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Cali donne L'Espoir

Fait Ă  la maison


Paris 

04/02/2008 - 

Cali sort son troisiÚme album, l'Espoir, quelques semaines avant son départ pour une nouvelle longue tournée. Son nouveau disque marque notamment le retour à une inspiration moins directement tournée vers le couple et ses cahots. Rencontre.



RFI Musique : Comment s’est passĂ© le travail avec Mathias Malzieu, qui a corĂ©alisĂ© votre nouvel album ?
Cali : Mathias et moi sommes trĂšs proches, nous avons partagĂ© beaucoup de scĂšnes avec Dionysos. Nous projetions depuis trĂšs longtemps de faire quelque chose ensemble et lĂ , c’était l’occasion. Je lui ai dit : "J’ai un petit studio Ă  cĂŽtĂ© de la maison, est-ce que tu veux venir m’aider ?" A ce moment-lĂ , il Ă©crivait La MĂ©canique du cƓur (ndlr : dernier album de Dionysos) mais il est quand mĂȘme venu. Ce qui Ă©norme, c’est qu’il a transformĂ© le studio en terrain de jeu, ce Ă  quoi je n’étais pas habituĂ©. Je l’ai vu arriver avec ses yeux pĂ©tillant de malice et d’intelligence autour de mes chansons. On a rigolĂ©, on ne s’est jamais pris au sĂ©rieux, les gens qui venaient nous visiter en studio, disaient que l’on n’avait pas l’air de faire un album. Et, finalement, sur le disque, on a gardĂ© beaucoup de premiers jets. Le matin du jour oĂč on a enregistrĂ© Je ne te reconnais plus, je n’imaginais pas que j’allais l’enregistrer avec Olivia Ruiz. Simplement, elle est venue embrasser son chĂ©ri, on lui a demandĂ© de chanter et on a gardĂ© sa voix sur l’album. Tout ça, c’est la philosophie de vie de Mathias : picorer un peu partout, prendre du plaisir


Et avec Scott Colburn (producteur du dernier Arcade Fire, d’Animal Collective et de Robert Wyatt), qui a produit le reste du disque ?
C’était la mĂȘme philosophie : un travail trĂšs organique, le plaisir, garder le premier jet
 Alors les journĂ©es de studio ont Ă©tĂ© incroyables : Ă  trois heures de l’aprĂšs-midi, c’était fini et on faisait des bƓufs avec les musiciens jusqu’au bout de la nuit. Les gens du studio, Ă  Carpentras, n’avaient jamais vu ça.

Pourtant, cet album sonne plus sophistiqué, plus lyrique que les deux précédents

Quand je compose sur ma guitare ou mon piano, je fantasme les arrangements. Pour RĂ©sistance ou surtout pour 1000 cƓurs debout, j’ai demandĂ© Ă  Scott Colburn un arrangement qui rappelle Arcade Fire dans la puissance et l’union avec le public. Et Ă  la fin de la chanson, je me suis dit qu’on va bien s’amuser sur scĂšne. J’espĂšre que le public chantera avec moi.

Dans cet album, vous faites clairement allusion, notamment, au grand meeting de SĂ©golĂšne Royal au Stade CharlĂ©ty, Ă  Paris. L’Espoir marque, Ă  peu prĂšs en mĂȘme temps que le nouvel album de Bernard Lavilliers, le retour Ă  une chanson française assez franchement politique. Est-ce une Ă©volution consciente ?
On a vĂ©cu l’annĂ©e derniĂšre quelque chose d’historique, quelque chose d’incroyablement violent et remuant. J’ai vu de prĂšs un milieu que je ne connaissais pas, j’ai vu de prĂšs des hommes et des femmes politiques se faire tuer tous les jours et renaitre le soir mĂȘme. La dĂ©ception du rĂ©sultat a Ă©tĂ© telle qu’il a Ă©tĂ© nĂ©cessaire d’écrire des chansons lĂ -dessus pour attĂ©nuer.

Et, au-delĂ , il y a l’espoir, justement. Je suis toujours Ă©merveillĂ© quand je vois des jeunes de seize ou dix-huit ans sortir dans la rue et hurler – le futur vient d’eux. Notre gĂ©nĂ©ration est peut-ĂȘtre un peu rĂ©signĂ©e. Les jeunes qui arrivent n’ont pas vĂ©cu nos dĂ©ceptions, ils ont la rage au cƓur et le poing levĂ©, l’éternitĂ© dans les yeux.

Vous reconnaissez-vous des professeurs de chanson politique ?
Sans hĂ©siter, je dirais Noir DĂ©sir. Et LĂ©o FerrĂ©, bien sĂ»r. Mon pĂšre l’a vu en concert, m’a racontĂ© la violence des rĂ©actions Ă  ce qu’il disait et Ă  ce qu’il chantait, les spectateurs qui lui crachaient dessus et qui l’acclamaient... Dans le rap, j’ai Ă©tĂ© troublĂ© par IAM. Et puis il y a Le DĂ©serteur, Ă©videmment, qui est toujours d’une telle actualitĂ©, quand je vois ces jeunes qui vont se faire butter en Irak.

A la fin de l’album, vous avez placĂ© une chanson assez politiquement incorrecte et d’une grande violence de ton, Le Droit des pĂšres. Pourquoi ?
Je tiens Ă  cette chanson Ă  la fin du disque, comme Le Vrai PĂšre Ă  la fin de Menteur. Je soutiens une association qui s’appelle Les Papas = les Mamans (www.lplm.info), qui affirme que si on sĂ©pare un enfant de son pĂšre ou de sa mĂšre, on casse son Ă©quilibre et qu’il ne peut pas ĂȘtre heureux.

Je me souviens avoir Ă©tĂ© dans un tribunal glauque de Perpignan avec une femme que j’avais aimĂ©e et qui m’avait aimĂ©, avec qui j’avais fait un enfant. Nous Ă©tions chacun avec notre avocat et on regardait nos souliers en suivant un cortĂšge de couples qui Ă©taient en train de se dĂ©chirer. Ce jour-lĂ , je n’ai pas eu la garde de mon enfant et on m’a autorisĂ© trĂšs peu de visites. Je suis sorti dans la rue, j’étais dĂ©chirĂ©, c’était un meurtre. Cette chanson est la chanson que j’aurais pu Ă©crire Ă  ce moment-lĂ . Je la mets aujourd’hui sur mon disque parce que tout va mieux pour moi, parce qu’on a fait le deuil de notre amour, parce que notre enfant n’est plus une monnaie d’échange – c’est juste notre enfant, qui a besoin de son pĂšre et de sa mĂšre. Or, il y a tous les jours des parents qui continuent Ă  vivre le chagrin Ă©norme de cette histoire. Cette chanson est une chanson d’espoir, pour leur dire qu’ils ne sont pas seuls.

Cali L’Espoir (Virgin/EMI) 2008
Début de la tournée en mars 2008. Du 14 au 16 avril au Zénith de Paris.

 Retrouvez Cali invitĂ© de Culture Vive sur RFI le 5 fĂ©vrier 2008 : + d'info

Bertrand  Dicale