Paris
20/02/2008 -

Pourquoi avoir choisi Jean Lamoot, producteur plus connu pour son travail dans la chanson française (Dominique A, Bashung) que dans le rock indépendant ?
Lionel Vancauwenberghe : Parce qu’on avait adoré son travail sur Des Visages des figures de Noir Désir, groupe dont nous sommes tous fans de longue date. Il s’est rendu à Bruxelles pour nous rencontrer et l’idée très peu conventionnelle d’enregistrer dans une maison perdue dans la campagne l’a particulièrement séduit.
Denis : Paradoxalement, il nous a semblé tout de suite très effacé. Il parlait peu, nous laissait agir, travaillait seul sur les prises de son, d’autant que nous débordions d’idées d’arrangements. Puis, l’air de rien, on s’est rendu compte progressivement qu’il emmenait les morceaux dans une direction inédite, nous encourageait à expérimenter, n’hésitait pas à travailler sur une soixantaine d’enregistrements de cloches et autres sonorités bizarres ! Il a vraiment joué un rôle de catalyseur dans la création.
Justement, l’instrumentation sort des sentiers battus du rock. On entend de la guimbarde, de la cithare et beaucoup de sons d’ambiance…
Denis : On est très attaché à cet aspect un peu bricolo, cette foule de détails, et même de défauts sonores auxquels on s’attache sur un disque et qui le rendent un peu intemporel. Le titre Fields of gold est emblématique de cela : le morceau est une ballade acoustique, mais on voulait lui donner une dimension supplémentaire, plus atmosphérique, avec le bruit de la pluie tombant devant la maison, quelques clochettes et des sons électroniques rajoutés en surimpression.
En cela, on se sent très proches de Blonde Redhead par exemple, qui truffe sa musique d’expérimentations, de plages instrumentales et de sons un peu planants, avec ce côté un peu sale et accidenté dans leur son.
Accordez-vous une place importante aux textes dans votre travail ?
Lionel : En fait, c’est généralement avant d’enregistrer nos voix que l’on écrit les paroles, très rapidement : une demi heure, une heure maximum. Elles sont là essentiellement pour poser nos voix.

On ressent pourtant une recherche de cohérence, de fil conducteur : l’ennui, le besoin d’évasion, comme sur Bored ou Couples on Tv…
Lionel : Celle-là, c’est Daniel [ndrl : bassiste et percussionniste du groupe] qui l’a écrite. Sinon, s’il y a ce thème récurrent, cette mélancolie, c’est certainement lié à nos vies respectives, notre évolution. Depuis From here to there, tous les membres du groupe ont abandonné leurs études ou leurs jobs. Et la vie de musicien hors tournée nous déphase un peu : le fait de passer parfois des journées entières à rechercher l’inspiration, ce vide… Ça a été parfois très difficile à vivre lors de la conception de cet album.
Le chant aigu et plaintif, votre prononciation de l’anglais, rappellent étrangement d’autres groupes belges, notamment Sharko. Ressentez-vous une parenté avec la scène rock belge ?
Denis : Nous ne nous étions pas rendu compte de cette ressemblance vocale ! Mais nous sommes fans de Sharko, particulièrement de l’album Sharko III. On se retrouve parfaitement dans l’esprit un peu "fait maison", bricoleur, du groupe. Plus généralement, s’il y a peut-être une chose qui rapproche des groupes comme Sharko, Ghinzu et Girls in Hawaii, c’est une absolue sincérité. Quand tu entends la voix de David Bartholomé [ndlr : chanteur et bassiste de Sharko] par exemple, il y a quelque chose d’un peu naïf, de vraiment émouvant…
N’avez-vous pas une appréhension avant de défendre sur scène un disque à la production aussi soignée ?
Lionel : Aucunement. Nous avons travaillé pendant des semaines le live, afin de rendre ces nouveaux morceaux plus énergiques, plus enlevés. On a vraiment hâte d’y être !
Jérôme Pichon
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