Paris
29/11/2007 -

Lui-même a découvert ce répertoire vers quinze ans, en entrant au Conservatoire de Toulouse. "J’étais très copain avec des étudiants des Beaux-arts et de fac de médecine. Mais j’ai plus découvert par la suite, dans les bouquins. Pour ce disque, j’ai utilisé une belle édition de 1934, dans laquelle je me suis aperçu qu’au fil des décennies, il y a toujours eu des fluctuations dans les musiques et les paroles. Alors j’ai fait une cote mal taillée entre les versions. "
Brassens comme influence
Son amitié avec Georges Brassens est au centre de son histoire d’amour avec les chansons lestes. "C’est le genre de chansons qu’on chantait tous les deux quand il passait à l’Olympia ou à Bobino et que j’étais toujours fourré dans sa loge. Il adorait par exemple Ô ma mère et, un soir, ni l’un ni l’autre ne se souvenait des paroles du couplet dans lequel elle dit :

"Et dans ce boxon, qu’y feras-tu ?" Georges a enchainé : "J’y jouerai de l’hélicon comme la lune" et s’est arrêté là. J’ai enchainé "Et du cornet à piston comme les autres font". On a éclaté de rire comme des enfants parce que ça ne voulait rien dire. Mais ça m’est toujours resté en mémoire et, en enregistrant Ô ma mère, j’ai gardé ces vers-là. "
Perret a enregistré aussi une paillarde de la main de Brassens, Le Petit-fils d’Œdipe. "Il me disait souvent : "Il faut que je fasse un disque avec ces chansons-là, mais avec ma mère, ça va coincer." Peut-être n’a-t-il pas eu le temps, peut-être s’est-il senti prisonnier de son image. Mais, quelques temps après sa mort, le patron de Philips m’a envoyé quelques textes que Brassens n’avait pas eu le temps d’enregistrer : Le Grand vicaire, S’faire enculer, Le Petit-fils d’Œdipe… Ce n’était pas dans mes projets, j’avais un disque sur le feu, j’ai dit qu’on verrait plus tard... Pour ce disque, j’ai mis en musique Le Petit-fils d’Œdipe que, en toute bonne fois, je croyais complètement de Georges. Et tout récemment, en recherchant d’autres chansons paillardes dans un livre que je ne connaissais pas, j’ai trouvé une chanson qui raconte exactement la même histoire. En fait, il avait arrangé cette chanson comme moi j’en ai arrangé d’autres. "
Amour toujours

Car Pierre Perret ne se contente pas de chanter les versions habituelles de toutes ces chansons paillardes du répertoire : "J’ai apporté un certain soin à essayer de les améliorer. Dans Les Trois Orfèvres, par exemple, je n’ai pas pris le quatrième couplet traditionnel, j’en ai écrit un nouveau. " Pruderie ? Gommer les propos inadmissibles dans notre société plus politiquement correcte ? "Ce qui est inadmissible, c’est ce qui est mal écrit. A ce moment-là, ça ne m’amuse pas. Il faut que ça reste gai et sain. C’est pour ça que je n’ai pas retenu Les Stances à Sophie, une très classique que finalement je n’aime pas. C’est une chanson haineuse pour la femme. "
Et ce manque d’amour est presque un péché mortel, selon Pierre Perret, qui voit surtout dans ces chansons un formidable vecteur de l’idée de liberté. Car, comme le dit l’ancien ministre Louis Mexandeau, érudit de la chanson populaire ancienne, dans la préface qu’il a écrite pour le disque, la chanson paillarde a été "contestation à l’égard des puissants, à l’égard de la pesante tutelle de l’Eglise à un âge où une conception étroite, rigoriste et bigote des mœurs tentait d’enserrer la vie sociale." Et le chanteur ajoute : "Beaucoup de ces chansons ont été écrites vers les années 1870, parallèlement aux chansons révolutionnaires. Comme les chansons révolutionnaires, les chansons paillardes sont un défi à la morale admise et à l’autorité reconnue. Ce qui n’empêche pas les étudiants qui chantaient ce genre de choses de devenir de bons bourgeois vingt ans après. "Bertrand Dicale
23/02/2006 -
28/06/2005 -
06/12/2002 -
21/12/1999 -
10/12/1998 -