Paris
03/12/2008 -
![]() |
![]() |
Elle racontait déjà des histoires, des jolies, pleines d’espoir, dans des albums illustrés pour enfants. Mais, en matière de chanson, elle se recroquevillait, timide, sous le verbe tutélaire, la verve littéraire de grands paroliers (Katerine, Dominique A, Jérôme Minière…) : "La posture d’interprète m’a passionnée pendant des années, et j’avais des contacts bien établis avec mes auteurs. Au tout début, je suggérais des bribes d’idées, des ébauches de texte à Dominique A, qui ne se montrait guère emballé... J’avais donc complètement délaissé mes velléités d’écriture. Et puis, au fil du temps, j’ai eu envie d’aller au bout du processus, de comprendre comment s’écrit une chanson, la mise en boîte d’une histoire dans un si petit format. Surtout, je voulais interpréter ce qui venait de moi, avec beaucoup de cœur. Je souhaitais me confronter à ce pari."
De petites notes quotidiennes
Un challenge qui, au grand jour, révèle ses difficultés : "La gestation fut laborieuse. Je n’avais pas cette plume spontanée. Il a fallu que je me mette à table. Je trouve plus facile de m’asseoir à mon bureau de dessinatrice, de mélanger mes petites peintures. Ce sont des moments de détente, des instants très chouettes. Là, je me suis astreinte à de petites notes quotidiennes, glanées à la radio ou au gré de mes lectures, des idées accumulées. D’ailleurs, je n’avais pas tant de matière que ça, à peine quinze ou seize textes, certains autobiographiques, d’autres non. La mise en musique fut aussi une tâche ardue : les textes ne comportaient pas de rimes, de couplets, de refrains donc ça ne rentrait pas toujours. Nous les avons retravaillés jusqu’au dernier moment."

Voici donc nos trois artistes enfermés une dizaine de jours dans une salle du côté de Nantes, à travailler "à l’aveuglette", guidés par leurs fantasmes et leurs idées respectives, apportant qui le piment, qui le sel, qui le rêve, qui les fragments lunaires. "Nous avions déjà des bribes de musique enregistrées. Il fallait trouver des mélodies sur des improvisations. Nous effectuions des allers-retours assez motivants." De ce laboratoire prolifique, euphorique, alchimique, émergent quatorze perles et trois interludes-respirations à haute teneur poétique, des textes surréalistes portés par une voix légère et charnelle, une orchestration qui touche le symphonique, le rock, la polyrythmie, une magie qui échappe à la formule et se libère des carcans. "Je joue avec les mots, même s’ils s’enfuient, indociles comme des êtres sauvages qu’on ne peut raisonner", lance Françoiz dans sa chanson Mots croisés. Au gré de ses divagations, elle apprivoise l’enfance, capte l’amour, les voyages en avion, Dunkerque, raconte la couture à l’ancienne, jongle avec les métaphores, quitte le sol, laisse planer des zones d’ombre et enveloppe de mystère, l’essentiel n’étant pas d’être comprise, mais de susciter l’émotion.
Le talent de Françoiz a grandi et surgit, magistral, de ce quatrième opus, qui la libère définitivement des étiquettes : mi-rock, mi-scène française, absolument elle. "J’étais flippée, mais j’ai eu de bons retours, cela m’a étonnée. Auparavant, j’étais fière de mes auteurs et sûre de la qualité de leurs textes. Là, j’avais peur des remarques du style : 'ah… c’est elle qui écrit, elle aurait pu s’abstenir… '!" Qu’elle se rassure : la réussite se hisse à la hauteur de l’enjeu.
Anne Laure Lemancel
07/02/2006 -
17/03/2005 -