Paris
02/10/2007 -

Dix ans de Magic System avec une formation inchangée témoignent-ils d’une solide amitié ?
Bien sûr ! La relation de vingt ans s’est renforcée avec le succès. La solidité de nos liens constitue, en retour, le gage de nos réussites !
Quel bilan tirez-vous de ces dix années d’existence ?
La décennie écoulée fut celle de l’apprentissage. Notre carrière commence aujourd’hui. Ces dix ans passés à l’école de musique, à celle de la vie, nous ont beaucoup enseigné sur le milieu, ses exigences artistiques et commerciales. Magic System arrive maintenant à maturité pour affronter d’autres challenges.
A quels défis un groupe tel que Magic System, au succès planétaire, peut-il encore se frotter ?
La carrière d’un artiste consiste à se fixer des objectifs. Tout le temps. Lorsqu’une formation affiche deux, trois, quatre Disques d’or à son actif, le minimum à obtenir, c’est le cinquième ; sinon, c’est un échec. Avec la notoriété, les exigences augmentent. Magic System se situe dans un esprit de continuité, non de régression. Et puis, il reste des territoires à conquérir, comme les Etats-Unis. Surtout, le message défendu se heurte à l’incompréhension. Du zouglou, le monde ne connaît que Magic System, alors qu’existent en Côte d’Ivoire 250 groupes de ce genre. Notre combat ? Que le zouglou devienne, sur la scène internationale, un style aussi répandu que le raï ou le reggae.

Pouvez-vous définir le zouglou ?
Ce style revendicatif pratiqué au début par des non musiciens, naît dans les cités universitaires au début des années 1990. Les pas de danse et les mouvements zouglou expriment la lassitude générée par les problèmes sociaux. Peu à peu, il quitte le milieu estudiantin pour devenir musique urbaine et nationale. Sa force est de n’appartenir à aucune région spécifique et de se chanter en plusieurs langues –bambara, dioula. A la base du zouglou, il y a le "woyo", un mot malenke, qui signifie le bruit, les tambours qui résonnent, l’ambiance facile. La première chanson de zouglou jouée sur des instruments modernes fut enregistrée en 1991. Depuis, le style a engendré de nombreux dérivés comme le mapouka et le coupé-décalé, consacrés à la danse et au pur divertissement.
Symboles du zouglou, avez-vous le sentiment d’être des ambassadeurs de la musique africaine en Occident aux yeux du grand public ?
Nous avons ouvert la porte et favorisé l’émergence de groupes tels Amadou et Mariam. Même si les artistes africains arrivent au compte-goutte sur les ondes occidentales, nous perpétuons le combat, grâce à notre expérience. Magic System s’impose, avant tout, comme un groupe panafricain.
La paix est-elle revenue en Côte d’Ivoire ?
Oui, et ça va plus que mieux ! Lors de nos festivités à l’occasion des dix ans, nous avons joué à Abidjan, mais aussi à Bouaké, fief de la rébellion, qui nous a réservé un accueil chaleureux, inimaginable il y a peu. Un peuple enfin réuni vibrait au même son et au même rythme. Ce fut notre pierre apportée à l’édifice de la paix.
Quel rôle a pu jouer un groupe tel que Magic System durant cette période douloureuse ?
Quand notre pays est entré en guerre, Magic System commençait à prendre son ascension. Aux yeux du monde, l’image d’un pays en conflit se ternit. Alors, quand quatre jeunes remplissent des salles à l’étranger, son blason redore un peu. La Côte d’Ivoire n’était plus seulement un pays ravagé par les dissensions, mais aussi une terre de culture et de musique.

Avez-vous pris parti pour l’un ou l’autre camp ?
Nous sommes un groupe du peuple, apolitique. Notre rôle réside dans sa réunion. Si l’on prend parti, on exclut, et donc on divise. Magic System reste un groupe fédérateur. Et puis, on peut apporter des éléments positifs sans pour autant lutter sur un plan directement politique. Notre combat se situe ailleurs : las d’entendre parler de la guerre, le peuple à besoin de décompresser. En cela, la musique joue un rôle politique. Elle donne de la joie dans les moments de peine, et diffuse des messages d’espoir. Avec Magic System, nous tentions de dire à toute une nation : "Tôt ou tard, ça ira !".
Magic System récuse donc l’étiquette du simple groupe de divertissement ?
Par la danse corporelle, circulent aussi des messages. Rien ne se fait au hasard. Toute forme d’art réside dans la communication. Et puis, sur les rythmes entraînants, nous évoquons parfois des sujets forts, accablants, qui suscitent la réflexion.
Vous habitez entre Paris et Abidjan ?
Vous considérez-vous comme le porte-drapeau d’une génération ?
Magic System constitue un miroir pour toute la jeunesse africaine. Notre parcours du combattant donne espoir, et pas seulement dans le circuit de la musique. Quand on croit à ce qu’on fait, et qu’on fait bien ce qu’on aime, il n’y a aucune raison de ne pas réussir !
C’est la philosophie zouglou ?
Oui, le zouglou est une musique de l’espoir, qui encourage les pauvres, les désespérés !
Anne Laure Lemancel
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