Paris
22/12/2008 -

Il y avait eu une série de concerts avec grand orchestre, puis l’album Feuille à feuille et une tournée avec trois musiciens, puis ses quarante ans de carrière fêtés à Bercy, à Paris, puis quatre ans d’Accordéonissi-mots en compagnie de Sergio Tomassi. En avril 2007, Serge Lama a posé ses valises après presque neuf ans d’activité frénétique et des centaines de concerts. Et il a écrit L’Age d’horizons, nouvel album dans lequel il lance avec sa franchise toujours drue : J’arrive à l’heure où même vivre / Est fatiguant. Rêche, droit, solide, il va de la gravité à la gaudriole, du front soucieux au grand rire.
"Je suis une synthèse, résume-t-il à propos de L’Age d’horizons comme de toute sa carrière. Je suis sur la lignée de la gaieté bon enfant et franchouillarde de Maurice Chevalier et Gilbert Bécaud, et parallèlement, je suis un littéraire proche de Georges Brassens, Jacques Brel, Léo Ferré. J’ai sans doute été injustement traité parce que, même quand j’avais vingt-quatre ou vingt-cinq ans, c’était comme s’il était interdit de chanter Ma pomme ou Le Chapeau de Zozo en même temps que des chansons littéraires. Alors je suis devenu un chanteur fantaisiste, un chanteur rigolo, un chanteur un peu factice. Ma futilité d’apparence – alors que je suis exactement le contraire – a complètement occulté le nostalgique gris profond que je suis dans 80% de mes chansons."
Fou de poésie
Pour cet album, il ne cache pas qu’il aurait préféré voir sortir en premier single D’où qu’on parte, grave réflexion sur les fins dernières de l’homme et sur la fugacité de nos destinées –D'où qu'on parte / Les dieux seuls resteront immortels / D'où qu'on parte / D'un tel qu'on fut on restera Untel / Avance ! Vieil ovale / Avance ! Vieux fœtus / Du berceau à la gloire, de la gloire à l'humus. Mais c’est Les Hommes et les femmes, avec sa rythmique manouche enlevée et son accordéon étourdissant, qui a été choisi pour lancer la promotion du disque – Les femmes aiment les roses / Les hommes aiment rêver / Les femmes aiment des choses / Qu' les hommes aiment trouver.
C’est une note tenue dans sa carrière : on oublie volontiers que l’auteur Serge Lama est un fou de poésie, un littéraire qui se saoule des plus beaux mots de la langue française. Ainsi, dans Grosso modo, il se lance dans un zapping de notre patrimoine poétique (Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant / Mignonne, allons voir si la rose / Frères humains qui après nous vivez / N'ayez le cœur contre nous endurci) après un tableau saignant de notre époque : Dieu est mort, Sartre aussi d'ailleurs / Heidegger et le nihiNietzsche / Cette philosophaille kitsch / Qui a plus de tête que de cœur / Voilà ce qu'en gros nous expliquent / Les penseurs de la République / C'est notre espoir, c'est notre Eldorado/Grosso modo.
"Graphomane"

Il se souvient qu’il doit la gloire des P’tites Femmes de Pigalle, en 1975, à une intuition géniale du compositeur Jacques Datin, à qui il avait confié le texte plutôt qu’à son vieux complice Yves Gilbert. "Yves aurait composé un drame. Il n’aurait vu qu’un type triste, ça ne l’aurait pas fait rire de lire "Un voyou m’a volé la femme de la ma vie". Datin est tout de suite parti dans une chanson gaie. Hélas, il n’a pas vécu assez pour voir quel succès ça a été." Serge Lama est aujourd’hui très fier d’une petite chanson érotique de son nouveau disque, Objets hétéroclites, qui évoque toute une panoplie de sex toys. "Je me suis régalé, je l’ai écrite pour les mots, en évitant tous les clichés."
L’écriture est au centre de sa vie. Il se dit franchement "graphomane". "J’aurais pu enregistrer quatre albums, cette fois-ci !" Pourtant, il produit finalement assez peu. Ses chansons lui ressemblent tant que beaucoup de ses confrères n’imaginent pas qu’il pourrait leur en donner. "Ils croient que, si je ne les chante pas, c’est que ne les croit pas bonnes." Ses interprètes sont donc rares, à l’exception notamment d’Enzo Enzo, pour qui il a écrit avec Daniel Lavoie. Mais il a tant besoin de scène que ses textes y trouvent une vie riche et abondante. Deux rendez-vous, donc : en mars prochain, une petite tournée d’échauffement, avant le début de son grand tour de la francophonie qui durera plusieurs saisons, à partir de l’automne 2009.
Bertrand Dicale
14/12/2001 -
28/02/2000 -