ParisÂ
23/05/2008 -Â

Georges Moustaki : Ce nâest pas incompatible ! Solitaire, câest avant tout le titre dâune chanson, dâune chanson qui donne son nom Ă lâalbum. Quand on est solitaire, on est ouvert au monde. Jâaime bien ce paradoxe. Solitaire, câest aussi le nom dâun diamant. Câest un peu prĂ©tentieux, mais jâespĂšre que cet album est beau et pur comme un diamant.
Fait marquant de cet album cinq duos (deux avec China Forbes, un avec Vincent Delerm, un avec Stacey Kent, un avec Cali). Une trentaine dâannĂ©es vous "sĂ©parent" de ces chanteuses et chanteursâŠ
Chacun de ces duos est le fruit dâune motivation particuliĂšre. Ce nâest pas un tir groupĂ© sur une gĂ©nĂ©ration. Vincent Delerm, avec qui je chante Une Fille Ă bicyclette, est un ami rĂ©cent. Nous avions envie de nous retrouver pour composer une chanson ensemble. Une Ă©vidence, en fait. Avec Cali, câest autre chose, nous partageons beaucoup dâidĂ©es sur le monde dans lequel nous vivons, sur lâĂ©volution de notre pays et dâengagements aussi. Lui est plus fougueux et moi, plus calme. Nous avons chacun fait un pas lâun vers lâautre et lâon sâest retrouvĂ© autour de Sans la nommer, une chanson qui nous va bien. Stacey Kent est une AmĂ©ricaine passionnĂ©e de musique brĂ©silienne. Il se trouve que jâavais sous la main une chanson de Chico Buarque que je venais de finir dâadapter en français. Lâoccasion Ă©tait belle. Câest une chanson de rupture ; ça rend le propos plus humain, plus doux et plus serein.
Et China Forbes avec qui vous interprétez deux reprises : Ma Solitude et Donne du Rhum à ton Homme ?
China est la chanteuse de Pink Martini que jâavais dĂ©couverte comme tout le monde avec le succĂšs Je ne veux pas travailler. Il se trouve que Ma Solitude que nous chantons est la chanson prĂ©fĂ©rĂ©e de sa mĂšre. Que ne ferions-nous pas pour faire plaisir Ă une mĂšre ? Quant Ă Donne du rhum Ă ton homme, câest une chanson que jâai Ă©crite avant mĂȘme Ma Solitude et que je nâavais jamais encore enregistrĂ©e en studio.

Je cherchais un arrangeur. Jâai longtemps travaillĂ© avec Hubert Rostaing, mon frĂšre aĂźnĂ© pour ainsi dire, jâavais envie de retrouver la mĂȘme lĂ©gĂšretĂ© dans le travail, la mĂȘme fluiditĂ© dans la collaboration. Avec Vincent, on se connaĂźt depuis deux ans, câest un voisin et un ami. On est trĂšs proche, tant artistiquement que gĂ©ographiquement. CâĂ©tait simple. On travaillait chez lui, chez moi. On est trĂšs complĂ©mentaire. Jâai dans un premier temps, posĂ© sur des maquettes rudimentaires les Ă©lĂ©ments auxquels je tenais et lui ensuite, les a affinĂ©s, sans jamais les dĂ©tourner. Il a su en garder la facture initiale, tout en lui donnant une dimension quâelle nâavait pas. Tout le monde a apprĂ©ciĂ© son travail. Pourtant ce nâest jamais gagnĂ© dâavance, surtout quand on mĂ©lange amitiĂ© et travail.
Les musiciens du disque sont vos musiciens du moment ?
Oui, ça aussi câest une idĂ©e de Vincent qui, plutĂŽt que de convoquer des musiciens de studio, a souhaitĂ© quâon travaille avec lâĂ©quipe qui mâaccompagne habituellement (Toninho Do Carmo aux guitares, Luiz Augusto Cavani Ă la batterie et Francis Jauvain Ă l'accordĂ©on), afin de soigner lâhomogĂ©nĂ©itĂ© et la cohĂ©rence du son. Quelques musiciens additionnels comme l'accordĂ©oniste Marcel Azzola, le trompettiste Ibrahim Maalouf, le flĂ»tiste Malik Mezzadri (Magic Malik), la contrebassiste Sarah Murcia et dâautres sont passĂ©s au studio. En fait, les choix dĂ©cisifs concernant Solitaire se sont fait dans un esprit collĂ©gial de maniĂšre informelle. Câest cet esprit qui surnage je crois, Ă lâĂ©coute.
Qui est la voix féminine qui vous accompagne sur La Jeune Fille ?
Câest Sarah Murcia qui chante. Câest un oubli sur le livret qui accompagne le CD, un oubli qui sera corrigĂ© sur la prochaine Ă©dition.

Vous reprenez Sans la nommer, ou chantez MĂ©lanie faisait lâamour. Que vous inspirent les 40 ans de mai 68 ?
Mai 68 est venu Ă ma rencontre, alors que jâĂ©tais dĂ©jĂ dispo confirmant les idĂ©es que jâĂ©tais en train de vivre Ă lâĂ©poque, en mĂȘlant dans le mĂȘme jus, esprits libertaire et libertin. 40 ans aprĂšs, je pense naturellement avec tendresse Ă cette Ă©poque. Avec tendresse et un poil dâĂ©nervement Ă lâendroit des personnes qui comme Cohn-Bendit, en ont fait leurs fonds de commerce. Jâai juste envie dâessayer de prĂ©server la puretĂ© de ce moment.
Cet album est dĂ©diĂ© Ă Henri SalvadorâŠ
Je le connais depuis 54 ans. On avait prévu de faire un album ensemble. Il est parti avant, sans prévenir.
Squaaly
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