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Les heures solitaires de Syd Matters

TroisiĂšme album


Paris 

24/01/2008 - 

En deux albums plĂ©biscitĂ©s et quelques concerts lumineux, les Parisiens de Syd Matters sont devenus les fers de lance de la scĂšne folk-rock indĂ©pendante française, un statut enviable que ne devrait pas leur ĂŽter l’introspectif Ghost Days.  PlongĂ©e dans les jours d’isolement crĂ©atif d’un songwriter - Jonathan Morali - et de son groupe, Ă  la stature internationale dĂ©sormais (presque) assumĂ©e.



"SurrĂ©el", "exhibitionniste"... Visiblement, Jonathan Morali ne se fait toujours pas Ă  l’attention qu’on lui accorde Ă  chaque album, et plus encore Ă  celui-lĂ . Ce Parisien de 27 ans et son groupe n’ont pourtant rien de nouveaux venus. Leur prĂ©cĂ©dent (et second) opus, Someday we will foresee obstacles, avait provoquĂ© l’engouement gĂ©nĂ©ral du public ‘indé’ hexagonal, sĂ©duit par leur pop planante et mĂ©lancolique rĂ©miniscente de Radiohead, Pink Floyd et autres Nick Drake.

Mais cette fois, le passage de tĂ©moin – ce moment crucial oĂč les chansons sortent du giron de leur crĂ©ateur pour devenir un produit manufacturĂ©, Ă©coutĂ© et auscultĂ© – prend des allures d’épreuve. La faute Ă  une gestation particuliĂšrement lente et solitaire des chansons, palpable Ă  chaque Ă©coute : "Ce sont des morceaux que j’ai composĂ©s dans ma chambre, pour moi. Je passe naturellement beaucoup de temps tout seul, et Ghost Days est Ă  la fois le produit et le tĂ©moignage des ces jours oĂč je me retranche, sans avoir besoin de personne."

Une dĂ©marche marquĂ©e, enrichie mĂȘme, par les moments de doute et d’absence d’inspiration : "La composition Ă©tait trĂšs difficile. Plus tu Ă©cris des chansons, plus tu veux avancer, changer, te remettre en question. Du coup, j’ai rĂ©alisĂ© beaucoup moins de dĂ©mos que pour les albums prĂ©cĂ©dents. Le manque d’inspiration, cette angoisse de tout artiste, est devenu pour moi un moyen d’expression : qu’est-ce qu’il se passe quand il ne se passe pas grand-chose ?".

Etat second


De fait, l’évocation de ces moments de creux existentiel traverse comme un fil conducteur l’ensemble de l’album. Le chanteur se croit "mort et enterrĂ© dans sa propre chambre" (Everything Else), se demande dans le superbe Ghost Days s’il n’assiste pas Ă  un bal de revenants, se remĂ©more, gosse rĂȘveur, sa planque nocturne dans la cuisine familiale (Cloudflakes, Ă©galement magnifique). Tout, de la voix hantĂ©e et plaintive de Jonathan au centaure floutĂ© de la pochette – signĂ©e du vidĂ©aste Jason Glasser –, ramĂšne Ă  un Ă©tat mi-rĂȘvĂ©, mi-conscient.

Cette cohĂ©rence du propos et de l’esthĂ©tique, Jonathan Morali nie l’avoir prĂ©mĂ©ditĂ©e : "Ce n’est pas un album-concept. Ça n’a jamais Ă©tĂ© rĂ©flĂ©chi de notre part.

Ghost Days puise donc ses racines dans la solitude du songwriter. Paradoxalement, l’enregistrement a Ă©tĂ©, plus que tout autre album du groupe, une rĂ©alisation collective. "C’est la premiĂšre fois que les musiciens s’investissent autant dans le projet, reconnaĂźt Jonathan. J’avais essayĂ© de garder les dĂ©mos les plus simples possibles pour qu’il y ait de la place pour les arrangements des autres. Du coup, le groupe a pu faire avancer les morceaux beaucoup plus loin que je ne l’aurais fait."

Symbole de cette osmose enfin trouvĂ©e, My and my horses dĂ©bute comme une chanson folk classique et termine sa course en un dĂ©luge trĂšs free de clappements de main, cordes dissonantes et instruments en tous genres. "Il y a une part de magie dans ce titre. Olivier [ndlr : Marguerit, guitariste et tĂȘte chercheuse du groupe] est arrivĂ© avec une partie cordes Ă©crite je ne sais trop quand, une amie a enregistrĂ© des ondes Marthenot en deux prises
 C’est cette spontanĂ©itĂ© que je recherche dans la musique. Lorsqu’il se passe quelque chose entre les musiciens sans que ce soit maĂźtrisĂ©. "

L’appel de l’étranger


Une complicitĂ© acquise avec l’expĂ©rience de leurs nombreux concerts, en France principalement, mais aussi en Angleterre et aux Etats-Unis. Car la musique de Syd Matters, d’inspiration essentiellement anglo-saxonne, semble un peu Ă  l’étroit dans les frontiĂšres hexagonales. "Je fais partie de cette gĂ©nĂ©ration Ă  qui on a dit qu’il n’y avait pas de place pour la chanson en anglais en France, reconnaĂźt Jonathan. L’une des portes de sortie, c’est d’aller voir Ă  l’étranger. J’en ai marre qu’ici on me prĂ©sente la question de la langue comme une trahison". La qualitĂ© de production, inĂ©dite pour un groupe français de cette scĂšne, et l’écriture trĂšs ambitieuse font prĂ©cisĂ©ment de Ghost Days un disque taillĂ© pour le marchĂ© international, oĂč les songwriters anglophones venus de France Ă©chouent encore Ă  s’imposer.

PoussĂ© par leur nouveau label, Because – l’une des rares entreprises du secteur Ă  connaĂźtre une croissance exponentielle –, Syd Matters a de quoi nourrir quelques ambitions. "Il est vrai que Because nous offre la possibilitĂ© de nous exporter, confirme Jonathan. Mais je n’aime pas trop le terme d’ambition, juste une envie de toucher le plus grand nombre, en France et ailleurs " C’est tout le mal qu’on leur souhaite.

Syd Matters Ghost Days (Because) 2008
En tournée dans toute la France. Les 12, 13 et 14 février à Paris (Café de la Danse)

JérÎme  Pichon