le DJ français Playpaul ou encore le groupe quĂ©bĂ©cois Malajube, qui avait lâhonneur de clĂŽturer le festival. Ce dernier groupe constituĂ© de cinq jeunes MontrĂ©alais connaĂźt une carriĂšre fulgurante : en trois ans, il est devenu le premier groupe quĂ©bĂ©cois francophone Ă sâexporter dans le monde entier.
Dans une salle Apolo remplie Ă craquer, les Malajube ont commencĂ© leur concert avec leur succĂšs pop du moment, MontrĂ©al â40, sans doute pour mettre le public en confiance avant de lui livrer une musique plus chargĂ©e, plus saturĂ©e, faite de guitares tonitruantes et de synthĂ©tiseurs aux mĂ©lodies parfois mĂ©lancoliques. Un concert Ă©clectique et musicalement solide, aux accents encore underground : les Malajube se cachent encore un peu trop de leur public et nâont pas encore eu le temps de dĂ©velopper un vrai spectacle, ce qui ne devrait ĂȘtre quâune question de temps.
Ce qui est sĂ»r, câest que le public a apprĂ©ciĂ©, et ce alors que lâintĂ©gralitĂ© des textes de Malajube est en français. Comment un groupe francophone sâimpose-t-il ainsi sur le marchĂ© international de la musique ? Câest Francis Mineau, le batteur du groupe, qui parle : "il faut avant tout la volontĂ©, il faut ĂȘtre prĂȘt Ă le faire et nous le sommes tous. Il y a ensuite la musique naturellement, s'il y a des gens pour la recevoir alors les conditions du succĂšs sont remplies. Au QuĂ©bec, le marchĂ© de la musique est tout petit et câest spontanĂ©ment que nous avons Ă©crit nos chansons en français, notre langue maternelle. A lâexport et en particulier aux Etats-Unis, le français nous donne une touche dâexotisme que les AmĂ©ricains apprĂ©cient de plus en plus. Ils ne comprennent rien aux textes mais la musique est plus importante Ă leurs yeux. Le fait que nous soyons francophones est peut-ĂȘtre lâune des clĂ©s de notre succĂšs, mais il constitue parfois aussi une barriĂšre avec le public, câest ce qui fait lâunicitĂ© de la chose".
Comment les Malajube expliquent-ils leur rĂ©ussite fulgurante ? "Tout a Ă©tĂ© trĂšs vite, et nous avons tous Ă©tĂ© surpris. Cela fait six mois que nous ne mettons plus les pieds chez nous! La premiĂšre surprise est venue des Etats-Unis, oĂč nous avions peur dâaller. En fait, les gens sont trĂšs rĂ©ceptifs, plus ouverts quâavant, le public demande du français."

Ce succĂšs aux Etats-Unis nâest-il pas du Ă lâinfluence perceptible du rock indĂ©pendant amĂ©ricain dans les chansons de Malajube ? "Le QuĂ©bec est une rĂ©gion Ă part, câest la seule rĂ©gion francophone du Canada. Il y a un cĂŽtĂ© europĂ©en et un cĂŽtĂ© amĂ©ricain, câest ce qui en fait sa spĂ©cificitĂ©. En ce qui nous concerne, nous habitons Ă une heure de la frontiĂšre avec les Etats-Unis. Et avec toute la musique qui nous vient de lĂ -bas, lâinfluence est certaine et nous en sommes fiers. Câest ce quâil y a de bon au QuĂ©bec : nous avons une culture trĂšs forte, issue de mĂ©langes. MontrĂ©al en particulier est trĂšs mixte, câest une ville super, pleine dâĂ©trangers, oĂč la culture musicale est trĂšs forte et facilement exportable, comme lâont dĂ©jĂ prouvĂ© The Dears, Arcade Fire ou Wolf Parade. Nous les Malajube nous sommes contents de notre succĂšs international, pour nous bien-sĂ»r mais aussi en tant que groupe quĂ©bĂ©cois francophone, pour ce que notre succĂšs va apporter Ă la scĂšne locale. Dâailleurs, nous ne cachons pas du tout notre accent quĂ©bĂ©cois, Ă la musique toute diffĂ©rente de la langue française originale. Nous ne sommes pas snobs, au contraire: nous sommes français de racine mais il faut aussi voler de nos propres ailes, nous sommes fiers de nous affirmer ainsi culturellement et câest tant mieux !"
Bonne continuation aux Malajube et rendez-vous au printemps prochain Ă Barcelone.
Carine Bouillon
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01/06/2004 -Â