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Kassav, pour l’amour du zouk

Un nouvel album All U need is Zouk


Paris 

21/12/2007 - 

Bientôt trente ans que Kassav propose son médicament miracle : le zouk. Bientôt trente ans que ce groupe de scène signe des albums qui comptent parmi les meilleures ventes de l’industrie du disque avec un total de 4 millions d’albums écoulés.  A l’heure de la sortie d’All U need is Zouk, leur nouvel album, c’est Jocelyne Béroard qui prend le temps de répondre à nos questions.



Kassav connaît son ordonnance sur le bout des doigts. En 2009, cela fera trente ans, qu’ils malaxent le zouk, imposant aux Antilles, puis en France et enfin dans le monde entier, une série de tubes (Sye Bwa, Zouk-la sé sèl medikaman nou ni, Kolé Séré…) qui ont marqué des générations de danseurs. Particulièrement fière du chemin parcouru, Jocelyne Béroard semble ravie par la sortie de ce nouvel opus à l’intitulé proche du fameux Zouk-la sé sèl medikaman nou ni. "Nous avions besoin d’un slogan, d’un titre fort pou marquer notre retour. Un titre créole aurait pu être un peu compliqué. Avec All U need is Zouk, la sentence est claire pour tout le monde" précise-t-elle avant de se réjouir du clin d’œil au All you need is Love des  Beatles.

Cette injonction tient-elle réellement toutes ses promesses ? Le zouk a-t-il aujourd’hui encore des valeurs thérapeutiques ? Là, Jocelyne Béroard se raidit quelque peu. Elle qui avait démarré des études de Pharmacie à Caen, avant d’entrer aux Beaux-Arts de Paris et de finalement se tourner vers une carrière de choriste, puis de chanteuse avec le succès qu’on lui connaît, revendique une valeur thérapeutique pour la musique en général. "Aux Antilles, nous on a le zouk. C’est ce qu’on a sous la main et qui plus est, c’est nous (Kassav) qui l’avons inventé. Donc on continue de le travailler. C’est toujours un bon médicament et c’est le nôtre" insiste-t-elle.

Le zouk toujours et encore


Remontée, la chanteuse démarre au quart de tour, si on lui parle d’essoufflement du zouk. "C’est une question infondée pour moi. Il suffit de s’apercevoir que nos concerts à travers le monde sont complets dans les plus grandes salles pour savoir que notre public n’est pas en fin de course, les bras ballants et le souffle court. Quant à la musique que nous créons depuis une bientôt trois décennies, elle a encore besoin d’être développée. On continue d’ailleurs à travailler de nouvelles déclinaisons. Mais je vous en prie, ne me faîtes pas le coup de l’essoufflement du zouk, cela n’a aucun sens. Il y a des modes, des tendances, des habitudes et des techniques de production qui évoluent, mais le zouk, il est toujours là, ancré depuis longtemps dans le panorama mondial de la musique !".

Cet album aurait-il pu être enregistré à leur début ? Là encore, la chanteuse répond sans hésité : "Non ! mais principalement pour des raisons de technologies. Les studios ont énormément évolué. On ne travaille plus de la même manière. Sinon pour ce qui est du fond, je le répète, c’est le son Kassav, la couleur Kassav, l’empreinte Kassav, le zouk, toujours et encore ! Quand on a envie d’aller vers d’autres univers. Quand on veut s’exprimer sur du reggae, rock ou du tango, on a les albums solos pour cela, et croyez-moi, on ne s’est jamais rien interdit. Au départ pour nous, les albums solos correspondaient à une stratégie “marketing“ si j’ose dire, une volonté, un désir d’envahir le marché. Depuis, ces albums sont devenus une nécessité, le moyen d’ouvrir d’autres fenêtres.".

Ne pas dire n’importe quoi


Avec plus de 4 millions d’albums écoulés depuis ses débuts, les membres de Kassav ont de fait intégré les lois du métier, devenant leurs propres producteurs . "Ça n’a pas toujours été simple, car nous ne faisions pas partie du sérail et l’on ne tenait pas y entrer, juste à faire notre métier le mieux possible. Mais au final, on a été taxé de rebelles parce qu’on refusait de payer pour être diffusé sur certaines radios. On a pu le faire parce que nos concerts étaient toujours pleins, parce que notre public nous a toujours été fidèle".

Un public qui devrait une nouvelle fois se réjouir à l’écoute de ces quatorze titres aux thèmes variés. Bien sûr, ce médicament se doit par essence d’être léger, d’évoquer la fête, la joie de vivre, les moments de détente (Zouk Party, Bodé apiyé, Pli Bel Flè…), mais pour Jocelyne Béroard comme pour ses amis de 30 ans, "quand on a un micro, on ne peut pas dire n’importe quoi. Notre voix a un poids et l’on se doit d’être sans équivoque sur nos messages" déclare celle qui n’a jamais hésité à prendre partie pour les droits des enfants ou pour le nécessaire travail de mémoire sur la question de l’esclavage.

All U need is Zouk s’ouvre par Doubout Pikan, une chanson où Kassav invite ses concitoyens à connaître leur histoire pour aller de l’avant, pour avancer déterminé. Cette combativité est aussi à l’ordre du jour de Fo pa fann. "On doit servir d’exemple pour les Antilles. Un peu moins de 30 ans de combat, de travail acharné nous ont permis d’être là où l’on est. Il suffit d’y croire et d’avancer" sermonne-t-elle. Autre texte destiné directement au public des Antilles,  Pa Bizwen sa évoque les conseilleurs qui sont légions sur les îles des Caraïbes, ceux qui pensent que les courants musicaux qui viennent de l’extérieur (compas, reggae, rock, r’n’b ou dancehall) sont forcément plus pertinents. Wa wè’y aborde une des principales plaies antillaises : "le gossip" dit-elle en anglais avant de se reprendre : "les racontars" comme elle les appelle, ceux qui relatent un fait en le réarrangeant. Bien que chantée en créole, la portée de ces chansons est universelle. Plus directement ciblé Pa kriyé mwen donne à la chanteuse l’occasion de contester aux hommes de ses îles le droit de surnommer leur femme "cher-la". En effet, ce petit nom amoureux signifie "morceau de chair". "Même si je manie l’humour dans cette chanson, le sujet est grave. Le machisme est intolérable" clame cette femme qui sait aussi bien entrer en colère que partir en fou rire. "Tout n’est qu’une question de moment et de lieu !".

Kassav All U need is Zouk. (Zouk SARL/Up Music/Warner Music France) 2007 
Kassav sera en concert au Zénith de Paris les 4, 5 et 6 juillet 2008.

Squaaly