ParisÂ
22/10/2008 -Â
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Face Ă ces monuments du reggae dont la discographie sâĂ©tale sur des dizaines de pages, il savait quâil ne pesait pas bien lourd avec Ă son actif les deux albums de son groupe Positive Radical Sound. Mais les deux musiciens de Kingston, curieux, ont vite fait savoir quâils Ă©taient intĂ©ressĂ©s. "Ils travaillent avec beaucoup dâartistes. Moi, je ne suis quâun de leurs collaborateurs, donc il nâĂ©tait pas question dâaller prendre des cafĂ©s en JamaĂŻque pour discuter du projet", commente Khalifa.
Pour son premier album solo Ă©ponyme, tout se fera donc Ă distance, avec un disque dur qui traversera plusieurs fois lâAtlantique. La mĂ©thode convient parfaitement au Français, habituĂ© Ă Ă©crire en rĂ©action aux musiques quâil entend. Et celles que lui envoient ses prestigieux partenaires lâinspirent.
Avec SĂ©golĂšne et Nicolas, il rĂ©ussit haut la main son galop dâessai. Paru Ă quelques mois des Ă©lections prĂ©sidentielles de 2007 en France, ce premier titre Ă lâhumour aigre-doux fait un portrait au vitriol des deux principaux candidats. Effet immĂ©diat : en dix jours, le site Internet sur lequel est diffusĂ© le clip totalise plus de 30000 connexions ; le chanteur est invitĂ© sur les plateaux tĂ©lĂ©s⊠"Ăa a durĂ© un mois. Ăa mâa permis de rendre mon travail visible, dâavoir une tribune. Et aprĂšs, de passer Ă autre chose", reconnaĂźt Khalifa qui qualifie ce morceau dâ"anecdotique".
Pourtant, ce que laissait deviner â sur la forme â SĂ©golĂšne et Nicolas se confirme sur le reste de lâalbum, trĂšs diffĂ©rent des prĂ©cĂ©dents faits avec son groupe. "LâidĂ©e de dĂ©part, câĂ©tait de mâouvrir un espace artistique personnel", rĂ©sume-t-il. "Lorsque jâemploie un style plus scandĂ©, plus parlĂ©, ça fait partie de mon projet de vouloir me dĂ©tacher de ce que je faisais depuis des annĂ©es, avec un dĂ©sir profond et inassouvi de vouloir dĂ©clamer."
Du coup, sa façon dâĂ©crire sâen trouve bouleversĂ©e : "Jâai moins voulu chercher la beautĂ© dans la mĂ©lodie que dans les mots, dans le sens." La formule, au final, en rappelle une autre : au moment oĂč dĂ©marrent les chĆurs sur Mi Candela, ce sont ceux de Lola RastaquouĂšre de Serge Gainsbourg auxquels on sâattend. Inconsciemment. Le jeune chanteur acquiesce. Il sâen est rendu compte une fois la chanson achevĂ©e. "Jâai failli lâenlever parce que je trouvais ça too much, mais je lâai assumĂ©e, parce que jâaime le texte." Si Gainsbourg reste le premier artiste de lâHexagone Ă avoir tentĂ© lâaventure avec Sly & Robbie pour Aux Armes, etc., Khalifa est en revanche le premier Français signĂ© sur le label des deux maĂźtres jamaĂŻcains. Dans le monde du reggae, ce soutien officiel nâest pas sans valeur.
Tu Shung Peng et ses 14 invités
Avec ses quatorze invitĂ©s compatriotes de Bob Marley, lâalbum Trouble Time de Tu Shung Peng pourrait lui aussi se prĂ©valoir de la caution des glorieux aĂźnĂ©s : Michael Rose (ex-Black Uhuru), Clinton Fearon (ex-Gladiators), U Roy ou encore Prince Jazzbo et Tappa Zukie ont tous eu un premier ou second rĂŽle dans le grand film de la musique jamaĂŻcaine.

Que ces chanteurs et deejays se retrouvent sur lâalbum dâune formation française, cela ne suscite plus le mĂȘme Ă©tonnement quâil y a dix ans, la mondialisation est aussi passĂ©e par lĂ . En revanche, rares sont les expĂ©riences alchimiques de ce type qui sont capables, en quelques mesures, de vous replonger au cĆur du Kingston des annĂ©es 1970.

Pourtant, le studio Wise des dix complices de Tu Shung Peng se situe en rĂ©gion parisienne, dans une usine dĂ©saffectĂ©e au bord de la voix ferrĂ©e. Lâexplication est ailleurs, Ă la fois chez les musiciens et dans le traitement du son. "DĂšs la troisiĂšme rĂ©pĂ©tition, on avait lâessence de ce quâon voulait faire : sonner comme le reggae des seventies. On a toujours Ă©tĂ© des amoureux de la production, aimĂ© le grain un peu sale des anciennes machines", explique le guitariste Seb "Mellow Mood" Houot. "La seule chose qui soit numĂ©rique, chez nous, câest certainement lâordinateur qui remplace le magnĂ©to Ă bandes. Sinon, on utilise beaucoup de matĂ©riel analogique, ce qui contribue au son Tu Shung Peng", poursuit Fred DĂ©zĂ©, le saxophoniste. Sans oublier lâapport de Fabrice, "ingĂ©nieur du son un peu fou, du genre Ă sauter, transpirer sur la console quand il mixe" sachant de quelle façon placer les micros pour obtenir ce quâil souhaite.
Tout Ă©tait rĂ©uni pour que la vieille garde du reggae se sente aussitĂŽt rajeunir au contact de ces jeunes Français traquant le moindre dĂ©tail. Les images et les Ă©motions sont restĂ©es gravĂ©es dans les esprits des musiciens. "On ne reconnaĂźt plus le studio quand U Roy ou Clinton Fearon sont lĂ . Ils ont un bagage et une personnalitĂ© qui font que tout dâun coup lâambiance change", souligne Seb. Les amoureux du reggae Ă lâancienne peuvent ĂȘtre soulagĂ©s : la magie nâa pas disparu, il faut juste savoir la capturer.
Khalifa Khalifa (Taxi/Discograph) 2008
Tu Shung Peng Trouble Time (Makafresh/Pias) 2008
Bertrand Lavaine
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