Paris
25/04/2008 -

RFI Musique : Pourquoi ce titre, Bungalow ! ?
Albin de la Simone : Parce que j’ai écrit ces chansons dans un bungalow à Bali ! Je suis parti un mois tout seul, au calme. 80% de l’album a été fait là-bas puis a ensuite été affiné en France.
Vous avez une manière toujours décalée d’aborder les thèmes de vos chansons.
Une chose m’intéresse si on la regarde différemment. Vous n’avez pas besoin de moi pour regarder cette chaise, telle qu’elle est là [Il montre le mobilier, ndlr], par contre, je peux vous expliquer que cette chaise est chouette si on la regarde par en dessous. Dès mon premier album, il y avait une chanson qui s’appelait Ton pommier et qui parlait d’un suicide par pendaison, en décrivant l’arbre comme le coupable. C’était déjà le même angle d’attaque. Disons qu’il me faut une raison pour me sentir légitime à écrire des textes. Le thème peut être archi classique mais le regard n’est que le mien. Si mon regard ne correspond pas déjà à 18 000 chansons entendues, alors je m’autorise à le faire.
Vos textes sont très soignés, avec des jeux de mots et beaucoup de détournements d’expressions françaises.
Je lis peu mais j’aime bien écrire et, plus ça va, plus c’est le cas. Ça me plaît, ça m’amuse, ce sont des petites équations. C’est laborieux mais c’est un exercice que j’aime bien et que je découvre depuis l’âge de 28 ans. Je n’avais jamais vraiment écrit avant. C’est ce goût pour l’écriture qui fait que je suis devenu chanteur. La musique, j’en fais constamment, j’en ai toujours fait et j’en ferai toujours, c’est beaucoup plus instinctif et naturel.
On perçoit plus de dérision dans cet album que dans le précédent.
Oui, je vais plus vers le léger. J’ai vraiment eu envie de dépasser une étape instinctive qui est de plonger dans le drame, un reste de mon adolescence "corbeau". Mais je ne suis pas du tout déprimé donc il n’y a aucune raison que j’écrive des chansons déprimées. Surtout que j’ai déjà fait deux albums comme ça ! Maintenant, tout est tiré vers le plaisir. Et finalement, c’est un gros travail de trouver la simplicité et la spontanéité. C’est un long chemin qui commence.
A travers vos textes, on vous devine rigolo… Mais en toute discrétion !
C’est bizarre, j’ai l’impression d’être bavard, extraverti et assez débile mais souvent on me voit comme quelqu’un de discret. Je n’arrive pas à le croire ! De même, quand j’enregistre mes chansons, je me sens hyper théâtral. Et quand j’écoute, finalement, c’est assez neutre ! Il y a sans doute un décalage. Moi, j’ai l’impression d’en faire des tonnes !
Ça vous vexe si on avoue vous trouver meilleur auteur-compositeur que chanteur ?
Non, ça ne me vexe pas. Et je suis meilleur chanteur qu’avant. Je le sens sur scène. Je commence à jouir en chantant [Il rit de son expression, ndlr]. Enfin, c’est une image ! Entre mes concerts d’il y a deux ans et ceux de cette tournée, j’ai une perception très différente. J’ai enfin plus de plaisir à chanter qu’à jouer du clavier. Avant, je n’étais pas à l’aise et donc je le vivais mal. Maintenant, je suis en chemin. En quête de l’interprète que je suis…

Avec ces sons très hauts perchés, ça ressemble presque à des chœurs de musique indienne ou asiatique…
C’est un pur hasard ou le travail de mon inconscient ! Parce que des chœurs haut perchés, il y en a dans la musique malienne et, à la limite, j’ai plus l’impression que c’est celle-là qui remonte à la surface. Dix ans après avoir accompagné Salif Keita, j’ai des phrases de kora qui me reviennent tout le temps dans la tête. C’est très très lointain quand même parce que je ne fais pas du tout de la musique africaine. Celle de Bali, si elle débarque dans mes chansons, ce sera dans dix ans, le temps que je la digère.
Vous avez commencé par jouer du jazz, vous avez envie d’y retourner?
Pour moi, l’idée était de trouver le vecteur pour exprimer ce que j’avais en moi. Pendant longtemps, j’ai cru que c’était le jazz qui était la forme la plus libre pour développer qui j’étais. Mais je me heurtais constamment à des murs parce que je n’étais pas à la bonne place. Du coup, je ne devais pas être très bon. C’était très douloureux tout le temps. Et un jour, j’ai entendu l’album Les créatures, de Katerine, un disque très décomplexé, libre et sauvage. Il était accompagné par Benoît Delbecq qui est un pianiste de jazz que j’adore. Il avait tout ce qui m’intéressait. J’ai compris qu’il y avait sans doute une forme musicale qui me conviendrait mieux. Je ne pense pas rejouer, un jour, du jazz en tant que tel. Mais par contre, l’improvisation, je suis sûr que ça reviendra.
Ludovic Basque
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