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Le nouveau tour de Thomas Fersen

Une ode aux valises !


Paris 

05/09/2008 - 

AprĂšs la nourriture et les fous, Thomas Fersen se penche sur un nouveau thĂšme pour son septiĂšme album : la valise ! En s’inspirant de cet objet usuel, quasi anodin, le chanteur nous trace une saga de grandes chansons, Ă  la fois drĂŽles, dĂ©calĂ©es et Ă©mouvantes. RĂ©alisĂ© de bric et de broc Ă  l’aide de ukulĂ©lĂ© et de pedal steel, Trois petits tours propose une folk Ă©bouriffante aux accents reggae, country ou polynĂ©sien. La boĂźte Ă  malice de Fersen n’en finit pas de sĂ©duire.




RFI Musique : Comment avez-vous connu Fred Fortin, le multi-instrumentiste quĂ©bĂ©cois qui a rĂ©alisĂ© Trois petits tours ?
Thomas Fersen : Je l’ai dĂ©couvert sur ses premiers albums personnels qui sont trĂšs folk. DĂšs qu’on me les a fait Ă©couter, j’ai reconnu quelqu’un de ma famille musicale. Ça ne m’est pas arrivĂ© souvent ! Je l’ai rencontrĂ© lorsqu’il est venu jouer en France au printemps 2007 avec le groupe Galaxie. Puis je l’ai revu au mois d’aoĂ»t, je lui ai alors demandĂ© s’il voulait bien faire les arrangements et la rĂ©alisation de mon disque, dans l’esprit de ses premiers enregistrements.

Ça vient de qui cette orchestration trùs atypique de l’album, de vous ou de lui?
C’est Fred Fortin, complĂštement. Je lui ai amenĂ© mes chansons au ukulĂ©lĂ©, trĂšs simples, trĂšs dĂ©pouillĂ©es. Il avait carte blanche pour les arrangements. Quand on le voit lui et son Ă©quipe au travail, c’est un spectacle permanent. Ils sont tout le temps en train de chercher quelque chose d’amusant Ă  faire. On dit toujours ça sur les albums studio, ça ressemble Ă  un poncif mais ils font des trucs Ă©tonnants, comme mettre une couverture sur une batterie, scotcher un piano ou jouer avec un sac de chaussures de ski rempli de balles ... Et jouer en place avec un sac, ce n’est pas Ă©vident !

Plus les albums passent et plus vos pochettes deviennent décalées.
C’est vrai, il y a une surenchĂšre avec Jean-Baptiste Mondino (le photographe, ndlr). Pour que le plaisir soit renouvelĂ©, il faut mettre plus de moutarde sinon la langue s’habitue ! Il m’avait dit Ă  une Ă©poque qu’il me verrait bien avec une robe. LĂ , je le lui ai rappelĂ©. Parce que me dĂ©guiser, j’ai toujours aimĂ© ça. Ma mĂšre me cousait des dĂ©guisements quand j’étais enfant. Elle a peut ĂȘtre Ă©veillĂ© ce goĂ»t lĂ . Et puis, avec la fumĂ©e, les serpentins et les ballons, il y a aussi un cĂŽtĂ© prestidigitateur. A la limite, on pourrait imaginer un lapin Ă  l’intĂ©rieur du chapeau haut-de-forme. Ce cĂŽtĂ© magicien, le type qui vient faire son petit numĂ©ro d’illusions avec ses artifices et qui disparaĂźt, c’est ça aussi Trois petits tours.

Sur cette pochette, on voit aussi une valise, c’est celle qui s’appelle Germaine ?
Non, celle qu’on voit appartenait Ă  une grande tante qui n’est plus de ce monde depuis trĂšs longtemps mais qui a en partie Ă©levĂ© mon papa. Donc ça me faisait plaisir que cet objet apparaisse sur une pochette de disque. C’est encore une fois une façon de raconter le folklore familial. Mais Germaine, c’est une autre valise que mon pĂšre a sortie d’un placard quand j’ai commencĂ© Ă  tourner en 1993. J’avais besoin d’un rangement pour mettre mon costume. Lui qui travaillait dans une banque avait ce genre de valise de fonctionnaire. Je l’ai transportĂ©e partout. Elle a acquis une personnalitĂ© avec le temps. Germaine, c’est la premiĂšre chanson que j’ai Ă©crite et en l’écrivant, d’autres idĂ©es sont venues, puis d’autres. Ce n’était plus une chanson, c’était plusieurs. Il fallait les sĂ©parer, les ranger selon leur ton et finalement, elles ont constituĂ© les deux tiers du disque. C’est souvent comme ça chez moi. Il y a un thĂšme qui s’est imposĂ© pendant deux ans et qui est devenu central. Pour Le Pavillon des fous, c’était les fous, pour PiĂšce montĂ©e des grands jours, c’était la nourriture. C’est de plus en plus comme ça. A travers la valise, je raconte plein de choses : mon fĂ©tichisme, la vie solitaire, le contact avec le douanier


Ça a l’air d’ĂȘtre un traumatisme pour vous le passage des douanes ?
C’est quand mĂȘme un moment de dĂ©shumanisation assez fort. C’est violent. On n’est pas bien, on sert un peu les fesses. Quand ma valise passe le portique et qu’on voit Ă  travers qu’il y a un instrument de musique. Elle est systĂ©matiquement ouverte et il faut que j’explique ce que c’est. Ce n’est pas mĂ©chant non plus mais c’est pour ça que j’ai Ă©crit cette chanson UkulĂ©lĂ©. Je raconte des voyages, mais vus de l’intĂ©rieur. Je ne parle ni des paysages ni des destinations. C’est aussi une façon de parler de soi.

Elle a fini comment Germaine, explosĂ©e comme dans la chanson ?
Elle n’a pas terminĂ© avec autant de panache ! La fermeture Eclair a cassĂ© l’annĂ©e derniĂšre. Cette chanson va ĂȘtre une Ă©pitaphe. Elle a fini son voyage. Je l’ai gardĂ©e mais elle ne ressemble plus Ă  rien. Elle fait mĂȘme un peu honte maintenant. Comme quoi, elle a une personnalitĂ© !

Dans Maharajah, un recueil du dessinateur Joann Sfar, vous dĂ©crivez votre mĂ©tier comme : rester couchĂ© toute la journĂ©e Ă  lire des bouquins et parfois Ă©crire quelques chansons. Ça donne envie !
Mon mĂ©tier d’interprĂšte me sort de mon plumard et m’oblige Ă  aller me confronter au monde, mais la vie d’auteur-compositeur, c’est celle d’un reclus. Ce n’est pas dĂ©sagrĂ©able mais dangereux car, en s’isolant du monde, on ne sait plus Ă©crire de chansons. C’est pour ça que le mĂ©tier d’interprĂšte, mĂȘme s’il me prend tout mon temps, me fruste suffisamment pour me donner envie de faire de nouvelles chansons. Ça me pousse Ă  raconter autre chose. Tout ça est inconfortable mais c’est comme cela que ça se fait.



 Ecoutez un extrait de Les Mouches

 Ecoutez Thomas Fersen invitĂ© de Musiques du monde (partie 1)
 Ecoutez Thomas Fersen invitĂ© de Musiques du monde (partie 2)
Thomas Fersen Trois petits tours (TĂŽt ou tard / Warner) 2008
En tournée en France à partir du 7 novembre 2008, avec cinq concerts aux Folies BergÚre, à Paris, du 24 au 28 novembre.

Ludovic  Basque