ParisÂ
26/10/2007 -Â

20Syl, leader dâHocus Pocus, rappeur, producteur, illustrateur et autres responsabilitĂ©s en "-eur", admet sans peine le virage progressif de son groupe vers des sonoritĂ©s qui rappellent lâacid jazz des Incognito ou Carleen Anderson, au dĂ©but des 1990. "Je nâavais pas entendu le terme depuis un bout de temps, mais on a essayĂ©, en gardant notre esprit de production, câest-Ă -dire des batteries produites et non pas jouĂ©es, de donner une impression de live, avec un son trĂšs acoustique. On cherche cette chaleur, en utilisant des instruments vintage comme la contrebasse ou le Rhodes, ces sons typiques du jazz, et de la soul. La complication est de trouver un langage commun : les rappeurs nâont pas le solfĂšge, les musiciens ont parfois du mal Ă comprendre ce que veulent les rappeurs. Notre chance, câest quâavant de rapper, jâai eu une formation musicale. Je suis batteur."
Porte-parole naturel, 20Syl est par dĂ©finition le plus mĂ©diatisĂ©, mais Hocus Pocus reste un groupe. "Pour la scĂšne, on est six : un DJ et des musiciens, quâon retrouve sur disque pour lâessentiel, mĂȘme si je joue aussi en studio. Et puis sur le disque, il y a des musiciens extĂ©rieurs qui interviennent, comme des cuivres dâElectro Deluxe et de No Jazz, et puis Magik Malik et Fred Wesley."
La qualité derriÚre le bling bling et les paillettes
Ă lâinverse des pratiquants coutumiers du hip hop français, Hocus Pocus est un vrai groupe live qui a sillonnĂ© le pays et dĂ©passĂ© ses frontiĂšres, pour jouer jusquâau Japon. "On a le parcours dâun groupe de rock, plus que de hip hop, on a commencĂ© par des petites salles, des premiĂšres parties. Depuis 2003, on a dĂ» faire quatre cents concerts. On joue en permanence, câest notre truc, et on sâest fait connaĂźtre comme ça. On fait des festivals, oĂč lâon croise des gens qui nous disent dĂ©tester le rap, mais avoir aimĂ© notre concert. On leur rĂ©pond que sâils nâaiment pas le rap, câest quâils ne connaissent pas les choses de qualitĂ© qui restent cachĂ©es derriĂšre le bling bling et les paillettes."
Dans le circuit rock, vingt ans aprĂšs son Ă©mergence et sa tangibilitĂ© commerciale, il y a toujours ce rejet du rap qui bloque nombre dâautres prĂ©tendants⊠"On a un peu passĂ© cette Ă©tape, mais cet Ă©tat de fait subsiste. Si les portes sâouvrent aujourdâhui, on le doit Ă Abd Al Malik, Grand Corps Malade ou Oxmo Puccino. Ils ont rĂ©ussi Ă montrer que le hip hop sâest diversifiĂ©, et quâil nây a pas quâun rap hardcore, qui peut Ă©ventuellement crĂ©er des tensions. Les groupes de rap français qui font lâeffort de dĂ©velopper quelque chose pour la scĂšne, il nây en a pas tant que ça, et ça a contribuĂ© Ă la mĂ©fiance. Mais il y a ce mouvement de rap alternatif qui se crĂ©e, et les programmateurs sây mettent. Les musiciens aussi sây intĂ©ressent, parce quâils voient quâils peuvent sâĂ©panouir dans le hip hop, ils ne pensent plus que câest juste une boucle qui tourne."
Venu au rap par le biais du skate, 20Syl fait montre dâune culture profonde dans le domaine. "Jâai commencĂ© par Ă©couter le Wu-Tang en 1994, jâaimais leurs flows et les samples de soul quâils utilisaient. AprĂšs jâai dĂ©couvert DJ Premier, jâai remontĂ© Ă ce quâil avait fait avant. Et puis il y a eu les Roots, tout ça a bercĂ© ma culture hip hop. Ensuite je me suis intĂ©ressĂ© aux samples originaux, je me suis fait des compils de soul, de jazz, de funk⊠Jâai vu quâil y avait des gens que lâon retrouvait sur tous les disques, des ingĂ©nieurs du son, qui avaient ce grain. Ma culture musicale sâest agrandie, et quand on a commencĂ© Ă bosser avec des musiciens, tout le monde apportait son univers perso, ses disques de jazz ou de funk. Bosser avec un groupe Ă©largit forcĂ©ment les horizons, et Hocus Pocus en a bĂ©nĂ©ficiĂ©."
Des invités de choix

La dĂ©brouillardise va de pair avec la culture, dans cet univers. Hocus Pocus a donc montĂ© son label, On & On, en 2001. AprĂšs lâalbum 73 Touches, sorti en pure indĂ©pendance, ils signent un contrat de licence avec ULM, pour rééditer ce premier opus et sortir Place 54, un album raffinĂ©, avec quelques invitĂ©s de choix comme Omar, la lĂ©gende nĂ©o-soul britannique, Fred Wesley, lĂ©gende vivante du funk (James Brown et Funkadelic), ou la rappeuse californienne Ă©migrĂ©e Ă Paris T Love.
Et pour augmenter la force de sĂ©duction du projet, une exposition a (trop briĂšvement) eu lieu Ă Paris, quâon devrait voir renaĂźtre ailleurs. "Je suis aussi illustrateur, je mâoccupe du graphisme du label. Jâavais envie depuis longtemps de faire des maxis en piĂšce unique, chez un graveur de vinyle, et de faire rĂ©aliser les pochettes par des graphistes, parce que je suis fan de street art en gĂ©nĂ©ral. On a contactĂ© des gens dont on apprĂ©ciait le travail, sollicitĂ© vingt-cinq artistes français et Ă©trangers, et on a eu vingt-deux rĂ©ponses positives. On leur a envoyĂ© chacun un morceau, et ils ont imaginĂ© et créé une pochette unique, au format maxi. On a dĂ©cidĂ© de vendre les Ćuvres au profit dâune asso qui pratique lâart-thĂ©rapie dans les hĂŽpitaux."
Jean-Eric Perrin
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