ParisÂ
05/09/2008 -Â
AprĂšs la nourriture et les fous, Thomas Fersen se penche sur un nouveau thĂšme pour son septiĂšme album : la valise ! En sâinspirant de cet objet usuel, quasi anodin, le chanteur nous trace une saga de grandes chansons, Ă la fois drĂŽles, dĂ©calĂ©es et Ă©mouvantes. RĂ©alisĂ© de bric et de broc Ă lâaide de ukulĂ©lĂ© et de pedal steel, Trois petits tours propose une folk Ă©bouriffante aux accents reggae, country ou polynĂ©sien. La boĂźte Ă malice de Fersen nâen finit pas de sĂ©duire.

Ăa vient de qui cette orchestration trĂšs atypique de lâalbum, de vous ou de lui?
Câest Fred Fortin, complĂštement. Je lui ai amenĂ© mes chansons au ukulĂ©lĂ©, trĂšs simples, trĂšs dĂ©pouillĂ©es. Il avait carte blanche pour les arrangements. Quand on le voit lui et son Ă©quipe au travail, câest un spectacle permanent. Ils sont tout le temps en train de chercher quelque chose dâamusant Ă faire. On dit toujours ça sur les albums studio, ça ressemble Ă un poncif mais ils font des trucs Ă©tonnants, comme mettre une couverture sur une batterie, scotcher un piano ou jouer avec un sac de chaussures de ski rempli de balles ... Et jouer en place avec un sac, ce nâest pas Ă©vident !

Plus les albums passent et plus vos pochettes deviennent décalées.
Câest vrai, il y a une surenchĂšre avec Jean-Baptiste Mondino (le photographe, ndlr). Pour que le plaisir soit renouvelĂ©, il faut mettre plus de moutarde sinon la langue sâhabitue ! Il mâavait dit Ă une Ă©poque quâil me verrait bien avec une robe. LĂ , je le lui ai rappelĂ©. Parce que me dĂ©guiser, jâai toujours aimĂ© ça. Ma mĂšre me cousait des dĂ©guisements quand jâĂ©tais enfant. Elle a peut ĂȘtre Ă©veillĂ© ce goĂ»t lĂ . Et puis, avec la fumĂ©e, les serpentins et les ballons, il y a aussi un cĂŽtĂ© prestidigitateur. A la limite, on pourrait imaginer un lapin Ă lâintĂ©rieur du chapeau haut-de-forme. Ce cĂŽtĂ© magicien, le type qui vient faire son petit numĂ©ro dâillusions avec ses artifices et qui disparaĂźt, câest ça aussi Trois petits tours.
Sur cette pochette, on voit aussi une valise, câest celle qui sâappelle Germaine ?
Non, celle quâon voit appartenait Ă une grande tante qui nâest plus de ce monde depuis trĂšs longtemps mais qui a en partie Ă©levĂ© mon papa. Donc ça me faisait plaisir que cet objet apparaisse sur une pochette de disque. Câest encore une fois une façon de raconter le folklore familial. Mais Germaine, câest une autre valise que mon pĂšre a sortie dâun placard quand jâai commencĂ© Ă tourner en 1993. Jâavais besoin dâun rangement pour mettre mon costume. Lui qui travaillait dans une banque avait ce genre de valise de fonctionnaire. Je lâai transportĂ©e partout. Elle a acquis une personnalitĂ© avec le temps. Germaine, câest la premiĂšre chanson que jâai Ă©crite et en lâĂ©crivant, dâautres idĂ©es sont venues, puis dâautres. Ce nâĂ©tait plus une chanson, câĂ©tait plusieurs. Il fallait les sĂ©parer, les ranger selon leur ton et finalement, elles ont constituĂ© les deux tiers du disque. Câest souvent comme ça chez moi. Il y a un thĂšme qui sâest imposĂ© pendant deux ans et qui est devenu central. Pour Le Pavillon des fous, câĂ©tait les fous, pour PiĂšce montĂ©e des grands jours, câĂ©tait la nourriture. Câest de plus en plus comme ça. A travers la valise, je raconte plein de choses : mon fĂ©tichisme, la vie solitaire, le contact avec le douanierâŠ
Ăa a lâair dâĂȘtre un traumatisme pour vous le passage des douanes ?
Câest quand mĂȘme un moment de dĂ©shumanisation assez fort. Câest violent. On nâest pas bien, on sert un peu les fesses. Quand ma valise passe le portique et quâon voit Ă travers quâil y a un instrument de musique. Elle est systĂ©matiquement ouverte et il faut que jâexplique ce que câest. Ce nâest pas mĂ©chant non plus mais câest pour ça que jâai Ă©crit cette chanson UkulĂ©lĂ©. Je raconte des voyages, mais vus de lâintĂ©rieur. Je ne parle ni des paysages ni des destinations. Câest aussi une façon de parler de soi.

Elle a fini comment Germaine, explosée comme dans la chanson ?
Elle nâa pas terminĂ© avec autant de panache ! La fermeture Eclair a cassĂ© lâannĂ©e derniĂšre. Cette chanson va ĂȘtre une Ă©pitaphe. Elle a fini son voyage. Je lâai gardĂ©e mais elle ne ressemble plus Ă rien. Elle fait mĂȘme un peu honte maintenant. Comme quoi, elle a une personnalitĂ© !
Dans Maharajah, un recueil du dessinateur Joann Sfar, vous dĂ©crivez votre mĂ©tier comme : rester couchĂ© toute la journĂ©e Ă lire des bouquins et parfois Ă©crire quelques chansons. Ăa donne envie !
Mon mĂ©tier dâinterprĂšte me sort de mon plumard et mâoblige Ă aller me confronter au monde, mais la vie dâauteur-compositeur, câest celle dâun reclus. Ce nâest pas dĂ©sagrĂ©able mais dangereux car, en sâisolant du monde, on ne sait plus Ă©crire de chansons. Câest pour ça que le mĂ©tier dâinterprĂšte, mĂȘme sâil me prend tout mon temps, me fruste suffisamment pour me donner envie de faire de nouvelles chansons. Ăa me pousse Ă raconter autre chose. Tout ça est inconfortable mais câest comme cela que ça se fait.
Ludovic Basque
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