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Julien Clerc, de Chopin aux Beatles

Nouvel album


Paris 

15/09/2008 - 

Trois ans aprĂšs le succĂšs de Double enfance, sortie d’OĂč s'en vont les avions, nouvel album de Julien Clerc, qui Ă©tale largement la palette de ses Ă©motions et prĂ©sente une impressionnante diversitĂ© d’auteurs



Sur son nouvel album, Julien Clerc pose une jolie question : "OĂč s’en vont les avions/Quand ils s’en vont ?" C’est cette question qui donne son titre Ă  l’album, OĂč s’en vont les avions, et c’est une question qui lui ressemble bien : il fĂȘte cette annĂ©e ses quarante ans de carriĂšre et il a toujours des questions d’enfant. Il a l’ñge des dĂ©sillusions et des dĂ©tachements, et il chante encore l’amour qui brĂ»le, et il chante encore les femmes qui font perdre la tĂȘte.

On aurait presque envie de lui renvoyer la question : "Pourquoi fait-il des chansons ?" On se doute bien que sa fortune est faite, depuis le temps qu’on l’entend Ă  la radio ; on se doute bien que ce n’est pas pour les filles – il sĂ©duit les filles depuis si longtemps qu’elles ont eu le temps de devenir mamans puis peut-ĂȘtre mĂȘme grand-mĂšres.

On se souvient que son album prĂ©cĂ©dent, Double enfance, en 2005, Ă©tait un disque trĂšs intime, trĂšs personnel, dans lequel il avait rĂ©vĂ©lĂ© beaucoup de choses de sa vie. Dans ce nouveau disque, il n’est pas un thĂšme qui domine, mais douze chansons dans lesquelles il y a une pincĂ©e de sensualitĂ© et quelques regards sur le monde, il y a des femmes qui ne se ressemblent pas du tout les unes les autres, il y a un peu de Chopin dans le piano et beaucoup de Beatles dans l’orchestre, il y a des Ă©merveillements de jeune homme et des sagesses de divorcé 

Des producteurs de choix


Ce qui unit tout cela, ce sont ses mĂ©lodies si personnelles, toujours dans la proportion presque immuable de deux chansons lentes pour une au tempo plus vif. Julien Clerc a pour une fois confiĂ© la production Ă  un duo. D’une part, Benjamin Biolay, qui associe les sons par instinct, professe l’amour du premier jet et de l’inspiration rapide ; d’autre part, BĂ©nĂ©dicte Schmitt, ingĂ©nieur du son et productrice mĂ©ticuleuse, rĂ©flĂ©chie, posĂ©e. L’un pour la bourrasque romantique, l’autre pour le jardin Ă  la française – les deux pĂŽles mentaux de Julien Clerc, justement.

Et, sans sembler jamais dĂ©voiler son jardin secret comme sur son album prĂ©cĂ©dent, c’est un Julien Clerc curieusement plus intime que l’on entend tout au long du disque : aprĂšs s’ĂȘtre accompagnĂ© pendant quelques chansons de Double enfance, il a enregistrĂ© lui-mĂȘme tous les pianos de l’album – "un peu comme sur des dĂ©mos, parfois en mĂȘme temps que la voix, pour qu’ensuite Benjamin Ă©crive ses orchestrations", nous expliquait-il au printemps dernier, lorsqu’il mettait la derniĂšre main Ă  l’album. Ces arrangements cumulent la langue nĂ©o-beatlesienne et nĂ©o-gainsbourienne de Benjamin Biolay, mais aussi la rigueur trĂšs eighties de BĂ©nĂ©dicte Schmitt. En libertĂ©, les deux producteurs ont bĂąti douze tableaux Ă  la fois trĂšs rĂ©fĂ©rencĂ©s, trĂšs indĂ©pendants et tenus par une unitĂ© singuliĂšre que l’on n’a pas toujours entendue dans les derniers albums de Julien Clerc.

Des rĂȘveries


Il est vrai que rarement sa voix n’a eu une telle Ă©nergie dans le sentiment, une telle prĂ©cision dans l’émotion – une voix qui sait si bien faire entendre l’amour, la tendresse, l’espoir, l’émerveillement, la peine, la solitude. Ce n’est d’ailleurs pas qu’une voix pour bercer les filles. Il y a chez Julien Clerc quelque chose comme de la fraternitĂ©, quelque chose comme une vertu du cƓur qui fait que – un peu malgrĂ© soi, parfois – on se laisse aller Ă  voguer avec lui, on se laisse prendre aux mĂȘmes sortilĂšges, aux mĂȘmes rĂȘveries que lui.

Pour les rĂȘveries, il a fait appel Ă  son exact contemporain dans la carriĂšre, GĂ©rard Manset : ils avaient tous deux sorti leur premier 45-tours le 9 mai 1968 mais n’avaient jamais travaillĂ© ensemble. De cette nouvelle collaboration sont nĂ©s deux joyaux. La premiĂšre chanson est lĂ©gĂšre  – Petite fĂ©e – et l’autre grave – FrĂšre –, l’une descend du ciel et l’autre court dans les faubourgs d’une ville fantasmĂ©e. Julien Clerc se tient quelque part entre les deux, entre l’ivresse du romantisme et le noir et blanc du rĂ©alisme.

La chronique mondaine a Ă©videmment notĂ© que lui aussi chante DĂ©ranger les pierres, superbe titre Ă©crit sur un texte de Carla Bruni, qui l’a enregistrĂ© sur Comme si de rien n’était, son album paru cet Ă©tĂ©. Et que Julien Clerc sort aussi sa propre version de Restons amants, qui a donnĂ© le titre du dernier album de son auteur, Maxime Le Forestier. Il a aussi demandĂ© des textes Ă  GĂ©rard Duguet-Grasser (dĂ©couvert Ă  son album prĂ©cĂ©dent), David McNeil, Jean-Loup Dabadie et Benjamin Biolay –  "toutes les gĂ©nĂ©rations ensemble", dit-il.



 Ecoutez un extrait de La jupe en laine

 Ecoutez l'Ă©mission Culture vive avec Julien Clerc
Julien Clerc OĂč s’en vont les avions ? (Virgin/EMI) 2008
Début de la tournée : janvier 2009

Bertrand  Dicale