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Passi la sortie

Le rappeur revient aux affaires


Paris 

18/10/2007 - 

Passi présente Evolution, son nouvel album. Et l'évolution, c’est sans doute ce qui manque un peu au rap ces temps-ci. Comme s’il était englué dans ses principes et ses clichés, obligé de s’adresser en priorité à des ados rageurs, abrutis par leurs fantasmes de gangsters à la petite semaine. Après le vigoureux album d’IAM paru au printemps, c’est encore un "vieux de la vieille" qui prend la main et propose au genre de s’avancer vers des territoires nouveaux : mélodiques, réfléchis et originaux.



Passi, après des années de silence personnel, et de productions variées (la série populaire des Dis L’heure 2…), avait préparé le terrain avant l’été avec Révolution, un street CD qui annonçait la couleur. "Il y aura une version coffret avec Evolution et Révolution, pour ceux qui le veulent. Je n’avais jamais fait de street CD, et je devais assouvir mon envie de rap sauvage, pour pouvoir faire quelque chose de plus mûr ensuite. Révolution est sorti en période électorale. C’est plus rentre-dedans, c’est ma couleur fâchée, engagée. Évolution est ma couleur plus artistique, plus musicale, avec des cordes et de vrais instruments. Le rap doit aussi aller dans ce sens-là."

Changement de décor


Après Les Tentations, Genèse et Odyssée, son Altesse le Double S revient sur un nouveau label, dans une major, ce qui semble une tendance lourde de sa génération. "La fin de mon histoire avec V2 a été un peu dure. J’avais un n°1 : Face à la mer avec Calogero, et en même temps mon album n’était pas travaillé par ma maison de disques. J’avais besoin de travailler en équipe.

J’ai envie que des gens me poussent plus haut. Je pense que j’ai bossé assez dur pour pouvoir m’entourer des plus gros. L’indépendance, c’est bien beau, quand ça marche, mais j’ai déjà assez de responsabilité. Je voulais jouer l’artiste, donner ma vision et puis c’est tout. Pas aller coller mes affiches ! Je l’ai fait, je le fais encore, mais là je découvre ce que c’est d’être dans une vraie major. J’ai d’autres projets en parallèle en indé : le Secteur A, le Bisso Na Bisso, Peeda. Il faut affronter ce nouveau marché en étant épaulé, avec des stratégies. Dans ma génération, IAM a signé chez Polydor, Kool Shen chez AZ. On est dans le même état d’esprit. On est tous des rappeurs qui avons fait de l’indé. Les risques, on les a beaucoup pris."

Le challenge de tous ces artistes confirmés, qui ont fait l’histoire du rap français et lui ont donné crédibilité et sens, c’est d’inventer aujourd’hui une version mature de ce style musical trop souvent enfermé par des médias spécialisés dans une image excessivement réductrice.

"Il faut essayer de faire des trucs vrais. Quand ton message est vrai, tout le monde peut le capter. Ce rap hardcore, barbare, que j’ai fait et que j’aime aussi, ce n’est pas forcément la meilleure porte de sortie. Il y a d’autres valeurs dans le hip hop. Dans mon album, je ne parle pas trop des flics, je l’ai déjà fait. J’essaye de proposer un truc intelligent. Faire "clic clic bang bang" pour faire bander les plus fous, ça marche pour certains, mais il faut aussi proposer une alternative. J’ai toujours osé faire des trucs différents. Il faut trouver des textes justes, qui touchent tout le monde. C’est ça qui apportera un air de jouvence au rap d’aujourd’hui. Il y a des passionnés, qui ont fait cette culture, mais qui ne veulent plus écouter la jeune génération parce que ça ne leur parle plus. Voilà un public qui a un pouvoir d’achat et une culture, mais qui se détourne du rap, parce qu’il ne s’y reconnaît plus."

Le respect du rappeur


"Le hip hop a eu la meilleure progression parmi toutes les cultures de la fin du siècle dernier. Il a influencé la mode, le sport, et pourtant tout le monde nous crache encore dessus. On nous sous-estime, parce qu’on reste dans ces histoires de flingues. C’est semblable à l’image de la banlieue qu’on continue à voir dans les médias : toujours les fouteurs de merde, et jamais les Bac +5 qui galèrent. On a notre part de responsabilité, mais il nous faut encore installer le respect pour cette culture, pour laquelle on se bat depuis des années, avec laquelle on a fait du chiffre, mais en restant sauvage.

Pourquoi est-ce toujours difficile de se faire respecter quand on est rappeur ?"

La solution pour le rappeur producteur, c’est sans doute cette évolution qui n’est pas un vain mot puisqu’elle n’usurpe pas son titre. Une évolution qui passe aussi par une internationalisation des invités. "Je sortais de l’album du Secteur A, et de morceaux avec Stomy et Bisso, donc j’avais fait beaucoup de morceaux avec mes potes. Je voulais aller vers autre chose, j’ai continué ma collaboration avec Wyclef Jean (il y a un titre dans le street CD, et un autre dans l’album). On s’entend bien. J’ai rencontré l’Allemande Joy Denalane, elle a un vrai feeling. Michael Rose, de Black Uhuru, c’est le côté reggae, très présent sur l’album. On a fait un morceau sur l’acceptation des autres : la couleur, la religion, la classe sociale, l’ethnie… J’ai travaillé des textes avec du fond. Je montre l’époque, je réfléchis sur notre itinéraire. C’est un disque qui engrainera d’autres rappeurs à parler des choses de la vie, et pas des histoires de flingues. On ne parle trop que de la face visible de l’iceberg. Le rap doit commencer à parler du reste. On ne va pas ressasser le kärcher* pendant encore des années !"

Passi Evolution (RCA/Sony BMG) 2007
*référence à un propos de N.Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur visitant une cité de  banlieue parisienne

Jean-Eric  Perrin