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Le graphisme musical de Claire Diterzi

Tableau de chasse


Paris 

01/02/2008 - 

Pour enfanter ce second album solo, Claire Diterzi, ex-chanteuse de Forgette Mi Notte a pris pour muses onze Ɠuvres d’art. Piochant dans les nus de Rodin et de Camille Claudel ou dans les toiles de Fragonard et de Toulouse-Lautrec des idĂ©es de textes, de mĂ©lodies
 et mĂȘme de voix. Un an de travail prĂ©cis et intensif qui a portĂ© ses fruits : Tableau de Chasse s’effeuille avec un dĂ©lice renouvelĂ© Ă  chaque Ă©coute.




RFI Musique : Vous avez créé cet album en vous inspirant de sculptures et de peintures.
Comment l’idĂ©e vous est-elle venue ?
Claire Diterzi :
Elle s’est imposĂ©e d’elle-mĂȘme. Ces derniĂšres annĂ©es, j’ai composĂ© pour le théùtre, la danse (avec le chorĂ©graphe Philippe DecouflĂ©), le dessin (avec Titouan Lamazou) et le cinĂ©ma (avec la B.O de Requiem for Billy the Kid). Je ne l’avais jamais fait pour la peinture et la sculpture, alors je me suis dit : pourquoi pas ! Ça n’a pas Ă©tĂ© facile : contrairement Ă  la danse et au cinĂ©ma, il s’est agi d’écrire sur des Ɠuvres figĂ©es et silencieuses. Un comble pour la musique ! Alors j’ai trouvĂ© des trucs. Pour les sculptures, par exemple, j’ai beaucoup travaillĂ© les rythmes, les sonoritĂ©s. Pour qu’on entende le son du marteau et du ciseau sur la pierre.

De quelle maniĂšre s’est concrĂštement dĂ©roulĂ© le travail avec les Ɠuvres ?
J’ai commencĂ© par acheter plein de reprĂ©sentations de tableaux, de sculptures, et aussi des beaux livres d’art, que j’ai dĂ©coupĂ© sans scrupule ! Au final, je me suis retrouvĂ©e avec un cahier bondĂ© d’une centaine d’images. J’avais dĂ©jĂ  des chouchoutes en tĂȘte, comme La DanaĂŻde de Rodin. J’en ai choisi onze et, malgrĂ© moi, toutes reprĂ©sentaient des femmes. J’en suis arrivĂ©e Ă  Ă©crire des chansons d’amour, qui parlent du couple, de la sexualitĂ©, de la sensualitĂ©. Pour chaque chanson, j’ai passĂ© un mois en tĂȘte Ă  tĂȘte avec l’Ɠuvre, complĂštement absorbĂ©e par elle. Je me suis inventĂ©e un film sur chaque personnage reprĂ©sentĂ© : ce qu’il venait de vivre, sa personnalité  Puis, j’ai jouĂ© la comĂ©dienne avec ma voix. J’ai de la chance, elle me permet de faire ce que je veux : imiter Piaf ou FrĂ©hel, faire l’enfant, la diva, la chanteuse orientale


Sur le titre La Vieille chanteuse, votre voix est méconnaissable

J’ai créé ce morceau Ă  partir d’un portrait de Toulouse-Lautrec qui reprĂ©sente la chanteuse de music-hall Yvette Guilbert. J’ai pris la voix d’une femme de quantre-vingts ans et la façon de chanter en vogue au XIXe siĂšcle. Je me suis projetĂ©e cent ans en arriĂšre, sans micro, dans un cabaret enfumĂ©, avec le petit nabot Lautrec qui me croquait, les putes du bordel les fesses Ă  l’air, les bougies
 J’ai ensuite ajoutĂ© un traitement du son pour abĂźmer le tout et lui donner une patine Ă  l’ancienne, pour que ça sonne comme un gramophone.

La chanson A quatre pattes, avec ses sons dansants et artificiels, vous a Ă©tĂ© inspirĂ©e par une sculpture de l’AmĂ©ricain Allen Jones qui reprĂ©sente une femme-meuble, en forme de table basse. C’est de la provoc’ ?
J’ai dĂ©couvert cette Ɠuvre de Pop Art pendant mes Ă©tudes d’art. Elle m’avait bien fait rigoler. L’utiliser pour l’album m’a permis de fustiger les clips de r'n’b qui me font gerber. Avec ces mecs qui se la pĂštent, ces bimbos en string qui se trĂ©moussent sur des blacks Ă  tatouages et aux lunettes de soleil. C’est de l’esthĂ©tisation forcenĂ©e et une dĂ©bauche de moyens inutile et honteuse. Vocalement, j’ai galĂ©rĂ© pour trouver le ton qui convienne Ă  tout ce superficiel. Puis j’ai pensĂ© Ă  Barbie et la voix d’une potiche de dessin animĂ© s’est imposĂ©e !  

Vous venez du rock mais Tableau de chasse est multi styles, donc assez inclassable. Etre un ovni musical, ça ne vous dĂ©range pas ?
Non. Je ne suis peut-ĂȘtre pas "Ă©tiquetable" mais je suis libre. On vit dans une aire trop consensuelle. Les artistes ont peur de sortir du cadre, le public aussi. Moi j’ai envie d’art, d’audace, de nouveautĂ©. J’ai un mĂ©tier qui me permet de donner tout ça, alors je le fais. Avec cet album, j’ai voulu qu’on se balade. J’ai donc cherchĂ© des sonoritĂ©s qui dĂ©placent les gens dans le temps et dans l’espace. Avec pour seules rĂ©fĂ©rences B 52’s et la compile Le mystĂšre des voix bulgares ! Ce sont les deux choses qui m’ont le plus plu dans ma vie. B 52’s, ça me rappelle mon adolescence. Je voulais retrouver leur son trĂšs binaire et trĂšs radical sur certains titres de Tableau de chasse. Quant aux voix d’Europe de l’Est, elles me fascinent : elles viennent de je ne sais oĂč avec une puissance enfantine et des harmonies hallucinantes. C’est tellement jouissif de chanter ça que j’en ai mis sur le titre Je garde le chien.

Vous avez maĂźtrisĂ© la conception de ce disque de bout en bout â€Š ?
J’ai fait 90% de l’album toute seule, dans mon studio Ă  Tours. Avec mon ordi et Cubase, mon micro, mes guitares, mes percus, mes castagnettes
 Quand il me manquait un son, je le crĂ©ais. Le seul que j’ai samplĂ©, c’est celui des trompes de chasse pour Tableau de chasse. Il n’y a que moi qui pouvait aller au fond de ce que m’évoquaient les Ɠuvres. J’avais besoin de cette solitude pour aller au bout de mes dĂ©lires, pour me concentrer. Quand j’écris, je me documente Ă©normĂ©ment. Il me faut des encyclopĂ©dies, des dictionnaires
 Je suis vachement bosseuse et exigeante. Je trouve cette prĂ©cision jubilatoire. Je suis impatiente d’aller bientĂŽt partager tout ce travail sur scĂšne !



 Ecoutez un extrait de Tableau de chasse
Claire Diterzi Tableau de Chasse (NaĂŻve) 2008
En concert du 22 au 24 février, au Théùtre national de Chaillot, à Paris.

Fleur  De la Haye