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De Tadoussac Ă  Saint-Malo

Transat en chansons


27/08/2008 -  Saint-Malo - 

Du 21 au 23 aoĂ»t, l’Office franco-quĂ©bĂ©cois pour la jeunesse (OFQJ) a organisĂ©, en partenariat avec la ville bretonne de Saint-Malo et le festival de la chanson de Tadoussac, la deuxiĂšme Ă©dition du festival De Tadoussac Ă  Saint-Malo. L’occasion de dĂ©couvrir quatre jeunes talents charismatiques de la chanson francophone au QuĂ©bec : PhilĂ©mon chante, Bruno Marcil, GaĂ«le et JipĂ© DalpĂ©. Quatre univers, quatre couleurs, qui incarnent la relĂšve d’une scĂšne prolixe.

Les accents de la Belle Province roulent dans les galettes bretonnes, se noient dans les embruns, s’emmĂȘlent aux cidres savoureux, aux mouettes crieuses et au sel des caramels.

Cinq jours durant, une colonie de QuĂ©bĂ©cois a investi ce joyau portuaire, Ă  flanc de mer, propice aux dĂ©rives voyageuses : la ville fortifiĂ©e de Saint-Malo, au Nord-Ouest de la France.

Fort d’une amitiĂ© solide tissĂ©e depuis vingt ans avec la citĂ© bretonne, le dynamique Office franco-quĂ©bĂ©cois pour la jeunesse (OFQJ) prĂ©sente, en partenariat avec le Festival de la chanson de Tadoussac et la commune malouine, la deuxiĂšme Ă©dition de l’évĂ©nement De Tadoussac Ă  Saint-Malo. Quatre jeunes auteurs-compositeurs bĂ©nĂ©ficient dans l’enceinte maritime d’une mini-rĂ©sidence, une relecture de leurs Ɠuvres par deux directeurs artistiques – le Malouin Dominique Le Bozec et le QuĂ©bĂ©cois Pierre Verville – ponctuĂ©e de trois concerts au Théùtre Chateaubriand.

Le rideau s’ouvre sur la coquette salle rouge, avec PhilĂ©mon chante ; un phĂ©nomĂšne. A l’étrange sonoritĂ© de son prĂ©nom, rĂ©pond une silhouette gracile et Ă©lĂ©gante, un air particulier de dandy anachronique. Un regard doux, traversĂ© d’inquiĂ©tudes fugaces, s’accorde aux modulations d’une voix fragile, aiguĂ«, mais dĂ©terminĂ©e. PhilĂ©mon chante l’amour. Celui pour sa grand-mĂšre ou un ami, celui pour ses "blondes" (ses petites amies, ndlr), prĂ©sentes et passĂ©es, que l’on se surprend Ă  envier : des textes sensibles, romantiques, servis par une musique intimiste, oĂč vibre une rage sourde, quand les pieds battent la mesure. Les chansons de PhilĂ©mon, le cƓur ouvert et les mains libres, caressent ou Ă©gratignent, remuent l’adolescence dĂ©laissĂ©e, affirment leurs hĂ©sitations, et un jeu de guitare insolite. A vingt-cinq ans, il prend des risques, et se livre : une sincĂšre singularitĂ©, qui ne demande qu’à rayonner.

Chanson-thérapie

Une version "face", Ă  l’opposĂ© du mĂȘme feeling : le copain, le grand frĂšre Bruno Marcil prend le relais. Une voix grondante et chaleureuse, qui s’essaye sans succĂšs (!) Ă  l’accent provençal, un timbre Ă  la Johnny Cash ou Ă  la Paolo Conte, le distinguent. Une stature imposante de papa ours tient avec dĂ©licatesse une guitare presque dĂ©risoire, l’effleure avec tendresse et fait valser ces petits riens qui content le monde – une goutte, une seconde. Ce comĂ©dien professionnel effeuille la carapace pour ne garder que la substance : un art rocailleux, brut, profond, ensoleillĂ©, qui vise l’essentiel. Une chanson-thĂ©rapie, pour petits bobos et gros chagrins. 

GaĂ«le et JipĂ©, en couple "Ă  la ville comme Ă  la scĂšne", se partagent le plateau du lendemain. Une tornade aux grands yeux verts lutin, rehaussĂ©s d’une frange noire investit la scĂšne. Comme une boule de flipper, la Française, QuĂ©bĂ©coise d’adoption, couette qui saute et part en vrille, construit son cabaret : un paysage bigarrĂ©, patchwork d’historiettes disjonctĂ©es. Entre les bras de la chanteuse, l’accordĂ©on dĂ©ploie parfois son doux murmure. La mutante mutine dĂ©montre alors l’étonnante virtuositĂ© de sa voix, la gamme d’une Ă©motion Ă©tendue, qui tisse sa sĂ©rĂ©nitĂ© Ă  l’aune d’une extrĂȘme sensibilitĂ©. Une artiste originale, Ă  l’aise, et sans concession, aux textes finement ciselĂ©s. A suivre.

Bruno Marcil et Philémon sur les remparts de Saint-Malo

Autre atout de la piquante brunette : la complicitĂ© de son "chum" JipĂ© DalpĂ©, qui Ă©veille le public malouin de sa pop-fiction Ă©lectrisante. Un univers rock, mais sacrĂ©ment organique, un art de matiĂšre, gĂ©nĂ©reux et savamment modelĂ©, qui oscille en funambule sur la corde raide comme sur la sensible. DĂ©collage immĂ©diat pour des contrĂ©es inexplorĂ©es, courts-mĂ©trages un peu psychĂ©s, qui naviguent entre son anglophone et textes oniriques. Un beau voyage Ă  dĂ©couvrir sur son album Ă  paraĂźtre.

Les quatre artistes se retrouvent enfin le dernier soir, pour un final Ă  la hauteur de leur Ă©tonnant talent, accompagnĂ©s notamment de Denis Ferland Ă  la guitare et Sylvain Delisle Ă  la basse, deux musiciens Ă©mĂ©rites. La relĂšve de la chanson francophone reprĂ©sente : quatre couleurs, quatre personnalitĂ©s gĂ©nĂ©reuses et flamboyantes, qui ont Ă©gayĂ© la citĂ© malouine et ses repaires de brigands de leur prĂ©sence. Le petit festival, grand par la convivialitĂ©, se clĂŽt par un show de Fabiola Toupin, diva lyrique et romanesque, qui incarne les poĂštes de son pays.

Pour nous aussi, le pĂ©riple s’achĂšve, le sourire aux lĂšvres. De Tadoussac Ă  Saint-Malo, nous nous sommes rĂȘvĂ©s au bord d’un fleuve grand comme la mer, puis avons entendu, par-delĂ  les remparts, l’appel du chant des baleines.

Bruno Marcil Pas dormir (L’Usine Brune) 2007
GaĂ«le Cockpit (De l’onde) 2007
JipĂ© DalpĂ© Les prĂ©liminaires (SphĂšre) A paraĂźtre le 9 septembre 2008

Anne-Laure Lemancel