Paris
31/12/2008 -
Troisième album des Boukakes, Marra accentue au fil de ses douze titres chantés en arabe, la couleur rock de ce groupe basé à Montpellier, de cette petite Méditerranée qui a hâte de retrouver la route et la scène pour se frotter à nouveau à son public.

Au début du millénaire, un reportage de la télé franco-allemande Arte avait braqué l’attention du public et des professionnels sur cet étrange aréopage de musiciens qui, depuis la Place de la Comédie à Montpellier, s’apprêtait à embarquer pour le grand voyage du Printemps de Bourges, classe "Découvertes". Inévitablement, ce coup de projecteur sur cette formation qui croise rythmes d’Afrique du Nord et sonorités rock avait rempli la feuille de route deux bonnes années durant. Une invitation à se produire au Womex en 2005 avait ensuite ouvert les portes des plus grands festivals de la planète (Sziget, Paléo, Timitar, Sakifo…) à ces Boukakes. Ils s’étaient ainsi baptisés, reprenant avec un sens aigu de la dérision le propos d’un cafetier de la place aux Trois Grâces leur ordonnant depuis sa terrasse "d’arrêter cette musique de boukakes".
Boukakes, un terme qui au final réunit avec panache un guitariste corse, un batteur fils de Pied-noir d’Algérie, un chanteur oranais qui a grandi à Toulouse, un ingé’ son italien, un clavier occitan et un percussionniste tunisien (Imed a rejoint le groupe en 2002). Seul le bassiste était à l’époque parisien. Deux albums auto-produits - Makach’ Mouch’kil en 2001 et Blédi en janvier 2005 - poseront les bases d’un répertoire où les riffs de guitares s’accouplent aux lignes de basses du guembri, aux mélodies orientales et aux grooves métalliques des karkabous (castagnettes orientales, ndlr).
Trouver le bon réalisateur

"Philippe est venu chez nous, on a travaillé quelques jours ensemble avant de monter enregistrer en février dernier à Paris avec lui et Franck Redlich. A la différence de collaborateurs montpelliérains avec qui on avait fait des essais, Philippe n’a pas souhaité imposer un positionnement précis, mais plutôt chercher à respecter le notre, à mettre en valeur notre son, à le servir. Marra est probablement moins rock que Blédi… Mais, à la différence des deux précédents, il transpire le style live rock qui fait notre son et que j’adore !" s’enthousiasme Imed. C’était un des objectifs du groupe, retrouver sur disque l’esprit du son qu’ils ont sur scène. "Philippe Eidel a visionné de nombreux enregistrements de nos concerts afin de se saisir de cette nuance et nous permettre de lui donner tout son éclat", raconte Imed. "C’est lui qui a défini pour chacun des titres le cadre idéal, et il s’y est tenu. Pour Marra, titre qui donne son nom à l’album, nous étions perdus, sans vraie direction. Il en a fait une sorte de ska reubeu, presque enfantin par son arrangement. Une ambiance qui colle bien au final à notre propos sur cette chanson", analyse à posteriori le percussionniste. "De manière générale, il nous a fait prendre conscience de la structure de chaque morceau, de sa cohérence."
Un pari risqué

Côté textes, le groupe s’est attaché à la différence de ses deux précédents albums à renforcer quelque peu son caractère revendicatif, tout en conservant son assise universelle. "Dans le bus en tournée, nous parlons beaucoup de politique, c’est donc normal que ces préoccupations nourrissent nos chansons. En fait, nos thèmes sont plus humanistes que réellement politiques. Quand on parle de la liberté d’expression (Safi), du capitalisme (Maddoumi), du problème des frontières (Koulchi) ou des murs que l’on bâtit entre les peuples, on essaie de rester le plus général possible, de ne pas se fixer que sur un des aspects mais d’embrasser la question dans son ensemble." A côté des chansons directement engagées, Les Boukakes défendent toujours un répertoire plus poétique où l’amour (Matselounich), les sentiments, camouflent parfois des critiques sociales toutes aussi mordantes comme c’est souvent le cas dans le raï ou plus généralement dans la poésie d’Afrique du Nord.
Chaque chanson est résumée sur le livret par une courte phrase en français. Pour Salam, on peut lire : Les hommes qui font régner, ne rêvent-ils pas de paix ? "C’est plus un message d’espoir pour rompre la litanie des mauvaises nouvelles, des guerres qui s’enchaînent sans fin, qu’un quelconque soutien aux bellicistes", précise Imed, au retour d’une petite tournée dans les pays où Marra est déjà disponible. "En 2009, nous devrions passer beaucoup de temps sur la route dans l’Hexagone mais aussi à l’étranger! ", pronostique Imed.
Squaaly
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