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Trust, toujours vert

13 Ă  table, album rock avec du scratch dedans


Paris 

25/09/2008 - 

A cinquante-deux ans passĂ©s, Bernie Bonvoisin est un vieux routard des interviews. Pourtant, dĂšs qu’il aborde des sujets sociaux, il ne peut s’empĂȘcher de rĂ©gler leur compte Ă  tous les politiciens en place. Trust et son chanteur sont bien de retour avec 13 Ă  table, album blues rock grande gueule, mĂątinĂ© cette fois-ci de scratchs lĂ©chĂ©s. Si la forme Ă©volue, le fond reste toujours aussi virulent.



L’histoire de Trust, seul groupe heavy rock français a avoir eu un tant soit peu de renommĂ© Ă  l’étranger, a toujours Ă©tĂ© Ă©maillĂ©e de coups de gueules, dĂ©parts, sĂ©parations et reformations. AprĂšs une brouille longue de plus de dix ans, les deux gardiens du temple, Bernie Bonvoisin (voix) et Norbert Krief (guitare), dĂ©cidĂšrent de mettre – momentanĂ©ment – les reproches de cĂŽtĂ©, le temps d’un concert Ă©vĂ©nement en 2006. La sauce pris si bien que le groupe enchaĂźna sur une tournĂ©e et la sortie d’un live accompagnĂ© de trois inĂ©dits. Un disque poĂ©tique rĂ©pondant au doux nom de : Campagne 2006 : Soulagez-vous dans les urnes ! Dans ces conditions, autant continuer Ă  se faire plaisir, Trust retourne donc en studio et accouche en un temps record de son douziĂšme album, 13 Ă  table. Un disque qui marque une Ă©volution Ă  faire passer le goĂ»t de la biĂšre au fan le plus fidĂšle : l’intĂ©gration d’un DJ hip hop dans le groupe de heavy mĂ©tal de toujours.

Assis Ă  la terrasse d’un cafĂ© parisien, les yeux bien Ă  l’abri sous ses Ray Ban, Bernie Bonvoisin commence par dĂ©biter les banalitĂ©s d’usages : "Pour nous, c’était une vraie envie, un vrai besoin", "On n’est pas dans une dĂ©marche de racolage" ou "Ce qui est essentiel, c’est d’ĂȘtre ouvert Ă  toutes les musiques, toutes les cultures." On apprend au passage qu’il "kiffe" principalement le gros hip hop bling bling amĂ©ricain, Jay-Z et Notorious B.I.G en tĂȘte.

"On cherche constamment"


A l’écoute de ce 13 Ă  table, peu de changement pourtant. "Nono" Krief balance toujours ses inusables riffs blues rock et Bernie assĂšne ses propos plus qu’il ne les chante. Loin, trĂšs loin, on entend quelques scratchs qui arrivent sur la pointe des pieds. Le hurleur en chef prend la dĂ©fense de son nouveau protĂ©gĂ©, DJ Deck : "Ça n’a pas Ă©tĂ© simple pour lui, la rĂ©action premiĂšre des gens [lors de la tournĂ©e de "reformation", ndr] l’a un peu traumatisĂ©. Il est rentrĂ© d’une maniĂšre un peu timide dans les morceaux. On Ă©tait lĂ  pour le rassurer, pour lui dire de ne pas se prendre la tĂȘte. Maintenant, il a trouvĂ© pleinement sa place. Et puis on cherche constamment. LĂ  on rĂ©pĂšte et on a mĂȘme fait Ă©voluer les titres depuis l’enregistrement."

Sans bouleverser ses fondamentaux, Trust a subtilement fait Ă©voluer son style. DJ Deck apporte, par petites touches, une couleur diffĂ©rente, comme ses chƓurs samplĂ©s sur l’excellent Tout est Ă  tuer. Le groupe de vieux briscards ose mĂȘme lĂ  oĂč on ne l’attendait pas avec La Morsure, un titre Ă©tonnant Ă  la rythmique et au flow franchement hip hop mais que la guitare bien lourde de Nono vient pervertir Ă  point.

Bernie mort Ă  pleine dent


Bernie conserve une voix mesurĂ©e lorsqu’il aborde les rĂ©fĂ©rences religieuses du titre et de la pochette de l’album, 13 Ă  table : "J’ai eu assez peur quand j’ai entendu que certains regrettaient que la notion de chrĂ©tientĂ© n’apparaisse pas dans la Constitution europĂ©enne. Je pense qu’il faut faire trĂšs attention sur ces thĂšmes-lĂ , il est important et essentiel d’ĂȘtre dans l’apaisement. Attiser les haines, on sait Ă  quoi ça mĂšne
"

Mais la nature reprend peu Ă  peu ses droits. "Je pense qu’il faut ĂȘtre vigilant et avoir un positionnement ne serait-ce que citoyen, entame Bernie. J’ai un discours de la rue, je ne milite pour aucun parti. C’est important pour moi que les gens aient un avis sur la sociĂ©tĂ© dans laquelle ils vivent."

Il mord Ă  pleines dents le filtre de sa cigarette, l’arrache d’un coup sec, et reprend, beaucoup plus vĂ©hĂ©ment. "On ne dit pas qu’on va changer les choses ou les mentalitĂ©s. Mais je pense que c’est important en tant qu’artiste de se positionner lĂ -dessus parce que si on ne le fait pas, c’est qu’on est vraiment un sale mec ou qu’on ne pense qu’à sa gueule. Que les artistes qui disent : 'moi je n’ai pas d’opinion sur ceci ou cela', aient au moins la franchise de dire qu’ils ne veulent pas se prononcer de peur de vendre moins de CDs. Moi je m’en fiche de vendre moins si j’ouvre ma bouche. J’ai plutĂŽt une vie privilĂ©giĂ©e, je pourrais rester dans ma bulle et m’en taper. Mais ces choses-lĂ  me dĂ©rangent. "

Bernie s’en prend ensuite Ă  Vladimir Poutine ainsi qu’à Nicolas Sarkozy en termes plus que fleuris "On savait que les politiciens n’avaient pas le gĂšne de la honte, maintenant ils ont aussi perdu celui du courage..." Le propos est parfois un peu exagĂ©rĂ© mais toujours construit, documentĂ©, argumentĂ©. A se demander si la fin de cette interview ne va pas coĂŻncider avec le dĂ©but du grand soir ! A cinquante ans passĂ©s, Bernie n’a pas perdu la flamme. Qu’avec cette nouvelle Ă©volution musicale, Trust perde ou gagne de nouveaux fans semble finalement secondaire. L’important c’est de pouvoir continuer Ă  l’ouvrir, s’indigner, alerter, contre vents et marĂ©es.



 Ecoutez un extrait de Toujours parmi nous
Trust 13 Ă  table (Mercury / Universal) 2008
En tournée en France et en concert au Zénith à Paris le 14 octobre 2008

Ludovic  Basque