Paris
20/03/2008 -

Quel est ce thème ?
Je ne me sens pas chez moi aujourd’hui dans le monde dans le quel on vit. Je me sens toujours à part, et je ne dois pas être le seul. Quand je lis des sondages, je me rends compte que je ne fais jamais partie de la majorité. Quand je réponds à un questionnaire, il n’y a jamais la case qui me correspond. Récemment il y a eu le recensement, j’ai eu un formulaire, j’ai répondu aux deux premières questions : nom et adresse. Après, c’était le vide total ! J’ai attendu que la personne vienne rechercher le formulaire pour lui dire : "J’ai un sérieux problème. Je ne corresponds pas au recensement !" Elle m’a dit : "Oh, vous n’êtes pas le seul, moi même j’ai des difficultés, vous savez..." ça rassure ! Donc les Martiens sont parmi nous, la vérité est là !
Que vient faire ce Martien sur la Terre ?
Le Martien est un être très raisonnable qui ne connaît pas les débordements passionnels. C’est un sage en quelque sorte, mais il s’ennuie, comme souvent les sages ! Et en observant la Terre, il s’aperçoit que ses habitants s’éclatent. Il voudrait bien connaître ça. Ça devient une parabole, comme Zadig de Voltaire. Le personnage permet de prendre de la distance pour pouvoir raconter peut être les même choses qu’auparavant mais d’un point de vue étranger. Les chansons qui traitent de l’arrivée du Martien sont très orchestrées, très spatiales, il y a des cordes et des cuivres, ça pète ! Dès qu’il est sur terre, les violons disparaissent. Il s’immisce dans la vie, il rencontre des gens. Les orchestrations deviennent terre à terre, très rock. Il en prend plein la tête. Il n’a qu’une envie, c’est repartir. Il sent que ce n’est pas son truc, qu’on est dans l’erreur et qu’il ne veut pas participer à ces erreurs-là.
La bande dessinée suit-elle la même histoire ?
Chaque chanson est un peu un numéro d’un magazine imaginaire qui s’appelle Mars Magazine. Chacun est décliné en cinq planches noir et blanc. Plus noir que blanc d’ailleurs. C’est très expressionniste. Je me suis inspiré de Franz Masereel et des gravures sur bois. Mais je n’ai pas suivi les chansons mot à mot. Je me suis dédoublé, je m’en suis inspiré et je suis parti ailleurs. C’est une histoire d’évasion, poussée toujours plus loin, pour que l’auditeur ou le lecteur fasse pareil. Tout ça c’est un hommage que je voulais faire depuis longtemps au film de Stanley Kubrick, 2001 : l’odyssée de l’espace. Il y a cette ouverture à la fin du film, on comprend quelque chose au moment où on la voit. Quand on la revoit trois ans plus tard, on comprend autre chose parce qu’on a vécu autre chose et j’adore ce truc-là ! Je trouve que c’est le rôle de l’artistique, je n’ose pas dire l’art parce que c’est prétentieux. On pense à quelque chose qui est enfoui en nous et qu’on n’a jamais su exprimer.

La chanson l’Homme de mars sonne comme un hymne contre la résignation.
C’était le premier texte écrit. C’est une chanson méthode Coué, ça s’adresse d’abord à moi. C’est un peu comme une bouteille jetée à la mer. J’espère que beaucoup de gens vont se retrouver dans cette idée. C’est aussi très autobiographique. C’est assez marrant d’ailleurs. Plus j’ai pu créer de distance avec le masque du Martien, l’orchestration et les dessins, plus j’ai pu me raconter. Je ne l’aurais pas fait aussi ouvertement avec juste une guitare et une voix.
Que reste-t-il du Kent de Starshooter, de celui qui voulait tout balayer ?
C’est une question que je pose. Je sais que c’est toujours la même tête. Je n’ai pas la sensation d’avoir trahi quelque chose. C’est juste que j’ai beaucoup vécu, comme tout le monde. J’ai fait des croix sur certains idéaux, certaines manières de voir la vie peut-être. Il m’arrive de réécouter les premières chansons de Starshooter. Il y en a certaines qui me font rire. Et puis parfois, il y en a une qui est là. Je ne me rappelle plus pourquoi et comment je l’ai écrite, mais c’est moi. Je crois que le gamin que j’étais serait plutôt content de rencontrer l’adulte que je suis devenu, et qu’il passerait même un bon moment.
Ludovic Basque
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