Paris
28/01/2008 -
Depuis des mois, la Canadienne anglophone Feist sillonne l’Amérique du Nord, qui succombe à son deuxième album, The Reminder, produit par une maison de disques française. Pendant ce temps, toute l’Europe s’attache à Ayo, chanteuse allemande fille d’un Nigérian et d’une Gitane, dont le disque – tout en anglais – a été produit par une maison de disques française. Et la même maison de disques sort coup sur coup les disques de deux new-yorkais : Seen, qui pourrait bien être l’album de la révélation auprès du grand public de Morley, jeune artiste folk-pop, et Nobody Left To Crown, album du retour du légendaire Richie Havens – oui, l’homme qui est resté plus de deux heures seul sur scène au début du festival de Woodstock. Pour l’un comme pour l’autre, les maisons de disques américaines étaient aux abonnés absents : la crise du CD a divisé par quatre ou cinq le nombre de nouvelles signatures d’artistes et les talents made in USA commencent à s’exiler, ou tout au moins à exiler leurs contrats.
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La world music des années 80-90 élargira à l’infini ces liens entre musiciens du monde et entreprises françaises. Labels spécialisés et majors envoient leurs émissaires partout dans le monde à la recherche de personnalités et de formes musicales nouvelles. Dans cette compétition, d’ailleurs, les Anglo-saxons savent se faire séduisants : Youssou N’Dour est "signé" aux Etats-Unis, Nusrat Fateh Ali Khan enregistre pour RealWorld en Grande-Bretagne, Ali Farka Touré et le Buena Vista Social Club sont en contrat avec World Circuit à Londres… Mais la crise du CD, dans les premières années du nouveau siècle, entraîne la rupture de nombreux liens légaux entre artistes du Sud et labels du Nord.
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Dans le milieu du disque, on invoque évidemment la tradition française que l’on vient de résumer, mais aussi une singularité de notre marché : avec des productions "locales" qui représentent les deux tiers des ventes de disques en France, les filiales parisiennes des majors ont acquis une autonomie de gestion inattendue. Et, dans un paysage économique ravagé, elles ont encore les moyens d’investir sur des artistes à fort potentiel international. Paradoxe inattendu : c’est la fameuse "exception culturelle" qui agit dans le sens de la mondialisation.
Bertrand Dicale