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Orchestra Baobab

Seconde vie


Dakar 

08/11/2007 - 

C’est l’un des groupes historiques du SĂ©nĂ©gal. AdulĂ© dans les annĂ©es 1970, il avait disparu. En 2002, surprise, le Baobab est revenu. Forts de l’accueil qu’ils ont alors reçu sur la scĂšne internationale, ses valeureux gaillards se sont remis Ă  l’ouvrage. Ils repartent sur la route avec un nouvel album Ă©patant, Made In Dakar. Rencontre dans leur fief dakarois.



Dakar, samedi 9 septembre. A quelques jours du dĂ©but du ramadan, on profite des derniĂšres rĂ©jouissances proposĂ©es en ville, particuliĂšrement denses ce soir. Au stade Iba Mar Diop la rappeuse française Diam’s fait un tabac, ailleurs en ville, dans diffĂ©rents clubs, on danse mbalax ou afro-cubain
  SituĂ© tout prĂšs de l’UniversitĂ© Cheikh Anta Diop, le Just 4 U, l’un des endroits les plus branchĂ©s de la capitale, reçoit comme chaque samedi ses pensionnaires, l’Orchestra Baobab.

La petite bande s’installe sur scĂšne autour de minuit, elle n’en redescendra que trois heures plus tard. Il y a du monde aux tables, un public mĂ©langĂ© d’Africains et d’EuropĂ©ens. On mange, on boit, on danse, on savoure l’exquise musique de ces canailles dĂ©bonnaires en action qui vont faire oublier l’ondĂ©e passagĂšre tout Ă  l’heure, tant leur savoir faire est grand.

Sur la menue piste de danse, les corps se rapprochent pour danser Ă  deux sur des rumbas et bolĂ©ros candides, relus façon sĂ©nĂ©galaise, sur ce dĂ©licieux mĂ©lange d’africain et de cubain faisant la marque de l’Orchestra Baobab. SĂ©rieux, concentrĂ©, BarthĂ©lemy Attisso, avocat au barreau de LomĂ©, qui a repris la guitare aprĂšs quinze ans d’interruption, quand le Baobab s’est reformĂ© en 2001, captive l’assistance Ă  chacun de ses solos, Ă©patants de fluiditĂ©.  Le  saxophonistes Issa Cissoko joue un son rond et gĂ©nĂ©reux. Lui au contraire d’Atisso a plutĂŽt la fibre expansive. Il se ballade avec son instrument, charme les dames, fait le pitre. Les voix (dont Assane Mboup, Balla Sidibe, Rudy Gomis) emportent et grisent.

Ce soir comme Ă  chacune de ses prestations,  l’Orchestra Baobab prouve qu’il a encore son mot Ă  dire. "On nous croyait morts, mais un baobab ça ne meurt pas. MĂȘme dessĂ©chĂ©, il refait de jeunes pousses et renaĂźt. Nous ne sommes pas morts, malgrĂ© les turbulences de la vie" plaisante BarthĂ©lĂ©my Attisso Ă  l’adresse de ceux qui s’étonneraient d’une rĂ©surrection aussi probante. "Le baobab, c’est un symbole de rĂ©sistance aux annĂ©es qui passent" renchĂ©rit Balla SidibĂ©, l’un des deux chanteurs fondateurs du groupe avec Rudy Gomis.

Un nom Ă  haute valeur symbolique donc mais en fait aussi celui du club oĂč a commencĂ© l’histoire de l’Orchestra Baobab, formĂ© avec des musiciens dĂ©bauchĂ©s du Star Band, l’orchestre du Miami, club Ă©minemment  populaire alors, situĂ© dans la MĂ©dina. Ouvert en 1970 par deux hommes d’affaires et un politicien parent du prĂ©sident Senghor, le club Baobab va devenir le lieu nocturne le plus sĂ©lect de Dakar. LĂ  oĂč il faut ĂȘtre vu quand on est "important". "C’était un endroit trĂšs classe. Nous Ă©tions fiers de jouer pour tous ces gens Ă©lĂ©gants, pour l’élite. Nous le vivions comme un honneur" raconte Balla SidibĂ©.

Pendant cinq ans le Baobab va y officier avec une rĂ©gularitĂ© constante. Le groupe va aussi tourner en Afrique (Cameron, Tunisie, GuinĂ©e), enregistrer des albums, payĂ©s par les propriĂ©taires du club, puis changer de maison, aprĂšs le dĂ©cĂšs en 1974 de l’un de ses chanteurs lead (Laye Mboup). En 1978 le Baobab s’installe pour six mois Ă  Paris oĂč il grave deux albums sur le label d’Ibrahima Sylla avant de repartir sur Dakar.

La belle histoire aurait pu continuer si un petit jeune Ă  la voix d’or n’avait pas dĂ©boulĂ© avec les rythmes trĂ©pidants du mbalax. En 1985, l’Orchestra Baobab se dissout, Ă©clipsĂ© par le succĂšs fulgurant de Youssou N’Dour et de toute une nouvelle gĂ©nĂ©ration de musiciens qui modernisent les rythmes wolof et vont faire du mbalax la musique moderne hĂ©gĂ©monique au SĂ©nĂ©gal.

Quand il a entend la premiĂšre fois l’Orchestra Baobab, le producteur anglais Nick Gold craque puis se met Ă  rĂȘver. Pourquoi ne pas remettre sur pied ce groupe dont la plupart des membres d‘origine sont encore lĂ , se dit celui qui a permis la remise en selle de gloires oubliĂ©es de la musique cubaine, Ă  travers le projet Buena Vista Social Club (prĂšs de 7 millions d’albums vendus dans le monde). AprĂšs un concert au Barbican Center de Londres, en 2001 et la réédition de Pirates Choice, le dernier enregistrement du groupe, qui datait de 1982, l’Orchestra Baobab signe son grand retour discographique en 2002 avec Specialist In All Styles, co-produit par Youssou N’Dour, fan de la premiĂšre heure. EnregistrĂ© dans le studio Xippi de la star sĂ©nĂ©galaise, Made In Dakar prolonge l’effet plaisir. Titres anciens et nouveaux s’y cĂŽtoient dans une parfaite harmonie et confirme que le Baobab reste un groupe fondamental.


Orchestra Baobab Made In Dakar (World Circuit / Harmonia Mundi) 2007
TournĂ©e europĂ©enne jusqu’au 15 dĂ©cembre. A Paris (ElysĂ©e Montmartre) le 8 novembre, Agen (Florida) le 9, Bagnolet (Festival Villes des Musiques du Monde) le 10, Londres (Jazz CafĂ©) du 18 au 20, Amsterdam (Paradiso) le 29.

Patrick  Labesse