Chronique album
Paris
12/09/2007 -
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Au Mali, la politique culturelle que mène le président Sékou Touré dans la Guinée voisine a fait des émules : à l’image des membres des orchestres nationaux installés à Conakry, les musiciens du Rail Band de Bamako sont des agents de l’Etat. Engagés sur la voie de la professionnalisation grâce à ce statut privilégié qui les met à l’abri du besoin, ils peuvent s’investir dans un registre plus “authentique” que les reprises de variété internationale en se lançant dans un processus de modernisation du folklore mandingue.
Les héros du passé sont remis à l’honneur, tel Soundiata Keita, qui donne son nom à ce double CD constitué de chansons enregistrées pour la plupart au cours de la première moitié des années 1970. Trois des onze morceaux sélectionnés évoquent ce souverain conquérant du XIIIe siècle, contemporain de Saint Louis, et dont l’existence continue à fasciner, quelque part entre la légende, la quête initiatique et le récit historique.
Arrivé dans le groupe vers 1972 à un moment où ses effectifs s’étoffaient, le Guinéen Mory Kanté raconte un épisode de la vie de ce glorieux ancêtre de Salif Keita (parti entre temps du Rail Band) dans Soundiata, l’exil. Plus qu’une chanson, c’est une pièce musicale longue de vingt sept minutes, construite avec des parties chantées, d’autres parlées, des phases au tempo plus rapide sous l’impulsion de la batterie, et le renfort soudain des cuivres, des percussions. Les motifs répétitifs que brode le guitariste Djelimady Tounkara structurent l’ensemble autant qu’ils le cisèlent. Son jeu et les sonorités tirées de son instrument ont largement contribué à faire du Rail Band une référence pour toute une génération d’ambassadeurs de la musique mandingue.
Bertrand Lavaine
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