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Un Laurent Garnier multi-cartes

Le laboratoire du DJ


Paris 

03/08/2007 - 

Des clubs britanniques aux festivals de jazz, de la techno au cinĂ©ma, la carriĂšre du DJ Laurent Garnier est constellĂ©e de nombreuses rencontres et d’expĂ©riences multiples. DerniĂšres en date : Bugge Wesseltoft, Philippe Nadaud et Benjamin Rippert, avec lesquels il a effectuĂ© une tournĂ©e, dont l’album electro-jazz Public Outburst est le tĂ©moin.



Il y a deux Laurent Garnier : le DJ et le musicien. Les fans du premier ne sont pas toujours fans du second. Le DJ fait danser la planĂšte, le musicien tente des expĂ©riences et des rencontres iconoclastes. La production d’un disque tente un jour ou l’autre Ă  peu prĂšs n’importe quel DJ, souvent frustrĂ© de passer les morceaux des autres. Pour Laurent Garnier, c’est un peu diffĂ©rent. Tel un Janus aux deux visages, il assume ses deux faces totalement opposĂ©es, quitte Ă  dĂ©router un public ou l’autre. "Composer des morceaux est une suite logique au mĂ©tier de DJ. J’ai voyagĂ© aprĂšs la sortie du titre Wake Up, cela a Ă©tĂ© ma carte de visite pour jouer dans les clubs du monde entier
 J’ai commencĂ© par faire des maxis pour faire danser les gens, mais j’ai continuĂ© Ă  crĂ©er de la musique surtout pour concevoir des albums, un format qui n’a rien Ă  voir avec cela", explique-t-il.

Le grand écart entre les clubs et la scÚne

Car Laurent Garnier veut concilier son activitĂ© derriĂšre deux platines, cachĂ© dans une cabine de DJ, avec l’exhibition sur une scĂšne de concert face au public.1998 est une annĂ©e charniĂšre. GrĂące Ă  sa Victoire de la Musique pour son album 30, il peut se produire dans la mythique salle de l’Olympia. Avec l’envie de changer les choses : "Si l’on veut sĂ©duire un nouveau public, on ne peut plus montrer sur scĂšne un type tout seul derriĂšre un ordinateur, que l’on dirait en train d’envoyer ses mails. Je n’y crois pas une seconde !" Il tente alors d’allier les arts du cirque aux musiques Ă©lectroniques. Faisant appel Ă  la compagnie des Nuits Blanches pour crĂ©er un spectacle sur scĂšne un peu diffĂ©rent et visuellement plus riche.

Dix ans plus tard, Laurent Garnier fait toujours le grand Ă©cart entre les clubs et la scĂšne. "J’ai 40 ans, je n’écoute pas de la musique Ă  danser de 8 h du matin Ă  8 h du soir. Ma vie a changĂ©, j’écoute d’autres choses. Pendant des annĂ©es, j’ai entendu dire que les DJs n’étaient pas des musiciens, je me suis battu contre cela." Son dernier projet, mĂ©lange d’electro et de jazz, de bits et de sueur, l’a fait voyager sur les scĂšnes des festivals et des salles de concert en compagnie de Bugge Wesseltoft, Benjamin Rippert (claviers) et Philippe Nadaud (cuivres). Il tente donc aussi le grand Ă©cart entre le public electro et les aficionados de jazz. Laurent, qui est encore montĂ© sur scĂšne cet Ă©tĂ© 2007, ne cache pas sa satisfaction : "Pari gagnĂ© aux EurockĂ©ennes, on a retournĂ© le public. Et 15 jours aprĂšs, on a enflammĂ© le festival de jazz de Montreux !"


Chef d'orchestre

Sur scĂšne, c’est lui qui dirige l’osmose entre ses machines et les instruments, dans un mix de beats techno, de cuivres et de claviers puissants et hypnotiques. "Je suis devenu chef d’orchestre. Les musiciens ne connaissent que les thĂšmes, tout le reste n’est qu’improvisation. La plupart des gens qui apprĂ©ciaient mes prĂ©cĂ©dents albums n’aiment pas celui-ci et vice-versa. Je conçois que ce n’est pas un disque facile Ă  Ă©couter, il n’est pas fait pour les amateurs de techno, mĂȘme si j’espĂšre qu’il leur plaira !" Le disque, enregistrĂ© live sur diffĂ©rentes scĂšnes, reprend quelques titres du prĂ©cĂ©dent album de Laurent Garnier, The Cloud Making Machine et propose plusieurs inĂ©dits.

Toujours dans son rĂŽle d’ambassadeur de l’electro, Laurent Garnier a Ă©galement composĂ© la bande son pour des ballets créés par Angelin Prejlocaj et Marie-Claude Pietragalla, et recréé les bandes originales de films. "Les gens du Louvre m’avaient fait rencontrer des gens du MusĂ©e Albert-Khan, pour que je crĂ©e la bande son d’un film d’archives. L’expĂ©rience se rĂ©itĂšre cette annĂ©e 2007 au festival de piano de la Roque d’AnthĂ©ron, avec un pianiste. J’ai créé des morceaux Ă  partir de la musique des autres, soit un mix de prĂšs de 180 titres pour illustrer Finis Terrae d’Epstein. Composer des musiques originales pour le cinĂ©ma ne devrait pas tarder, il y a anguille sous roche dirons-nous
" Entre les festivals et les clubs, Laurent Garnier prĂ©pare Ă©galement, cĂŽtĂ© cinĂ©ma, l’adaptation du livre Électrochoc, Ă©crit avec le journaliste David Brun-Lambert en 2003. L’histoire d’un DJ qui ne dort jamais


Laurent Garnier, Bugge Wesseltoft, Philippe Nadaud, Benjamin Rippert Public Outburst (F Com/Pias) 2007.


Nicolas  Dambre