Paris
17/12/2007 -

RFI musique : Ce nouvel album frappe par un certain calme et un son très acoustique. La sérénité est-elle devenue votre mot d’ordre ?
Christian Olivier : Dès l’écriture des morceaux, nous savions qu’ils seraient plus acoustiques qu’électriques, que les plages musicales seraient plus longues. Fragile était beaucoup plus tendu, Qu’est-ce qu’on se fait chier comportait un message politique fort. Là, on avait tout simplement envie de revenir à la musique, de mettre en valeur les mélodies. L’important dans ce disque, c’est bien cette sensation d’espace, cette respiration que l’on donne aux chansons.
La présence du joueur de luth et chanteur Hakim Hamadouch quasiment tout au long de l’album y est-elle pour quelque chose ?
Effectivement. Hakim est l’un des instrumentistes de notre ami Rachid Taha, et fait depuis longtemps partie de l’entourage des Têtes Raides. Il y a une grande complicité humaine et artistique entre nous. Après notre collaboration sur Fragile, nous avions envie d’aller plus loin. Hakim amène une manière de penser la musique. Il a cette approche que l’on adore, très live, basée sur l’improvisation. En même temps, on s’est attaché à ce que chaque instrument puisse s’entendre distinctivement. Du coup, il y a beaucoup de musiciens mais l’ensemble sonne assez dépouillé.
Une seule chanson, Expulsez-moi, fait explicitement écho à l’actualité sociale, sur un ton finalement très léger…
Quand je me mets à écrire cette chanson, c’est une révolte assez instinctive. L’histoire qu’il y a derrière, ce sont ces gamins qui ne peuvent pas étudier en France parce que leurs parents sont sans papiers. La manière dont cela est réglé par les autorités, les familles écartelées, ce sont des choses qui humainement ne passent pas. Certaines associations que nous soutenons, comme Education sans Frontières et le Gisti, se battent sur ces questions d’accès à l’éducation depuis longtemps.
Mais il y a aussi une pointe d’ironie dans cette chanson : derrière cette tragédie, le phénomène de rejet peut toucher chacun d’entre nous. En rentrant chez soi, et en se faisant expulser par sa femme par exemple ! Et puis, il n’est un secret pour personne que l’époque vire au repli sur soi systématique.
Le titre Notre Besoin de consolation est impossible à rassasier est sans doute le tour de force de l’album. Comment vous est venue l’idée de mettre en musique ce texte de Stig Dagerman (un écrivain suédois, ndlr) ?
On a pris l’habitude d’"inviter" des auteurs sur nos albums. On aime avoir cette autre plume, cet écrivain que l’on sort de notre bibliothèque personnelle pour le faire découvrir au public. En général, je sais intuitivement lorsqu’un texte pourra être mis en musique et porté par ma voix, ce qui n’arrive que très rarement. Là, un ami m’avait prêté le livre et c’était immédiat. Il y a des moments pour faire entendre certaines choses, et je trouvais que ce texte de 1952 tombait à point. J’y vois un hymne à la liberté, un chant absolument vital, malgré le sort tragique de l’auteur, suicidé peu après. Il y a des phrases vraiment chocs, poétiquement et philosophiquement. Et puis, le fait de faire figurer un titre de presque vingt minutes a une signification forte pour nous, dans une époque d’accélération, de zapping permanent.

Après vingt ans de carrière et dix albums, comment est-ce que l’on maintient la flamme ?
On se pose tous la question du désir avant chaque nouvel album. Pour ma part, ce sont les phases d’écriture qui me donnent l’élan. Je ressens un plaisir physique et intellectuel intense pendant ces moments. Le jour où cette passion aura disparu, j’arrêterai tout pour ouvrir une omeletterie !
Jérôme Pichon
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