Paris
19/11/2007 -

Peut-on prendre ce disque comme un autoportrait à travers les chansons de Brel ?
Oui. Brel raconte essentiellement la vie d’un chanteur et d’un homme, un homme qui a bien compris le mode de fonctionnement de l’humain. Moi, j’ai tendance à faire les mêmes études et comme j’ai pris les mêmes options, il a plein de réponses qui me conviennent.
Dans votre choix, on ne trouve pas des chansons comme Madeleine ou Les Timides. Pourquoi ?
Ce n’est pas moi. Les Bonbons non plus ! Madeleine, c’est l’histoire d'un grand dadais qui se fait mener par le bout du nez. Je ne dis pas que je ne me suis jamais fait mener par le bout du nez – ça m’est arrivé, mais pas longtemps. Par contre, je suis un petit roquet qui se défend autrement et qui a d’autres réactions. Ça ne nous empêche pas d’arriver parfois aux mêmes conclusions sur l’amour, Brel et moi ! Toutes ces chansons existent depuis plus de quarante ans et je me retrouve complètement dans celles que j’ai choisies. Autrement, je n’aurais pas été m’embarquer dans pareil projet. Par exemple, je ne me suis jamais vraiment retrouvé dans Brassens ou Ferré. Alors qu’avec Brel…
Au début des années 90, à l’époque de Presse qui roule, vous avez dit dans des interviews que vous pourriez tout plaquer et vous exiler comme Brel…
Ça ne m’étonne pas que je l’ai dit. A l’époque je vivais avec une personne qui en prenait plein la gueule tous les jours (Vanessa Paradis, NDLR). Elle est devenue plus tard une icône branchée mais, quand j’ai démarré avec elle, c’était la personne la plus détestée du pays. Et ça devenait fatiguant.
Mais je continue à penser que je m’exilerai ou qu’en tout cas je m’isolerai. Je vois mieux mes vieux jours en ermite que sur les plateaux télé. Mon mode d’existence sera au contraire de la surpopulation et tout ce que cela implique, tout seul avec ma petite femme, vieillissant tranquille en faisant notre potager, notre petite cuisine, nous contentant du lever et du coucher de soleil parce que c’est ce qui nous apporte la plénitude. Et j’espère parvenir à voir arriver la mort avec le sourire.
Vous avez choisi Yvan Cassar et Daran pour arranger les chansons. Quel était leur cahier des charges ?
François Rauber a mis la barre tellement haut en faisant les orchestrations des disques de Brel qu’ils étaient obligés de se rapprocher de ce qui existait. A part Mathilde qui est un peu plus à l’ouest, il n’y a pas énormément d’écart entre les versions de Brel et les miennes. Le challenge était assez fort. Quand Cassar et Daran ont réécouté Brel, ils ont dit tous les deux : " tu sais, c’est vraiment très bien produit". François Rauber était un génie pas assez reconnu pour ce qu’il a fait. On ne peut pas aller très loin de ce qu’il a fait.
Bertrand Dicale
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