DakarÂ
08/11/2007 -Â

Dakar, samedi 9 septembre. A quelques jours du dĂ©but du ramadan, on profite des derniĂšres rĂ©jouissances proposĂ©es en ville, particuliĂšrement denses ce soir. Au stade Iba Mar Diop la rappeuse française Diamâs fait un tabac, ailleurs en ville, dans diffĂ©rents clubs, on danse mbalax ou afro-cubain⊠SituĂ© tout prĂšs de lâUniversitĂ© Cheikh Anta Diop, le Just 4 U, lâun des endroits les plus branchĂ©s de la capitale, reçoit comme chaque samedi ses pensionnaires, lâOrchestra Baobab.
La petite bande sâinstalle sur scĂšne autour de minuit, elle nâen redescendra que trois heures plus tard. Il y a du monde aux tables, un public mĂ©langĂ© dâAfricains et dâEuropĂ©ens. On mange, on boit, on danse, on savoure lâexquise musique de ces canailles dĂ©bonnaires en action qui vont faire oublier lâondĂ©e passagĂšre tout Ă lâheure, tant leur savoir faire est grand.
Sur la menue piste de danse, les corps se rapprochent pour danser Ă deux sur des rumbas et bolĂ©ros candides, relus façon sĂ©nĂ©galaise, sur ce dĂ©licieux mĂ©lange dâafricain et de cubain faisant la marque de lâOrchestra Baobab. SĂ©rieux, concentrĂ©, BarthĂ©lemy Attisso, avocat au barreau de LomĂ©, qui a repris la guitare aprĂšs quinze ans dâinterruption, quand le Baobab sâest reformĂ© en 2001, captive lâassistance Ă chacun de ses solos, Ă©patants de fluiditĂ©. Le saxophonistes Issa Cissoko joue un son rond et gĂ©nĂ©reux. Lui au contraire dâAtisso a plutĂŽt la fibre expansive. Il se ballade avec son instrument, charme les dames, fait le pitre. Les voix (dont Assane Mboup, Balla Sidibe, Rudy Gomis) emportent et grisent.
Ce soir comme Ă chacune de ses prestations, lâOrchestra Baobab prouve quâil a encore son mot Ă dire. "On nous croyait morts, mais un baobab ça ne meurt pas. MĂȘme dessĂ©chĂ©, il refait de jeunes pousses et renaĂźt. Nous ne sommes pas morts, malgrĂ© les turbulences de la vie" plaisante BarthĂ©lĂ©my Attisso Ă lâadresse de ceux qui sâĂ©tonneraient dâune rĂ©surrection aussi probante. "Le baobab, câest un symbole de rĂ©sistance aux annĂ©es qui passent" renchĂ©rit Balla SidibĂ©, lâun des deux chanteurs fondateurs du groupe avec Rudy Gomis.
Un nom Ă haute valeur symbolique donc mais en fait aussi celui du club oĂč a commencĂ© lâhistoire de lâOrchestra Baobab, formĂ© avec des musiciens dĂ©bauchĂ©s du Star Band, lâorchestre du Miami, club Ă©minemment populaire alors, situĂ© dans la MĂ©dina. Ouvert en 1970 par deux hommes dâaffaires et un politicien parent du prĂ©sident Senghor, le club Baobab va devenir le lieu nocturne le plus sĂ©lect de Dakar. LĂ oĂč il faut ĂȘtre vu quand on est "important". "CâĂ©tait un endroit trĂšs classe. Nous Ă©tions fiers de jouer pour tous ces gens Ă©lĂ©gants, pour lâĂ©lite. Nous le vivions comme un honneur" raconte Balla SidibĂ©.

Pendant cinq ans le Baobab va y officier avec une rĂ©gularitĂ© constante. Le groupe va aussi tourner en Afrique (Cameron, Tunisie, GuinĂ©e), enregistrer des albums, payĂ©s par les propriĂ©taires du club, puis changer de maison, aprĂšs le dĂ©cĂšs en 1974 de lâun de ses chanteurs lead (Laye Mboup). En 1978 le Baobab sâinstalle pour six mois Ă Paris oĂč il grave deux albums sur le label dâIbrahima Sylla avant de repartir sur Dakar.
La belle histoire aurait pu continuer si un petit jeune Ă la voix dâor nâavait pas dĂ©boulĂ© avec les rythmes trĂ©pidants du mbalax. En 1985, lâOrchestra Baobab se dissout, Ă©clipsĂ© par le succĂšs fulgurant de Youssou NâDour et de toute une nouvelle gĂ©nĂ©ration de musiciens qui modernisent les rythmes wolof et vont faire du mbalax la musique moderne hĂ©gĂ©monique au SĂ©nĂ©gal.
Quand il a entend la premiĂšre fois lâOrchestra Baobab, le producteur anglais Nick Gold craque puis se met Ă rĂȘver. Pourquoi ne pas remettre sur pied ce groupe dont la plupart des membres dâorigine sont encore lĂ , se dit celui qui a permis la remise en selle de gloires oubliĂ©es de la musique cubaine, Ă travers le projet Buena Vista Social Club (prĂšs de 7 millions dâalbums vendus dans le monde). AprĂšs un concert au Barbican Center de Londres, en 2001 et la réédition de Pirates Choice, le dernier enregistrement du groupe, qui datait de 1982, lâOrchestra Baobab signe son grand retour discographique en 2002 avec Specialist In All Styles, co-produit par Youssou NâDour, fan de la premiĂšre heure. EnregistrĂ© dans le studio Xippi de la star sĂ©nĂ©galaise, Made In Dakar prolonge lâeffet plaisir. Titres anciens et nouveaux sây cĂŽtoient dans une parfaite harmonie et confirme que le Baobab reste un groupe fondamental.
Patrick Labesse
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14/05/2009 -Â
23/10/2002 -Â