ParisÂ
20/11/2008 -Â

Ce qui est un repos de quelques mois aprĂšs la fatigue dâune folle annĂ©e se prolonge quand son groupe se disperse. "Les musiciens doivent gagner leur vie, admet-il. Puis jâattends deux, trois, quatre, cinq ans⊠et je mâhabitue. A lâĂ©poque, je continue Ă faire des disques tous les ans ou tous les dix-huit mois et je me dis que Gainsbourg a trĂšs longtemps pratiquĂ© ainsi : il avait une certaine renommĂ©e, sortait des albums et ne faisait pas de concerts. JâĂ©tais de toute maniĂšre atypique puisque jâĂ©crivais un roman tous les deux albums."
Et, sâil faut regarder les choses en face, il avoue : "Je ne me sentais pas trĂšs heureux sur scĂšne, ce qui a radicalement changĂ© aujourdâhui. Je ne me sentais pas trĂšs bon, jâavais un gros trac, jâavais la phobie de la salle vide. Quand on arrivait dans une ville, je me disais quâil nây aurait personne, alors que je vendais 200000 albums." Et, en 1991, Yves Simon reçoit le prix MĂ©dicis pour son roman La DĂ©rive des sentiments : "Je me suis dit que jâĂ©tais passĂ© de lâautre cĂŽtĂ© du miroir, que je suis dĂ©finitivement Ă©crivain." De fait, en dix-sept ans, il ne sortira que deux albums.
Aimé et attendu
Mais tout change avec le dernier, Rumeurs, paru il y a un an. Quelques semaines avant la sortie du disque, le 13 juillet 2007, il monte sur la scĂšne des Francofolies de La Rochelle, trente ans aprĂšs son dernier concert. Il recommence aux Francofolies de Spa en Belgique, puis donne un rĂ©cital unique Ă lâOlympia le 12 mars 2008. Et les retrouvailles avec le public le comblent : "Les gens se lĂšvent quand jâarrive sur scĂšne Ă pratiquement tous les concerts : Ă La Rochelle, Ă Spa, Ă lâOlympia et Ă deux concerts sur trois en province. Une standing ovation, ça veut dire quâon est attendu, quâon est aimĂ©, que lâon fait partie dâun univers secret, que lâon est Ă lâintĂ©rieur du cĆur des gens, de leur histoire. Câest rĂ©confortant. Les concerts sont aussi meilleurs Ă cause de ça : je suis Ă lâaise et dĂ©tendu. Jâai rencontrĂ© lĂ un public trĂšs, trĂšs, trĂšs diffĂ©rent de celui que je connaissais il y a trente ans. Le public des annĂ©es 70 Ă©tait extrĂȘmement critique. Sur un mot dit la veille ou Ă©crit la semaine dâavant dans la presse, des gens pouvaient venir me chahuter ; et pour un mot malheureux sur scĂšne, me chahuter Ă nouveau."

Car il nây a pas de silence scĂ©nique aussi long que le sien : Serge Gainsbourg avait arrĂȘtĂ© de donner des concerts pendant treize ans, Christophe pendant vingt-cinq ans "seulement". Yves Simon a quittĂ© la scĂšne Ă lâĂ©poque des halls des sports affreusement sonorisĂ©s et avant la naissance des ZĂ©nith et sâextasie que, maintenant, "pendant les balances, on me fait deux rĂ©glages pour le son de ma guitare dans les retours, selon que je joue avec les doigts ou avec un mĂ©diator. Jâai fait mes premiers concerts dans des salles de plus de 1000 personnes en 1974. On me disait Ă chaque fois que lâon ne mâavait pas entendu dans telle ou telle chanson. JâĂ©tais partagĂ© entre mon envie dâavoir des musiques trĂšs rythmĂ©es et le dĂ©sir que les gens entendent les textes. Et ce nâĂ©tait jamais tout Ă fait le cas."
Son retour lui permet dâinterprĂ©ter enfin des chansons qui nâavaient jamais connu la scĂšne, comme Diabolo menthe ou Amazoniaque â "trĂšs rythmĂ©e, trĂšs binaire, trĂšs sympa". Son tour de chant contient neuf chansons de son nouvel album et douze du passĂ©. Il reconnait "des impasses sur certains albums, comme De lâautre cĂŽtĂ© du monde, mon dernier disque chez RCA, ou Liaisons, mon premier album chez Barclay." Et il se donne le plaisir Ă©goĂŻste â un Ă©goĂŻsme partagĂ©, nĂ©anmoins â de chanter seul ses rappels, avec Les Gauloises bleues et Au pays des merveilles de Juliet, "et aussi parfois, quand je nâai pas Ă©tĂ© trop long, Rue de la Huchette, une de mes premiĂšres chansons."
Bertrand Dicale
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30/08/1999 -Â
13/09/1999 -Â
09/11/2007 -Â