Paris
03/06/2008 -

RFI Musique : Vous venez de signer votre premier album sous votre nom, intitulé Fala qui signifie "orphelins". D’où vient cet intérêt particulier pour les enfants sans parents ?
Tom Diakité : Je suis issu d’une grande famille et j’ai eu la chance de grandir entouré de nombreux gamins, puisque nous sommes une vingtaine de mômes nés de même père ! Donc, je ne peux pas être insensible à la cause des enfants. En particulier ceux des rues, livrés à eux-mêmes, que ce soit en Afrique, ou ailleurs. Si on prend l’exemple de notre continent, la population est majoritairement très jeune. Par conséquent, j’ai senti le besoin d’envoyer un message à toutes les bonnes volontés et à tous ceux qui veulent m’entendre, afin d’éradiquer ce fléau. Les orphelins, comme les autres enfants, ont droit à une éducation même s’ils ont été abandonnés. Je pense qu’il faut donner une chance à toute la jeunesse. Car bien éduquée, elle aura un avenir meilleur.
Globalement, vous écrivez des chansons qui font enseignement. Quels sont les autres sujets que vous abordez dans vos textes en bambara ?
Je parle de pas mal de thèmes qui touchent le quotidien des gens. Il y a une chanson titrée Mali que je dédie au peuple malien en dénonçant ce qu’il subit. Par exemple, le problème du pouvoir d’achat chez nous et le coût des produits manufacturés, qui deviennent difficilement supportables. A Bamako, le secteur du bâtiment est en pleine essor et le prix du sac de ciment a explosé ! Il est passé à plus de 7500 Francs CFA, alors qu’en Côte-d’Ivoire ou au Sénégal, l’unité attend à peine 5000 francs CFA. Tout cela, à cause des taxes douanières, puisque nous sommes obligés d’importer les sacs de ciment des pays voisins, depuis que nous n’avons plus de cimenterie au Mali. Sur ce même titre, je parle également de la pollution à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés à Bamako. Franchement, cela devient infernal ! Dans Kiramando, une autre chanson, je rappelle d’ailleurs que nous devons respecter l’environnement car c’est Dieu qui a fait la nature. A l’heure actuelle, nous sommes tous responsables des catastrophes naturelles que nous connaissons !
Musicalement, vous proposez un alliage entre les instruments traditionnels mandingues, comme le donzo n’goni, petit luth des chasseurs bambara, et les guitares électriques au groove pop. Pour vous, c’est une manière de proposer un nouveau son pour le Mali ?
Avec à mes grands frères -de redoutables chasseurs-, j’ai approché tout jeune le donzo n’goni à l’occasion des fêtes de village. Je joue également de la kora, que j’ai appris seulement à la fin des années 1990 aux cotés d’Ousmane Kouyaté, ce grand guitariste malien grâce à qui je suis venu m’installer en France. Bien que je m’appuie sur cette base instrumentale ancestrale, je ne joue pas dans un registre authentique, comme on peut l’entendre au Mali. Et puis, j’ai accompagné beaucoup d’artistes de différentes cultures et d’univers variés. Mise à part mes collaborations avec Salif Keita, les Gypsy Kings et Johnny Hallyday, ou encore mon aventure dans le domaine théâtral avec Sotigui Kouyaté et le metteur en scène Peter Brook, il y a eu la belle histoire avec le trio Tama. Une rencontre qui a donné naissance à deux albums sortis sur le label Real World de Peter Gabriel. Avec ce groupe, j’ai côtoyé Djanuno Dabo, le percussionniste bissau-guinéen et Sam Mills, le guitariste anglais marié avec Susheela Rahman. Toutes ces expériences m’ont enrichi, car elles m’ont permis de trouver les voies de la complémentarité. L’échange est toujours positif. Pour réaliser cet album, j’ai fais appel à l’excellent guitariste français Yves Mesnil qui l’a coproduit. Et j’avoue que je suis assez fier du résultat. C’est un disque d’empreinte mandingue, mais d’aujourd’hui.

Daniel Lieuze
11/07/2006 -
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