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Etienne Daho lance son Invitation

Nouvel album


Paris 

05/11/2007 - 

Presque quatre ans jour pour jour aprĂšs Réévolution, Etienne Daho sort son dixiĂšme album studio, L’Invitation, prĂ©cĂ©dĂ© sur les ondes de la chanson qui lui a donnĂ© son titre. Album lumineux, tenant le point exact entre mĂ©lancolie et extase, entre fĂ©brilitĂ© des sens et sĂ©rĂ©nitĂ© de l’ñme, album du dĂ©voilement voire des rĂ©vĂ©lations autobiographiques (il Ă©voque ses rapports avec son pĂšre absent dans Boulevard des Capucines), L’Invitation est aussi le chef d’Ɠuvre d’un musicien Ă  la maturitĂ© rayonnante.



RFI Musique : Votre album semble ĂȘtre nĂ© sinon dans un climat plus heureux que les prĂ©cĂ©dents, du moins plus serein, plus apaisĂ© ?
Etienne Daho :
C’est apaisĂ©, oui. On ne peut Ă©crire des chansons qu’une fois qu’on est passĂ© par la tourmente, qu’une fois qu’on a pris un peu de distance.

Le processus d’élaboration a-t-il Ă©tĂ© long ?
L’album s’est Ă©crit en plusieurs phases. Cela m’a pris un an et demi d’écrire autant de textes. On a travaillĂ© la rĂ©alisation par Ă©tape, en commençant par les batteries et les mĂ©lodies de voix. C’était une maniĂšre de commencer un peu particuliĂšre, mais j’avais lu que les productions soul de Jerry Wexler pour Atlantic Ă©taient faites ainsi. Pour l’album Dusty in Memphis, qui est sublime, Dusty Springfield avait beaucoup souffert parce qu’il l’avait fait chanter avec la batterie. De cette maniĂšre, on n’est pas portĂ© par le tapis harmonique mais on dĂ©marre sur deux choses essentielles : l’émotion de la mĂ©lodie et la batterie qui donne la pulsion de la vie. La premiĂšre chanson que j’ai Ă©crite est Cet air Ă©trange et c’était une joie parce qu’entre deux disques, j’ai toujours envie de me trancher les veines en me disant que je ne sais plus Ă©crire une phrase. Il m’est venu cette mĂ©lodie un peu spĂ©ciale, et tout d’un coup, le texte s’y mĂ©langeait bien, il y avait une espĂšce de climat... La seconde a Ă©tĂ© Boulevard des Capucines qui, au niveau Ă©motionnel, a mis la barre Ă  un niveau qu’il fallait suivre pour tout le reste de l’album. Puis je suis parti Ă  Barcelone finir les textes, isolĂ© pendant deux mois dans un petit appartement, sans contact, sans tĂ©lĂ©phone, sans mail.

Les textes de L’Invitation sont trùs explicites, beaucoup plus proches de la tradition de la chanson française que dans vos autres albums.
Je n’ai jamais eu l’intention de crypter les choses. Peut-ĂȘtre y a-t-il des mĂ©taphores dans certaines chansons ou mĂȘme des titres dans lesquels les gens ne savent pas de quoi il est question, comme Heures hindoues. Cap Falcon, qui clĂŽt l’album, peut avoir ce cĂŽtĂ© un peu cosmique.

Cette impression de limpiditĂ© est renforcĂ©e par le mixage de votre voix, que l’on entend de trĂšs prĂšs.
J’en avais trĂšs envie. C’est pour ça qu’on a commencĂ© par les batteries et la voix. D’habitude, on fait les arrangements, on met de grosses guitares et je viens chanter aprĂšs. Mais alors il y a des frĂ©quences d’instruments en conflit avec la voix, et je n’ai plus d’espace. Depuis plusieurs albums, c’est trĂšs important pour moi de me faire entendre. Quand j’ai commencĂ©, j’étais trĂšs influencĂ© par les productions anglo-saxonnes oĂč on met la voix profondĂ©ment dans la musique. Je travaillais en Angleterre, j’entendais les choses comme ça, c’était naturel. Et c’est ce son-lĂ  qui au dĂ©but a fait mon succĂšs, qui m’a imposĂ©. Alors, depuis quelques disques, je lutte pour qu’il y ait plus de voix, pour qu’on n’aille pas la chercher au fond quand on Ă©coute.

Votre inspiration est-elle autobiographique ?
Toujours. D’abord parce que je n’ai pas d’imagination. Je trempe vraiment ma plume dans ce qui me semble ĂȘtre un trĂšs long livre avec des chapitres – chaque album serait un chapitre de plus. On peut aimer certains albums plus que d’autres, mais on ne peut pas enlever de chapitres. Alors que quand on court tout le temps, on ne regarde jamais derriĂšre soi. Je vois la cohĂ©rence de l’histoire, je comprends mieux, maintenant, certains de mes choix.

En mĂȘme temps que l’album L’Invitation, vous sortez un EP de cinq reprises en anglais, Be My Guest Tonight (avec Cirrus Minor de Pink Floyd et des chansons de Smokey Robinson, Rodgers et Hart, Hank Williams et Fred Neil). D’oĂč viennent-elles ?
Je sentais qu’il y avait tellement de choses Ă  dire que j’ai pas mal tournĂ© avant de rentrer dans cet album. Je me suis un peu Ă©parpillĂ©, j’ai travaillĂ© avec David Roback de Mazzy Star Ă  Londres, j’ai travaillĂ© sur un album de reprises
 J’en ai enregistrĂ© une quarantaine, de Billie Holiday aux Libertines. Mais quand j’ai senti que l’album Ă©tait lĂ , j’ai laissĂ© tomber. En mĂȘme temps, j’ai voulu continuer sur un mode que j’ai toujours utilisĂ© : faire des reprises de chansons que j’aime bien pour renvoyer des fleurs aux gens dont j’aime la musique et qui m’ont construit. Il s’agit de transmettre, comme quand on fait des cassettes pour ses potes quand on est adolescent...

Etienne Daho L’Invitation (EMI) 2007

Bertrand  Dicale