Paris
08/01/2008 -

RFI Musique : le nouvel album de Tri Yann, Abysses, est une suite du précédent CD Marines, paru en 2003. Pourquoi proposez-vous cette fois une immersion dans les fonds marins ?
Jean-Louis Jossic : Quand on a sorti Marines (en 2003, ndlr), on avait décidé que c’était le premier volet d’un diptyque consacré aux thèmes de la mer. A la surface de l’océan, tout le monde sait ce qui se passe : il y a des navigateurs, des oiseaux, etc. Ce second volet explore le dessous des eaux, un univers beaucoup plus mystérieux. Les plongeurs sont allés chercher du côté du Titanic, ils ont trouvé des vieux souliers et des montres rouillées. Mais ils n’ont jamais rencontré le capitaine Nemo, ni croisé de sirènes. Ils n’ont pas plus retrouvé l’Atlantide, la ville engloutie d’Ys. On évoque donc un monde de légendes. On connaît les quatre coins de la planète, on va dans l’espace, mais le fond des mers est peu exploré. C’est ce que l’on a voulu chanter sur Abysses.
La plage d’ouverture s’intitule Gloire à toi Neptune. Cette ode au Dieu de la mer était incontournable ?
Evidemment, avec un tel album, on se devait d’évoquer le Dieu de la mer. Parce que pour les Nantais, Neptune favorise et aide les voyageurs des mers. On le réhabilite aussi. Car il passe pour un dieu très désagréable, qui a un sale caractère. Il déclenche les tempêtes, il a des colères abominables, engendre le vent, la pluie… En même temps, Neptune peut être également bénéfique. La preuve dans cet hymne.
Il y a aussi Gavotenn ar seizh. Quel est le propos de ce titre chanté en breton ?
En français, il signifie "La gavotte des Celtes". C’est une chanson traditionnelle de métamorphose. C’est très celte comme idée. Par exemple, si une jeune fille veut échapper à un amant éconduit, elle se transforme. Et lui, à chaque fois, il prend une forme différente de la forme humaine afin de la rattraper. Ainsi, si tu te fais oiseau, je me ferais nuage. Si tu te fais nuage, je me ferais étoile… A partir de cela, on a imaginé la même situation sous la mer : si tu te fais poisson, je me ferais filet. Si tu te fais filet, je me ferais rocher pour que le rocher déchire le filet… C’est une écriture contemporaine sur un thème millénaire.
Vous abordez aussi des thèmes plus sombres, comme le morceau intitulé Lancastria, qui évoque une catastrophe maritime. Pourquoi ?
On est parti d’une gwerz, un genre très breton qui consiste à faire une saga à partir d’un évènement dramatique réel. L’histoire de ce paquebot Lancastria est la plus grande catastrophe maritime de tous les temps. Ce naufrage a provoqué entre 5000 à 6000 noyés, alors que le drame du Titanic a causé la mort de 1500 personnes. Mais très peu de gens le savent. Cela c’est passé le 17 juin 1940, en pleine Seconde guerre mondiale, au moment où ce vieux rafiot venait d’Angleterre pour rapatrier les soldats britanniques. Les Allemands poursuivaient ce bateau, qui avait mis le cap sur Saint-Nazaire. Et ils l’ont bombardé. Winston Churchill, le premier ministre britannique a considéré, à l’époque, que c’était défaitiste d’en parler. Aujourd’hui, en analysant la situation de ce naufrage, c’est le contraire du Titanic ! Le Titanic était un bateau tout neuf, alors que le Lancastria était une vielle embarcation. Il effectuait son dernier voyage, tandis que le Titanic était au début de sa traversée. A bord, les passagers portaient de belles robes et de beaux costumes, ils dansaient sur la musique d’un grand orchestre. A côté, sur le Lancastria, des soldats sales et crottés étaient entassés. C’est pour toutes ces raisons qu’on a voulu raconter cette histoire, afin qu’elle ne soit plus ignorée. C’est une manière de réparer cette injustice.

Tri Yann Abysses (Sony BMG) 2007
En tournée dans toute la France et en concert à Paris, à l’Olympia, le 29 janvier 2008
Daniel Lieuze
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