Paris
19/11/2008 -

Que pensez-vous de cette décision d’enseigner l’histoire de l’Afrique dans les collèges de France à partir de 2009 ?
Tout ce qui peut contribuer à une meilleure connaissance de l’histoire de l’Afrique est une bonne démarche. Il y a un contentieux et pour l’évacuer, pour avancer, il faut parler des civilisations africaines, établir un dialogue entre les peuples, pour nos enfants. L’Afrique partage avec de nombreux peuples cet héritage des peuples humiliés. Pour guérir de ce complexe, il faut assumer cette histoire et la dépasser. En cela, l’élection de Barak Obama représente un espoir, une promesse de fraternité.
Dans un précédent album, vous aviez jeté un pavé dans la mare en évoquant la part de responsabilité de certains souverains africains dans la traite. Comment cette déclaration a-t-elle été perçue sur le continent ?
De manière négative. Je n’ai pas été compris mais je trouve normal qu’on me conteste.

Vous avez enregistré cet album dans le studio Marcel Djabio au cœur d’un bidonville de Libreville. Pourquoi ce choix ?
Je vis au Gabon au milieu des miens. Je me nourris des réalités de mon pays. Je sélectionne les nombreux titres que j’enregistre en m’appuyant sur trois thèmes, l’unité de l’Afrique, le service de la vérité et la quête de la liberté. Comme j’ai des problèmes oculaires, je ne peux écrire mes partitions dans un bureau, je dois extérioriser les choses pour me rendre compte de l’effet produit. Je travaille d’abord avec mes choristes, je distribue les voix, j’entends ce que cela donne, cela devient une œuvre collective.
Vos choristes pour la plupart ne sont pas de langue myéné. Comment se passe cette collaboration ?
Au départ, j’essaye de leur communiquer les sonorités myéné, chacune l’interprète avec son timbre. Par exemple, Pascale Mengome, qui a une voix superbe, a donné à mon titre de reggae Tanguna Gakumuna, une musique généralement récitative et militante, une musicalité et une sensibilité propres.
Vos choristes disent que vous, un compositeur éminemment reconnu, vous tenez compte de leur avis. Vous vous émancipez ainsi du modèle africain traditionnel de l’ancien qui transmet aux jeunes ?
Disons que j’arrive avec un ordre du jour que je soumets à mon auditoire avec l’idée qu’il peut être amendé. Quand je compose, j’ai besoin d’un feed-back. Vous donnez un son et vous avez en écho, une réaction de la personne qui reçoit. Les choristes ont leur propre façon d’interpréter, de comprendre, c’est un dialogue. J’essaye aussi d’être très simple, transparent. Je ne mets pas de distance entre mes musiciens et moi.

En Afrique centrale, les sonorités sont chaudes, légères, festives. Les sonorités capverdiennes apportent une profondeur, une dimension nostalgique à ma musique.
Au moment où vous sortez cet album, comment voyez-vous la situation de la musique africaine, plus solide ou plus fragile qu’à vos débuts ?
L’industrie musicale est en crise comme les autres secteurs de l’économie mais la musique africaine a progressé et s’est imposée dans le monde. Les musiciens sont de mieux en mieux formés et sans complexes. La musique africaine est compétitive sur le marché mondial. C’est la première richesse du continent.
La scène gabonaise a-t-elle évolué ?
Nous sommes un petit marché d’1,5 million d'habitants et la culture n’a pas une place assez importante. Pourtant la forêt est notre université, elle a des richesses encore inexplorées. Un poète a écrit : "l’oiseau en cage est comme les êtres humains amoureux des espaces clos". Pour que les talents s’expriment, il faut une véritable intégration culturelle régionale.
Sylvie Clerfeuille
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