Paris
14/03/2008 -

RFI Musique : Vos sources d’inspiration sont très concrètes : le naufrage du Joola, l’émigration clandestine par la mer, le quotidien des vendeurs de rue… Vous avez besoin de cet ancrage dans la réalité pour vos textes ?
El Hadj N’Diaye : Pour moi, le chanteur a un rôle à jouer dans la société : parler de ces choses que vivent des milliers de gens qui n’ont pas la possibilité de les exprimer. On est en quelque sorte la voix du peuple. Quand j’ai commencé, c’était extrêmement difficile. Nous n’avons pas de tradition de chansons à message au Sénégal. En principe, si tu n’étais pas griot, tu ne devais pas chanter. Mais j’ai voulu faire des chansons à thèmes, pas laudatives contrairement à ce qui se faisait, et c’était nouveau. Depuis, avec la mouvance rap, les jeunes se sont mis à parler de plus en plus de faits de société.
Ecrire une chanson, est-ce un exercice qui vous demande du temps ?
Il y a une manière d’exprimer, de faire ressentir à l’autre ce que l’on voit, ce qui nous touche. Il arrive que je passe plusieurs jours pour faire une chanson, mais la plupart naissent d’un trait. Parce que ce sont des choses vécues, qui murissent dans l’esprit et sortent d’un coup. Gueej, par exemple, parle de ces milliers de jeunes Sénégalais qui ont conscience qu’ils risquent leurs vies en montant sur des embarcations pour aller en Europe. Cette chanson est née à Paris mais ses fondements, je les ai emmagasinés au Sénégal. C’est une réalité de tous les jours que l’on côtoie.

Qu’est-ce qui vous a amené à jouer de la guitare et prendre le micro ?
Quand j’ai eu le baccalauréat, mon frère qui étudiait en Union soviétique m’a envoyé une guitare. J’ai commencé à gratter les cordes. Ça s’est imposé à moi : ce que j’avais à dire, je pouvais le poser sur des notes de musique, simples, qui me donnaient les moyens de transmettre mes sensations, les thèmes que je voulais développer. Quand on était assis en groupe, j’aimais bien chanter. Ce sont mes amis qui m’ont poussé à aller présenter mes morceaux dans une émission de radio, au milieu des années 80. Chaque semaine, je venais avec une nouvelle chanson.
Quelle a été votre démarche, votre envie pour ce troisième album international ?
Le premier album avait été enregistré en trois jours avec deux guitares, des percus. Le deuxième a été mieux orchestré. Le troisième album apparaît comme une synthèse, mais ce sont toujours les messages – et la voix qui les transmet – auxquels j’attache le plus d’importance. C’était un travail beaucoup plus long. Une plus grande réflexion. Depuis l’alternance politique au Sénégal, je n’avais sorti aucun album. Beaucoup d’événements se sont passés et il fallait vraiment en parler. Je n’ai jamais été aussi précis, avec l’envie de dire et de présenter les choses exactement comme elles sont. Même si elles peuvent être parfois perçues brutalement. Musicalement, j’essaie de voir ce qui s’adapte le mieux à ce que je fais. Dans cet album, pour la première fois, j’ai joué avec un violoncelle. La musique gagne toujours à s’ouvrir, à tenter des expériences nouvelles.

El Hadj N’Diaye (Marabi/Harmonia Mundi) 2008
Bertrand Lavaine
26/09/2001 -
22/02/2008 -