Paris
05/11/2007 -

RFI Musique : Votre album semble être né sinon dans un climat plus heureux que les précédents, du moins plus serein, plus apaisé ?
Etienne Daho : C’est apaisé, oui. On ne peut écrire des chansons qu’une fois qu’on est passé par la tourmente, qu’une fois qu’on a pris un peu de distance.
Le processus d’élaboration a-t-il été long ?
L’album s’est écrit en plusieurs phases. Cela m’a pris un an et demi d’écrire autant de textes. On a travaillé la réalisation par étape, en commençant par les batteries et les mélodies de voix. C’était une manière de commencer un peu particulière, mais j’avais lu que les productions soul de Jerry Wexler pour Atlantic étaient faites ainsi. Pour l’album Dusty in Memphis, qui est sublime, Dusty Springfield avait beaucoup souffert parce qu’il l’avait fait chanter avec la batterie. De cette manière, on n’est pas porté par le tapis harmonique mais on démarre sur deux choses essentielles : l’émotion de la mélodie et la batterie qui donne la pulsion de la vie. La première chanson que j’ai écrite est Cet air étrange et c’était une joie parce qu’entre deux disques, j’ai toujours envie de me trancher les veines en me disant que je ne sais plus écrire une phrase. Il m’est venu cette mélodie un peu spéciale, et tout d’un coup, le texte s’y mélangeait bien, il y avait une espèce de climat... La seconde a été Boulevard des Capucines qui, au niveau émotionnel, a mis la barre à un niveau qu’il fallait suivre pour tout le reste de l’album. Puis je suis parti à Barcelone finir les textes, isolé pendant deux mois dans un petit appartement, sans contact, sans téléphone, sans mail.
Les textes de L’Invitation sont très explicites, beaucoup plus proches de la tradition de la chanson française que dans vos autres albums.
Je n’ai jamais eu l’intention de crypter les choses. Peut-être y a-t-il des métaphores dans certaines chansons ou même des titres dans lesquels les gens ne savent pas de quoi il est question, comme Heures hindoues. Cap Falcon, qui clôt l’album, peut avoir ce côté un peu cosmique.
Cette impression de limpidité est renforcée par le mixage de votre voix, que l’on entend de très près.
J’en avais très envie. C’est pour ça qu’on a commencé par les batteries et la voix. D’habitude, on fait les arrangements, on met de grosses guitares et je viens chanter après. Mais alors il y a des fréquences d’instruments en conflit avec la voix, et je n’ai plus d’espace. Depuis plusieurs albums, c’est très important pour moi de me faire entendre. Quand j’ai commencé, j’étais très influencé par les productions anglo-saxonnes où on met la voix profondément dans la musique. Je travaillais en Angleterre, j’entendais les choses comme ça, c’était naturel. Et c’est ce son-là qui au début a fait mon succès, qui m’a imposé. Alors, depuis quelques disques, je lutte pour qu’il y ait plus de voix, pour qu’on n’aille pas la chercher au fond quand on écoute.

En même temps que l’album L’Invitation, vous sortez un EP de cinq reprises en anglais, Be My Guest Tonight (avec Cirrus Minor de Pink Floyd et des chansons de Smokey Robinson, Rodgers et Hart, Hank Williams et Fred Neil). D’où viennent-elles ?
Je sentais qu’il y avait tellement de choses à dire que j’ai pas mal tourné avant de rentrer dans cet album. Je me suis un peu éparpillé, j’ai travaillé avec David Roback de Mazzy Star à Londres, j’ai travaillé sur un album de reprises… J’en ai enregistré une quarantaine, de Billie Holiday aux Libertines. Mais quand j’ai senti que l’album était là, j’ai laissé tomber. En même temps, j’ai voulu continuer sur un mode que j’ai toujours utilisé : faire des reprises de chansons que j’aime bien pour renvoyer des fleurs aux gens dont j’aime la musique et qui m’ont construit. Il s’agit de transmettre, comme quand on fait des cassettes pour ses potes quand on est adolescent...
Bertrand Dicale
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