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Papa Wemba, le parrain

Le chanteur congolais mise sur la jeunesse


Paris 

24/06/2008 - 

Conscient d’ĂȘtre depuis plusieurs dĂ©cennies l’un des leaders de la scĂšne musicale congolaise, Papa Wemba a voulu partager son expĂ©rience avec une quinzaine de jeunes chanteurs de son pays qu’il a mis au premier rang sur son album Kaka Yo qui vient de sortir.



Son nom figure bien en toutes lettres sur la pochette de Kaka Yo, mais Papa Wemba tient d’emblĂ©e Ă  apporter une prĂ©cision liminaire : "Ce n’est pas vraiment un album que j’ai fait pour moi. C’est un concept que j’ai montĂ©, il y a un an et demi : j’ai regroupĂ© des jeunes qui ont pour la plupart entre dix-neuf et vingt-cinq ans, et c’est avec eux que nous avons enregistrĂ© ce disque dans lequel je ne fais que quelques des petits clins d’Ɠil."

A travers cette "Wemba Academy", le chanteur congolais a trouvĂ© le moyen Ă  la fois de rajeunir sa formation Viva la Musica, formĂ©e en 1977, mais aussi d’assumer ce rĂŽle "de chef, de patriarche" Ă  l’égard d’une gĂ©nĂ©ration "qui dit ĂȘtre perdue et rĂ©clame des repĂšres". Sur les cinquante candidats qui se sont prĂ©sentĂ©s pour participer Ă  l’aventure, il n’en a retenus que quinze.

EncadrĂ©es par les vĂ©tĂ©rans du groupe, Archange, Cleaver, EchapĂ©e et les autres recrues des "Bana malongi" ont Ă©tĂ© les Ă©lĂšves privilĂ©giĂ©s d’un professeur Wemba qui a surtout cherchĂ© Ă  leur transmettre l’essentiel de ses connaissances musicales et Ă  leur donner quelques clĂ©s utiles dans ce mĂ©tier : "Il faut prendre du plaisir en travaillant son art. Et avoir un objectif. Sinon, tu ne sais pas oĂč tu vas." Quelques-uns iront peut-ĂȘtre trĂšs loin, mais il sait que la route est encore longue pour eux.

En 1976, alors qu’il venait de quitter ses complices de ZaĂŻko Langa Langa, il avait dĂ©jĂ  prodiguĂ© de nombreux conseils Ă  un Ă©tudiant qui l’admirait et venait souvent l’écouter. L’artiste s’était liĂ© d’amitiĂ© avec ce fan Ă©pris de musique, l’avait encouragĂ© Ă  Ă©crire, l’aidait Ă  trouver des mĂ©lodies. "Il chantait mal, au dĂ©but", se souvient-il. PersĂ©vĂ©rer, encore et toujours, voilĂ  ce que rĂ©pĂ©tait le chanteur au jeune homme devenu depuis l’une des stars de la musique congolaise sous le nom de Koffi Olomide.

Nouvelle génération


Le monde de la musique a connu de profondes mutations entre temps. A Kinshasa, comme ailleurs. "La gĂ©nĂ©ration d’aujourd’hui arrive Ă  un moment oĂč tout est en place : il y a un semblant de structure et des moyens de communication avec les tĂ©lĂ©visions, les radios
 Ce n’était pas vraiment le cas Ă  mon Ă©poque", remarque Papa Wemba.

La crise du disque a Ă©galement changĂ© la donne : "L’artiste ne se nourrit plus de son art Ă  cause de la piraterie et nous devons compenser cela par des dĂ©dicaces. En rĂ©alitĂ©, c’est une vieille pratique qui ne se monnayait pas : on pouvait glorifier une personne, lui raconter son histoire, celle de ses parents ou de ses grands-parents. Un peu comme un griot." Le phĂ©nomĂšne s’est tant dĂ©veloppĂ© qu’il finit par encombrer les chansons. Les noms de personnes, anonymes ou officiels, se succĂšdent Ă  un rythme soutenu. Certes, ils sont placĂ©s en marge des couplets et refrains mais leur nombre impressionnant dĂ©tourne en partie l’attention de l’auditeur.

Kaka Yo ne fait pas exception Ă  la rĂšgle, mĂȘme si Papa Wemba assure que le "message" qu’il veut vĂ©hiculer dans ses paroles reste audible au milieu de cette cascade de dĂ©dicaces. Pas question, pour le Roi de la Sape (SociĂ©tĂ© des ambianceurs et personnes Ă©lĂ©gantes) de ne plus ĂȘtre en phase avec son temps ! Y compris sur le plan musical. "Quand j’ai dĂ©marrĂ© ma carriĂšre, il fallait faire du live en studio. Aujourd’hui, les programmations ont pris de plus en plus de place. J’essaie de m’aligner sur la technique. C’est la mode, je ne peux pas l’ignorer."

Retour Ă  la rumba


Le sentiment de nostalgie que ceux de sa gĂ©nĂ©ration sont nombreux Ă  Ă©prouver ne lui est toutefois pas totalement Ă©tranger. Sur l’album Kaka Yo, la chanson Belle Inconnue et le clip qui l’accompagne plongent au cƓur de cette ambiance piano-bar des annĂ©es 1950. En 2006, il avait utilisĂ© la mĂȘme formule pour enregistrer un album live dans la salle parisienne du New Morning. L’idĂ©e lui Ă©tait venue peu de temps aprĂšs avoir passĂ© plus de trois mois dans une prison française, en 2003, condamnĂ© pour "aide au sĂ©jour irrĂ©gulier d’étrangers".

Le retour Ă  une rumba authentique que prĂŽnent certains de ses compatriotes est “à la fois un jeu de ping pong et de boomerang", analyse-t-il, lucide. "Dans tout ce qu’on fait maintenant, il n’y a pas de nouveautĂ©" poursuit celui qui a contribuĂ© Ă  plusieurs reprises Ă  transformer la musique de son pays, notamment en supprimant les cuivres avec ZaĂŻko Langa Langa. Dans le style acoustique, il avoue avoir trouvĂ© un terrain qui lui plaĂźt particuliĂšrement parce qu’il lui permet de poser sa voix comme il aime le faire. "A mon Ăąge, commente Papa Wemba, je crois que je dois faire attention Ă  tout ce que je fais." La sagesse d’un chanteur presque sexagĂ©naire.



 Ecoutez un extrait de De Castro
Papa Wemba Kaka Yo (Wagram) 2008

Bertrand  Lavaine