Paris
19/12/2008 -

A 47 ans, Maalesh nourrit toujours l’ambition de faire davantage connaître sa musique, tout en reconnaissant qu’il n’est pas "du genre à être affamé ou assoiffé de quelque chose". Lui, l’habitué des festivals, voudrait bien "passer de la petite à la grande scène", devenir une vraie tête d’affiche. Mais pas à n’importe quel prix. Quitter Moroni pour s’installer à Paris, "parce que c’est là que tout se passe", ne l’a jamais vraiment tenté. "Si je dois encore apporter un problème de plus en terre française, je préfère rester aux Comores", sourit-il.
L’expatriation est en réalité une expérience qu’il a déjà vécue. La première fois, il avait quinze ans. Lorsque l’archipel des îles de la lune cesse d’être une colonie française après le référendum d’autodétermination organisé en 1975, la nouvelle République islamique des Comores manque cruellement d’enseignants pour ses écoles. "Le pays a pris son indépendance et moi j’ai pris la mienne", résume le chanteur.
Vers la Tanzanie
On lui propose de travailler dans les clubs et les hôtels "pour faire danser les touristes". Une bonne école pour développer son sens musical. Chaque semaine, il doit enrichir son répertoire de nouvelles reprises de tubes internationaux afin de satisfaire la clientèle. L’aventure dure trois ans. Revenu sur sa terre natale, il choisit de l’abandonner à nouveau pour une autre destination : "C’était en 1982, l’Arabie saoudite venait de s’ouvrir et tout le monde y partait pour les pétrodollars. Là-bas, je ne faisais pas de musique : j’étais vendeur de cigares. Un beau jour, après huit ans, je me suis dit que je ne voyais pas la vie de cette façon, et je suis reparti au pays pour ne faire que de la musique. Ça ne me rapporte pas les sous que je gagnais avec les cigares, mais je m’enrichis en rencontrant d’autres gens, en découvrant d’autres pays. J’ai gagné plusieurs prix, donc ça valait la peine."
Nouvel album, Yelela

En studio, entouré de la poignée de musiciens qui l’accompagnent sur scène et de quelques invités, il a tenu à conserver la simplicité de ses morceaux acoustiques portés par les mélodies. "On m’a toujours reproché de faire de la musique douce", remarque Maalesh. "Mais qui n’a pas besoin d’un câlin dans ce monde où nous vivons, speedés, secoués, avec tant de points d’interrogations dans la tête ? Après une bonne journée de travail, quand on rentre chez soi, on a envie de sentir qu’il y a quelqu’un qui nous masse le corps. Et je crois qu’on a aussi envie d’écouter des choses qui nous amènent à positiver, à rêver." Pourquoi résister ?
Bertrand Lavaine
25/01/2001 -