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Les audaces d'Annie Ebrel

La Bretagne comme terre d’aventures


Paris 

07/04/2008 - 

Originaire de Centre-Bretagne, Annie Ebrel est trĂšs attachĂ©e Ă  la tradition musicale de sa "sous-rĂ©gion", comme on dit en Afrique de l’Ouest. Mais cela ne l'empĂȘche pas de rivaliser d’audace Ă  chacune des rencontres qui s’imposent Ă  elle. RoudennoĂč, son dernier opus, a Ă©tĂ© enregistrĂ© en quartet avec de talentueux partenaires aux horizons divers. 



Tout comme un autre hĂ©ros breton, Annie Ebrel est tombĂ©e dans la marmite toute petite. Mais elle, point de potion magique, juste des airs traditionnels de Centre Bretagne, qu’elle a repris trĂšs tĂŽt en solo ou en duo devant un public conquis. Des chants Ă  danser (kan ha diskan) ainsi que des complaintes et chants Ă  Ă©couter (gwerzioĂč et sonioĂč). "C’est ce qui m’a mis le pied Ă  l’étrier",  se souvient aujourd’hui cette fille de paysan, devenue chanteuse au grĂ© des hasards de la vie et des rencontres. "Ce sont eux qui ont donnĂ© le cap et imprimĂ© le chemin Ă  suivre."

Désirs d'ouverture


Sa route passe, traverse, retourne et laboure la culture musicale de sa rĂ©gion en lui donnant de l’air. Ambassadrice, elle a portĂ© ces kan ha diskan et autres gwerzioĂč jusqu'en Russie, en Italie, en Espagne, en Scandinavie et mĂȘme au QuĂ©bec. Et surtout, elle n’a pas hĂ©sitĂ©, dĂšs qu’elle en avait l’opportunitĂ©, Ă  frotter son rĂ©pertoire enracinĂ©, son enseignement au contact d’autres traditions ou chapelles musicales. "J’ai commencĂ© Ă  travailler avec des musiciens, dont le contrebassiste de jazz Ricardo del Fra. L’aventure a durĂ© une dizaine d’annĂ©es", rappelle-t-elle. "Ensemble nous avons créé un spectacle puis un disque". Velluto di Luna, Voulouz Loar Gwerz Pladenn a reçu un  Diapason d'or 1999.

"L’expĂ©rience a Ă©tĂ© trĂšs riche car, au-delĂ  de la rencontre d’un autre univers musical, d’une autre approche des mĂ©lodies, j’ai pu repenser la place du chant dans mon travail. J’ai pu alors imaginer le chant autrement que comme un transmetteur de textes et de mĂ©lodies, le concevoir comme un instrument Ă  part entiĂšre. Par sa durĂ©e et par ce qu’elle a enclenchĂ©, cette rencontre est sĂ»rement la plus importante. De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, chaque rencontre fait avancer le schmilblick, mĂȘme si toutes ne sont pas aussi abouties", commente la chanteuse, dont le nom, au-delĂ  des aventures vĂ©cues, est aujourd’hui encore souvent associĂ© Ă  un rĂ©pertoire de chants traditionnels a cappella.

Quartet multiculturel


L’idĂ©e du quartet se situe dans la droite file du cheminement esquissĂ©. Pour Annie Ebrel, la chose ne fait pas de doute. "C’est juste une histoire de progression, d’étapes de dĂ©veloppement. Car, au final, je suis restĂ©e trĂšs prĂšs de ce que j’ai toujours fait, trĂšs prĂšs de la tradition, que ce soit par les textes que je chante ou dans la maniĂšre de les chanter. Je suis toujours trĂšs prĂšs de mon dĂ©sir de rencontres, d’ouvertures Ă  d’autres cultures", confie-t-elle.

"Les trois musiciens que j’ai conviĂ©s viennent tous d’horizons diffĂ©rents et ont tous un attachement fort, un enracinement dans les musiques traditionnelles." L’harmoniciste Olivier Ker Ourio, qui est nĂ© et a grandi Ă  la RĂ©union avant de s’installer adulte Ă  Paris. Le Breton Pierrick Hardy qui a, entre autres, Ă©tĂ© l’orchestrateur d’un des albums de la  chanteuse indienne de Bolivie Luzmila Carpio et qui est un vĂ©ritable amoureux du chant. Le percussionniste Bijan Chemirani, benjamin d’une illustre famille iranienne de caresseurs/frappeurs de peaux tendues. Tous ont un univers qui leur est propre et le mĂȘme souci de trouver les tonalitĂ©s, les nuances qui peuvent rapprocher ces univers. "C’est une prise de risque", explique la chanteuse. "Je n’ai jamais voulu les rencontres en tant que telles. Elles se sont imposĂ©es. C’est une histoire de sensibilitĂ©s musicales et humaines. Je souhaitais travailler avec un harmoniciste. J’ai pensĂ© Ă  Olivier Ker Ourio qui avait collaborĂ© avec Jacques Pellen. Quand il a fallu suggĂ©rer un guitariste, Olivier m’a parlĂ© de Pierrick. Quant Ă  Bijan, c’est nous trois qui avions envie. Je connais Djamchid, son pĂšre et Keyvan, son frĂšre. Pierrick le connaissait lui directement. C’est aussi simple que ça."

Au fil des plages de RoudennoĂč (les empreintes, les traces), Annie Ebrel tisse d’étonnants dialogues, trilogues ou quadrilogues avec ses musiciens. "D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, le schĂ©ma de construction est toujours un peu le mĂȘme. J’arrive avec des titres que Pierrick arrange. Ensuite, chacun apporte sa touche, sa patte, selon qu’il s’agit d’un duo, d’un trio ou d’un quartet. Bien sĂ»r, les lignes d’arrangements sont Ă©crites, mais rien n’est figĂ©. Bien au contraire. Ce sont tous d’excellents improvisateurs, il serait dommage de brider leur inventivitĂ©. Nous avons eu plusieurs pĂ©riodes de rĂ©sidences, ce qui a permis de garder cet esprit "work in progress". Aujourd’hui encore, d’un concert Ă  l’autre, ça continue d’évoluer, de rebondir. C’est aussi l’intĂ©rĂȘt de la dĂ©marche. LibertĂ© et respect !"



 Ecoutez un extrait de GerioĂč Sabenn
Annie Ebrel Quartet RoudennoĂč (Coop Breizh) 2008

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