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Baloji

Rappeur entre deux mondes


Paris 

05/02/2008 - 

Dans la catĂ©gorie rap francophone, 2008 sera l’annĂ©e de la Belgique. En janvier sortent deux albums venus du Plat Pays : celui de James Deano (avec son single Les blancs ne savent pas danser ) et celui de Baloji, ex-membre du collectif Starflam devenu artiste solo avec HĂŽtel Impala. Entretien avec un rappeur majeur.



Le premier album de Baloji, HĂŽtel Impala, est superbe. TrĂšs personnel et trĂšs musical. EntourĂ© d’un groupe live talentueux, l'artiste a donnĂ© son premier concert parisien le 28 novembre dernier au ZĂšbre de Belleville, Ă  Paris. Il a prouvĂ© son charisme.

RFI Musique : Baloji, quelles sont vos origines ?
Baloji : Je viens de LiĂšge, une ville ouvriĂšre oĂč je suis arrivĂ© Ă  l’ñge de quatre ans. Je suis nĂ© au Congo mais mon Ă©ducation est belge. J’ai trente ans et j’ai commencĂ© Ă  m’intĂ©resser Ă  la musique vers 13-14 ans. J’écrivais des poĂšmes, ça a Ă©voluĂ© et j’ai rejoint le groupe Starflam, qui s’appelait alors Malfrats Linguistiques. AprĂšs une derniĂšre tournĂ©e qui s’est mal passĂ©e, j’ai quittĂ© le groupe et arrĂȘtĂ© la musique.

Qu’est-ce qui vous a remis le pied Ă  l’étrier ?
J’ai un peu galĂ©rĂ© et un jour, une femme m’a appelĂ© en me disant qu’elle avait une lettre pour moi. Elle m’envoie la lettre, qui est une lettre de ma mĂšre, que je ne connaissais pas. Mon pĂšre avait une vie d’homme mariĂ© avec ma mĂšre d’adoption et vivait en Belgique, prĂšs d’Ostende. C’est un homme d’affaires qui a eu une aventure avec ma mĂšre au Congo. Il m’a amenĂ© en Belgique Ă  l’ñge de quatre ans, sans rien me dire. Je me suis retrouvĂ© du jour au lendemain avec sept frĂšres et sƓurs. Ma mĂšre n’avait jamais eu de rĂ©ponse aux courriers qu’elle m’avait Ă©crits, elle s’inquiĂ©tait. J’ai eu sa lettre en octobre 2005. J’ai appelĂ© au numĂ©ro indiquĂ©, et je l’ai eu en ligne. Elle m’a dit qu’elle m’avait vu Ă  la tĂ©lĂ© sur MCM Afrique, qu’elle Ă©tait sĂ»re que c’était moi.

Je me suis dit que j’avais quelque chose Ă  raconter musicalement. J’ai voulu raconter par tranches de vie ce qui m’est arrivĂ© depuis mon dĂ©part du Congo jusqu’à aujourd’hui, oĂč je veux y retourner. J’ai trouvĂ© ce morceau de Marvin Gaye, I’m Going Home, qui est restĂ© quasi inĂ©dit suite Ă  une embrouille avec Berry Gordy. Les paroles me parlent, elles sont liĂ©es Ă  mon histoire : "I’m going home to see my mother". De lĂ , j’ai trouvĂ© le canevas pour faire tout le disque. Pour Ă©crire, je suis super lent. Je suis jaloux des mecs qui Ă©crivent un texte en deux trois heures et qui posent en une demi-heure. Donc je travaille plus, tous les jours.

Les ambiances de vos morceaux sont trùs loin du rap de rue

J’ai eu l’aide d’un arrangeur belge, Peter Lesage. Il m'a permis de trouver les bons musiciens et Ă  mettre mes idĂ©es dans les cases. J’aime bien la soul Ă  la Tina Turner, avec un feeling live. Avec Starflam, on devait jouer pour gagner notre vie et on s’est souvent retrouvĂ© devant des publics rock. LĂ , on doit amener un plus pour les convaincre vu que, par dĂ©finition, ils dĂ©testent le rap Ă  cause de l’absence de musiciens. Maintenant, je veux ĂȘtre sur scĂšne avec un groupe. Il y a des morceaux dans lesquels je raconte des trucs qui me sont arrivĂ©s il y a cinq ans, quand j’étais sans papiers et que j’ai eu un avis de quitter le territoire. Je me suis retrouvĂ© en centre fermĂ© Ă  vingt- deux ans, et ma copine de l’époque m’a sauvĂ© la vie. Elle s’est occupĂ©e de tout payer et de signer les documents.

Que penses-vous de l’image qu’a le rap ?
Je suis fan de Booba, mais je ne me retrouve pas dans le rap de rue, ni dans ce qu’il vĂ©hicule. Booba ment Ă  tout le monde, c’est un super bon menteur et il a une plume extraordinaire. Musicalement, c’est de la haute voltige, pas un n’arrive Ă  sa cheville. C’est ça la situation du rap aujourd’hui : le prophĂšte est un menteur, mais ça reste le leader. J’ai beaucoup de respect pour son travail, c’est ça le problĂšme : tous les autres le suivent et n’y arrivent pas. On vend le cĂŽtĂ© "on est des abrutis incultes" alors que les gens qui veulent faire croire ça sont tout le contraire. C'est lĂ  oĂč j’ai un problĂšme. J’étais super fan de NTM et d'Akhenaton, mais ils se mettent au niveau de leur public. Tout le monde baisse son niveau pour que les gamins comprennent et apprĂ©cient. On m’a dit qu’Abd al Malik et Grand Corps Malade marchaient trĂšs fort, je trouve ça bien qu’il y ait une alternative. Sur mon disque, je prĂ©fĂšre ĂȘtre moi-mĂȘme, c'est Ă  prendre ou Ă  laisser. C’est ce que je suis.

Vous considerez-vous Belge ou Congolais ?
J’aime bien le terme "AfropĂ©en". Mais j’ai une carte d’identitĂ© belge, j’ai eu la nationalitĂ©. Je ne dirais pas que je suis un mutant, c’est un peu fort, mais je vis entre deux mondes.


Baloji HĂŽtel Impala (Delabel/Virgin/EMI) 2008
En concert au Café de la danse, à Paris, le 15 février et le 5 avril à La Cigale.

Olivier  Cachin